Les cyclistes devront y aller «mollo» sur des rues piétonnes cet été

L’an dernier, les cyclistes zigzaguant à haute vitesse entre les piétons sur l’avenue du Mont-Royal avaient suscité beaucoup de mécontentement. L’artère montréalaise sera piétonne à compter du 18 juin cette année.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’an dernier, les cyclistes zigzaguant à haute vitesse entre les piétons sur l’avenue du Mont-Royal avaient suscité beaucoup de mécontentement. L’artère montréalaise sera piétonne à compter du 18 juin cette année.

Les cyclistes, planchistes et amateurs de trottinettes pourront rouler sur l’avenue du Mont-Royal et la promenade Wellington lorsque ces artères commerciales seront piétonnisées cet été, mais ils devront y aller « mollo » et limiter leur vitesse à celle des piétons. Avec le projet-pilote « Zone lenteur », les deux sociétés de développement commercial (SDC) en sont arrivées à un compromis qui, espèrent-elles, favorisera une meilleure cohabitation.

L’an dernier, les cyclistes zigzaguant à haute vitesse entre les piétons sur l’avenue du Mont-Royal avaient suscité beaucoup de mécontentement. Les consignes exigeaient des cyclistes qu’ils descendent de leur monture, mais ces règles n’étaient pas respectées par tous.

Au terme de la saison estivale, certains commerçants ont exprimé le souhait que les vélos soient carrément interdits, alors que d’autres ont suggéré un meilleur encadrement ou des aménagements pour forcer les délinquants à ralentir.

Cohabitation plus paisible

L’interdiction totale des vélos était difficilement envisageable, estime Claude Rainville, directeur général de la SDC de l’avenue du Mont-Royal. « Si on les interdit, les délinquants vont venir quand même », dit-il. Le mobilier urbain ne pouvait non plus être une solution compte tenu des exigences des services d’urgence.

On aurait pu interdire les vélos, mais on considérait de par la nature de notre territoire et de notre population et avec les mesures mises en place pour favoriser la cohabitation qu’on allait réussir notre pari

À l’approche d’une nouvelle saison de piétonnisation, la SDC de l’avenue du Mont-Royal a finalement pris le pari d’une cohabitation qui repose sur l’instauration d’une « Zone lenteur ». Les cyclistes devront rouler à la vitesse des piétons et accorder à ceux-ci la priorité absolue.

Des affiches arborant un escargot et le slogan « On y va mollo » rappelleront les règles qui, espère-t-on, permettront une cohabitation plus paisible que l’an dernier. « C’est un sujet extrêmement sensible auprès des commerçants et des citoyens, reconnaît M. Rainville. Mais on veut que l’ensemble des usagers se sentent à l’aise. »

La SDC de la promenade Wellington et les commerçants de l’avenue Duluth ont aussi adopté la même approche. « On aurait pu interdire les vélos, mais on considérait de par la nature de notre territoire et de notre population et avec les mesures mises en place pour favoriser la cohabitation qu’on allait réussir notre pari », indique Billy Walsh, d.g. de la SDC de la promenade Wellington.

« Ça demeure un projet-pilote. Si on se rend compte qu’après trois semaines, la rue est devenue une piste de course, désolé, mais ce sont les cyclistes qui ne pourront plus en bénéficier. On ne pourra pas tolérer les écarts de conduite », ajoute-t-il.

Sous l’œil des chercheurs

L’expérience sur l’avenue du Mont-Royal sera suivie de près par des chercheurs de Polytechnique Montréal et de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Ceux-ci feront de l’observation sur le terrain pour analyser les comportements des cyclistes, et la prise d’images vidéo permettra de mesurer leur vitesse.

« Ce qui est délicat, c’est de déterminer ce qui est de l’ordre de la perception et ce qui est de l’ordre du réel dans ce type de projets. Mais là, on va avoir des données », explique Marie-Soleil Cloutier, professeure à l’INRS et directrice du Laboratoire piéton et espace urbain. Selon elle, ce concept de zone lenteur est inédit dans le contexte nord-américain.

« C’est sûr que ça ne sera pas parfait, mais c’était loin de l’être avec l’interdiction », convient de son côté Marianne Giguère, responsable des dossiers de transports actifs au comité exécutif de la Ville de Montréal. « Mais la coercition qui exige la présence de policiers, est-ce vraiment vers cela qu’on veut aller ? On veut des rues qui sont accueillantes. Il faut commencer quelque part si on veut créer cette harmonie et cette cohabitation. »

Président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault croit que l’expérience pourrait être fructueuse malgré les risques. « La responsabilité sera sur le dos des cyclistes. Mais j’ai confiance qu’ils vont être capables de faire preuve de sensibilité envers les piétons. »

Piétons Québec a pour sa part demandé aux SDC de maintenir des trottoirs dégagés. « La question du sentiment de sécurité est importante », rappelle Sandrine Cabana-Degani, directrice de l’organisme.

L’avenue du Mont-Royal sera piétonne à compter du 18 juin, alors que la promenade Wellington le sera dès mardi prochain.

 

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