Beauceville s’éloigne de l’eau

Vue des terrains où sera développé le nouveau centre-ville, non loin de la rivière Chaudière.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Vue des terrains où sera développé le nouveau centre-ville, non loin de la rivière Chaudière.

Deux ans après l’inondation dévastatrice de 2019, Beauceville prend les grands moyens pour se protéger des débâcles en créant un nouveau centre-ville à bonne distance de la rivière Chaudière.

« On n’aura plus à se casser la tête si la rivière veut faire des folies, résume le maire François Veilleux. On a décidé de sortir de l’eau ! »

En avril 2019, les inondations en Beauce avaient touché pas moins de 230 maisons à Beauceville, dont près de 200 ont dû être détruites.

Sortir de l’eau ici, cela veut dire sortir de la zone inondable dans laquelle se trouvait même l’hôtel de ville.

Depuis trente ans, le bâtiment, qui se trouve face à l’est de la rivière, a été inondé trois fois : en 1991, en 2017 et en 2019. Il n’était pratiquement plus assurable, relate le maire Veilleux, que les gens de la place agacent parfois en l’appelant à la blague le « merveilleux maire Veilleux ».

Mais Beauceville ne s’en est pas tenue au déménagement de la mairie, explique le directeur de l’urbanisme Richard Longchamps, qui a imaginé un nouveau secteur convivial autour de l’immeuble.

« Dans le fond, le fait d’avoir à déplacer l’hôtel de ville puis d’avoir perdu plusieurs logements, ça nous a fait nous recentrer au niveau de l’habitation et du commerce. »

Dès lors, une trentaine de logements seront construits dans les étages supérieurs du bâtiment de l’hôtel de ville, et ce, à proximité d’une zone commerciale et d’un accès à la piste cyclable. Les travaux doivent débuter cet été.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Maison qui sera détruite pour céder la place au nouveau hôtel de ville.

Perdre des portes

Le petit quartier aura même son équivalent de la « petite maison blanche du Saguenay », poursuit M. Longchamps, puisque la ville y rapatriera une jolie maison patrimoniale ayant survécu à plusieurs inondations. « C’est une petite maison rouge qui appartenait à Onésime Latulippe, le dernier constructeur des ponts de bois qui traversaient la rivière Chaudière. Elle a souvent été inondée, alors on la ramène à l’intérieur de notre développement. C’est un clin d’œil à la résilience qu’on veut afficher en plein centre-ville. »

Le secteur ciblé se trouve à peine à quelques centaines de mètres de l’emplacement actuel de l’hôtel de ville. Mais il est plus haut dans la vallée donc mieux protégé des éventuelles crues à venir. Ironie du sort, ce terrain qui a l’air pour l’instant d’un grand espace vide était l’une des zones les plus dynamiques de la ville il y a 50 ans, se rappelle le maire. C’est d’ailleurs à cet endroit que se trouvait l’hôtel de ville de l’époque.

Pour l’heure, il n’y a pas vraiment de centre-ville à Beauceville où, comme dans bien des municipalités du Québec, les commerces ont poussé de façon plus ou moins anarchique aux abords de l’autoroute qui longe la rivière.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Un des terrains où des maisons ont été détruites.

Le maire déplore d’ailleurs qu’elle soit devenue une véritable « piste de course » et promet qu’il en sera autrement à la hauteur de la nouvelle zone de développement où elle passera de quatre à trois voies.

La Ville voit dans ce projet un tremplin au développement économique et une façon de compenser la perte des dizaines de maisons détruites sur son territoire. Le maire dit qu’il a « perdu des portes ». Car si certains des résidents se sont réinstallés ailleurs dans la ville, d’autres n’ont pas trouvé et sont partis. Pour une administration municipale qui dépend des taxes foncières, c’est très handicapant.

Toutefois, il s’en trouve aussi qui ont préféré rester où ils étaient, même dans les zones les plus à risque d’inondations. C’est le cas du Tim Hortons, qui a préféré investir dans un muret ceinturant ses installations.

Le centre de la petite enfance et la caserne de pompiers sont, eux aussi, toujours dans la zone la plus à risque près de la rivière. « On travaille là-dessus », signale à ce sujet le maire.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le maire François Veilleux, Richard Longchamp et Marie Champagne, devant la Maison d'Élyse, du côté ouest de la rivière. 

De l’autre côté de la rivière, l’usine de portes-fenêtres Résiver est, elle aussi, restée sur place. « On a décidé d’adapter nos immeubles, explique son propriétaire Jean Champagne. Je me suis adapté à une inondation qui serait trois fois pire. »

Cet homme d’affaires très actif dans la communauté est ravi par ce qui se passe à Beauceville. « Je veux que ce soit une ville renouvelée, qu’elle soit plus belle et que les gens soient fiers de leur ville. […] On est en train de convertir l’épreuve de 2019 en opportunité. »

Il se dit « très emballé » par le nouveau centre-ville, mais aussi par « tout ce qui se passe du côté ouest ». De ce côté de la rivière, les défis posés par les inondations sont différents. Ici, il n’y avait pas d’autoroute ni de commerces, mais un quartier résidentiel en bonne partie détruit.

Les quelque cinquante résidences qui ont disparu ont cédé la place à un grand espace vert sur lequel on a rescapé quelques arbres des terrains privés.

Or un petit comité de citoyens mené par la fille de l’homme d’affaires, Marie Champagne, s’est constitué pour « redonner vie » au quartier. L’hiver dernier, la Corporation du quartier de la Débâcle y a aménagé une patinoire extérieure. On parle en outre d’animation autour de la Maison d’Élyse, un ancien B & B qui a survécu aux démolitions et dont le cachet pourrait être mis à contribution en tourisme, résume Mme Champagne qui dirige aussi l’organisme Moisson Beauce. « On veut faire en sorte que les citoyens se réapproprient ce quartier-là et y vivent d’autres expériences. »

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