Toutes les études sur le REM de l’Est seront rendues publiques, promet la Caisse de dépôt

À moyen terme, CDPQ Infra compte exporter le concept du REM et réaliser des projets ailleurs en Amérique du Nord.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À moyen terme, CDPQ Infra compte exporter le concept du REM et réaliser des projets ailleurs en Amérique du Nord.

CDPQ Infra rejette toujours l’idée de construire le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est en souterrain ou au sol au centre-ville de Montréal, mais son président et chef de la direction, Jean-Marc Arbaud, promet de rendre publiques toutes les études qui ont mené aux choix de tracé et de technologies avant l’étude du projet par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Invité vendredi midi à un entretien avec Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Jean-Marc Arbaud est revenu sur la polémique entourant la construction de structures aériennes au-dessus du boulevard René-Lévesque pour le REM de l’Est.

Il a répété que, selon les études effectuées par CDPQ Infra et les experts consultés, construire un REM en souterrain serait hautement risqué en raison de la présence en sous-sol de lignes de métro qui se croisent à différentes profondeurs, d’égouts centenaires et de l’autoroute 720. « Si on voulait entrer en souterrain à Montréal, il y a une solution théorique : rentrer très très profond et arriver avec des stations qui sont à 60-80 mètres de profondeur. Toutes les études nous montrent que l’achalandage s’effondrerait parce que ça devient très complexe et lourd pour les gens. Il y a une perte de temps importante qui fait que ça ne fonctionne pas », a-t-il expliqué. Selon lui, il y a des « risques réels » que ce type de projet ne se concrétise jamais.

Michel Leblanc lui a alors soumis la solution proposée par l’urbaniste et ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. En février dernier, M. Bergeron suggérait une solution hybride avec un REM qui, à l’entrée au centre-ville, terminerait son trajet au sol de manière à éviter l’érection de structures massives au-dessus du boulevard René-Lévesque. « Un REM de surface, ça devient un tramway et la vitesse est impactée », a rétorqué Jean-Marc Arbaud. « On a regardé [cette solution] pour le projet de l’Est. On a simulé un tramway et effectué des études d’achalandage. » Or, cette option ferait ainsi dégringoler l’achalandage, car le temps de parcours serait allongé indûment et la fréquence des trains et leur capacité seraient réduites, a-t-il fait valoir.

Intégration architecturale

M. Arbault s’est dit conscient des préoccupations exprimées par de nombreux experts en architecture et en urbanisme au cours des derniers mois. « C’est important pour nous de réussir l’intégration au centre-ville », a affirmé. « C’est une occasion pour réinventer certains boulevards et réinventer certaines configurations. » Il a rappelé que la composition d’un comité conseiller indépendant serait dévoilée sous peu. Ce comité aura notamment pour mission d’épauler CDPQ Infra sur la question d’intégration architecturale.

Jean-Marc Arbaud n’a pas voulu citer d’exemples de trains aériens étrangers susceptibles d’inspirer CDPQ Infra ailleurs dans le monde. « Je ne voudrais pas laisser une image qui ne soit pas celle qu’on mettra publiquement à un moment donné », a-t-il expliqué, se limitant à dire que d’autres villes dans le monde avaient des projets similaires, notamment Toulouse et des villes espagnoles.

L’ensemble des études liées au projet de REM de l’Est seront rendues publiques avant son examen par le BAPE prévu au début de l’année prochaine, a-t-il par ailleurs promis, en laissant aussi entendre que les grandes composantes de l’intégration architecturale seraient connues et présentées au public avant l’étape de réalisation.

Plusieurs organisations souhaitent toutefois que ces documents soient accessibles dès ce printemps, en amont des consultations que CDPQ Infra doit tenir dans les quartiers traversés par le REM de l’Est. Dans une lettre envoyée le 6 avril dernier au ministre des Transports, François Bonnardel, et à la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, 25 organisations et experts, parmi lesquels le Conseil régional de l’environnement (CRE) et Trajectoire Québec, faisaient valoir que CDPQ Infra devrait mettre en application plusieurs conditions afin de rendre le projet du REM de l’Est socialement acceptable.

Un réseau sanguin

Jean-Marc Arbaud rejette les critiques selon lesquelles le REM de l’Est cannibalisera le réseau de transport existant. « Le système de transport, c’est comme un réseau sanguin pour alimenter les différentes cellules et amener de l’oxygène un peu partout. Il y a des artères, des artérioles et des veines. Dans le développement, on regarde l’ensemble du réseau et comment on peut améliorer la fluidité, les temps d’accès et les vitesses d’ensemble. C’est toujours complémentaire. »

Questionné par Michel Leblanc sur l’intrusion de la Caisse de dépôt dans le champ de compétences de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) créée en 2016 pour faire la planification des transports dans le Grand Montréal, Jean-Marc Arbaud a soutenu que, chaque semaine, des rencontres avaient lieu avec les représentants de cette organisation de même qu’avec la Ville de Montréal, la Société de transport de Montréal (STM) et le gouvernement du Québec.

À moyen terme, CDPQ Infra compte exporter le concept du REM et réaliser des projets ailleurs en Amérique du Nord. « C’est sûr qu’on a beaucoup d’appels en ce sens-là », a-t-il dit.

Michel Leblanc a profité de la visite de M. Arbaud pour exprimer l’appui des gens d’affaires au projet, malgré les préoccupations concernant les structures aériennes prévues au centre-ville. « Le milieu des affaires soutient le projet de REM de l’Est, clairement. On a sous-investi dans le transport collectif vers l’Est. C’est une solution qu’on réclamait depuis des années. Si ça prend un mode aérien au centre-ville pour desservir l’Est et tous ses habitants, c’est ce que ça prendra. […] Il faudra s’assurer qu’on le fait bien, qu’on le fait de façon transparente », a-t-il dit.

Jean-Marc Arbaud n’a pas abordé les aspects financiers du projet de 10 milliards de dollars. Jeudi, lors de l’étude des crédits, le député libéral Enrico Ciccone a toutefois questionné la ministre Chantal Rouleau sur les risques financiers du REM de l’Est compte tenu du télétravail qui fera dégonfler les prévisions d’achalandage. Il a évoqué les objectifs de rendement annuel de 8 % visés par CDPQ Infra avec la première phase du REM. « L’aspect financier n’a pas encore été finalisé », a répondu la ministre. « L’évaluation totale est annoncée, mais toute la discussion sur le financement n’est pas terminée. »

À voir en vidéo