Le vélo fantôme en hommage à Mathilde Blais sera retiré dimanche

Le vélo blanc en hommage à Mathilde Blais, cette cycliste décédée sous le viaduc des Carrières, sera retiré dimanche.
Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir Le vélo blanc en hommage à Mathilde Blais, cette cycliste décédée sous le viaduc des Carrières, sera retiré dimanche.

Sept ans après son installation, le vélo blanc en hommage à la cycliste Mathilde Blais sera retiré de son emplacement sous le viaduc des Carrières. Une façon de saluer la mise en place du Réseau express vélo (REV) sur la rue Saint-Denis, mais aussi de presser la Ville de Montréal de rendre les autres artères routières de la métropole sécuritaires pour les cyclistes.

En mai 2014, Mathilde Blais, une orthophoniste de 33 ans, a été happée mortellement par le conducteur d’un camion sous le viaduc des Carrières de la rue Saint-Denis, qui ne disposait alors d’aucun aménagement réservé aux cyclistes.

« Elle m’a déjà dit qu’elle avait peur de passer là, mais qu’elle ne pouvait pas passer ailleurs. Il n’y avait rien », confie au Devoir la mère de la victime, Geneviève Laborde.

Sept ans plus tard, le vélo blanc qui avait été installé sous le viaduc sera retiré dimanche lors d’une cérémonie à laquelle prendront notamment part la mairesse de Montréal, Valérie Plante, des élus de Québec solidaire de même que le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault. La bicyclette sera ensuite acheminée au Musée de la civilisation, à Québec, où il y sera exposé, comme le souhaitait la famille de Mme Blais, qui demeure dans ce secteur. Une plaque commémorative sera par ailleurs installée sous le viaduc montréalais en hommage à la cycliste.

Une première

Depuis 2013, l’organisme Vélo fantôme, qui s’est inspiré d’une initiative américaine, a installé 11 vélos blancs dans la métropole et dans les environs. Celui en hommage à Mme Blais sera le premier à être retiré, six mois environ après l’inauguration d’une piste cyclable protégée sur la rue Saint-Denis dans le cadre du vaste projet du REV, qui devrait compter à terme 17 axes totalisant 184 km.

« C’est vraiment en lien direct avec l’inauguration et l’installation du REV sur la rue Saint-Denis parce que l’endroit où Mathilde Blais est morte, c’est vraiment sécuritaire maintenant pour les cyclistes et les piétons. Un accident comme elle a vécu il y a sept ans, ça n’arriverait plus aujourd’hui à cet endroit-là », explique la porte-parole de Vélo fantôme, Séverine Le Page. C’est donc pour « applaudir » cette nouvelle « installation sécuritaire » que le vélo blanc de Mathilde Blais sera retiré dimanche.

Il aura toutefois fallu attendre près de sept ans avant que les cyclistes puissent circuler sans crainte sur la rue Saint-Denis. « Ç’a été très long », souligne Mme Laborde, qui estime qu’il y a encore « énormément d’ouvrage à faire » pour rendre le parcours des cyclistes plus sécuritaire à Montréal.

Un autre vélo blanc

​De nombreuses autres artères routières continuent d’ailleurs d’être dangereuses pour les cyclistes. « Tous les endroits où il y a des vélos blancs, ce sont encore des zones très accidentogènes », rappelle Mme Le Page. Il est trop tôt, donc, pour envisager le retrait d’autres vélos blancs à court terme.

« Si on est capable de faire en sorte que toute la ville soit sécurisée, on pourrait retirer tous les vélos fantômes. Mais pour l’instant, c’est un rappel qui est tellement poignant que je pense que c’est important qu’ils restent là », estime la porte-parole.

L’organisme compte d’ailleurs procéder dans les prochaines semaines à la mise en place d’un vélo blanc en hommage à Maxime Levesque avec l’accord de sa famille, qui demeure en France. Le cycliste de 33 ans a perdu la vie le 8 avril sur l’avenue Papineau, à l’angle du boulevard Saint-Joseph. L’homme était un employé du CPE Au Petit Talon. Il évoluait également au sein du club de soccer l’Union sportive de Montréal, qui a lancé une collecte de fonds en ligne afin de lui rendre hommage.

Contacté par Le Devoir, le cabinet de la mairesse Valérie Plante confirme qu’aucun aménagement cyclable n’est prévu pour l’instant sur l’avenue Papineau, dans le secteur où cette collision est survenue. Le Service de police de la Ville de Montréal confirme pour sa part que M. Levesque demeure pour l’instant le seul cycliste à avoir perdu la vie dans un accident de la route depuis le début de l’année aux côtés de cinq piétons. L’an dernier, un cycliste et 18 piétons ont perdu la vie à Montréal, confirme le corps de police.

« Chaque décès d’un cycliste qui va se produire, parce qu’il y en aura d’autres, ils sont évitables. Ils peuvent être évités et c’est une responsabilité politique, en fait », souligne le président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault.

« On ne peut pas juste attendre qu’on doive renouveler les aqueducs. Il faut qu’il y ait des mesures plus rapides pour développer le réseau [de pistes cyclables] », ajoute M. Rheault, qui demande ainsi à la Ville d’accélérer la cadence.

« Le déploiement des mesures de la stratégie Vision zéro pour assurer la sécurité des cyclistes et des piétons est une priorité pour notre administration et nous poursuivons le travail pour retirer un maximum de vélos blancs dans les rues de Montréal », assure pour sa part l’attachée de presse de Mme Plante, Geneviève Jutras.

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