Le REM de l’Est risque de retarder le prolongement de la ligne bleue

L’annonce du REM de l’Est par le gouvernement de François Legault en décembre dernier ajoute à la complexité du dossier puisque l’antenne du REM qui se rend jusqu’à Montréal-Nord croisera la ligne bleue. La station Lacordaire deviendra intermodale et sa conception devra être revue de fond en comble.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’annonce du REM de l’Est par le gouvernement de François Legault en décembre dernier ajoute à la complexité du dossier puisque l’antenne du REM qui se rend jusqu’à Montréal-Nord croisera la ligne bleue. La station Lacordaire deviendra intermodale et sa conception devra être revue de fond en comble.

Promis depuis plus de trois décennies, le prolongement de la ligne bleue du métro jusqu’à Anjou est retardé d’au moins 18 mois et l’arrivée du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est pourrait encore allonger les délais de réalisation. Même s’il assure que ce prolongement n’est pas compromis, le premier ministre François Legault admet que le gouvernement mène une réflexion sur la ligne bleue en raison du risque de dédoublement de service dans l’est de Montréal.

La Société de transport de Montréal (STM), qui pilote le projet de prolongement de la ligne bleue, n’est pas au bout de ses peines. La loi 66 concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure a facilité les procédures d’expropriation, mais son adoption tardive l’automne dernier par l’Assemblée nationale a entraîné un retard d’au moins 18 mois sur l’échéancier initial fixé pour 2026, a confirmé au Devoir la STM jeudi.

Il y avait certains enjeux d’expropriation dans le coin des Galeries d’Anjou. Tout est examiné, mais on continue de vouloir faire la ligne bleue.

 

L’annonce du REM de l’Est par le gouvernement de François Legault en décembre dernier ajoute à la complexité du dossier puisque l’antenne du REM qui se rend jusqu’à Montréal-Nord croisera la ligne bleue. La station Lacordaire deviendra intermodale et sa conception devra être revue de fond en comble, indique Philippe Déry, porte-parole de la STM.

Respect du budget

Le REM de l’Est amène tout de même le gouvernement Legault à réévaluer le projet de prolongement de la ligne bleue. « On a annoncé le REM de l’Est, un projet extraordinaire qui va partir de l’est de l’île pour se rendre dans le centre-ville. Ça amène aussi une réflexion sur la ligne bleue. On ne veut pas dédoubler le service qui va être donné à certains endroits dans l’est de Montréal », a expliqué le premier ministre François Legault lorsque questionné sur le sujet jeudi.

Le premier ministre assure cependant que le prolongement de la ligne bleue, dont le coût est estimé à 4,5 milliards de dollars, n’est pas remis en question. « Ça va voir le jour et plus vite avec nous que n’importe qui d’autre, a-t-il déclaré. Il y avait certains enjeux d’expropriation dans le coin des Galeries d’Anjou. Tout est examiné, mais on continue de vouloir faire la ligne bleue. »

Tant au cabinet du ministre des Transports, François Bonnardel, qu’à celui de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, on confirme maintenir le cap sur le prolongement de la ligne bleue. L’attachée de presse du ministre Bonnardel, Florence Plourde, insiste toutefois sur l’importance de respecter l’enveloppe budgétaire de 4,5 milliards. Elle reconnaît cependant que l’arrivée du REM de l’Est rendra nécessaires certains « ajustements » pour améliorer l’arrimage des deux projets.

La question des coûts n’est pas anodine. La construction d’une station intermodale et la hausse du coût des matériaux menacent de faire gonfler la facture, révélait jeudi matin le chroniqueur Bernard Drainville sur les ondes du 98,5.

Une source gouvernementale évoque aussi les effets de la pandémie, qui pourraient modifier les habitudes des usagers des transports collectifs et les besoins en cette matière.

Les expropriations

La mairesse Valérie Plante soutient que le respect des échéanciers et des budgets est primordial tant pour la Ville de Montréal que pour le gouvernement. « On n’est jamais contents quand il y a une augmentation de coûts. […] Ceci étant dit, je crois énormément dans ce projet-là. Il est absolument nécessaire et je sais que c’est également la volonté du gouvernement du Québec », a-t-elle commenté.

Bien que la loi 66 ait pu aplanir certaines difficultés quant aux expropriations, elle n’a pas réglé le dossier complètement. En juin dernier, les propriétaires des Galeries d’Anjou, soit Cadillac Fairview et Ivanhoé Cambridge, le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement du Québec, se sont adressés aux tribunaux pour contester l’avis d’expropriation visant une partie de leurs terrains.

L’adoption de la loi 66 a rendu cette contestation caduque, mais une nouvelle procédure a été entreprise par les propriétaires des Galeries d’Anjou au début de 2021 pour s’opposer à l’expropriation, a indiqué la STM.

Déçu des retards importants que pourrait subir le projet de prolongement de la ligne bleue, le maire d’Anjou, Luis Miranda, n’est pas étonné de la tournure des événements. Selon lui, le projet de Québec prévoyant des expropriations importantes aux Galeries d’Anjou était risqué. « La semaine prochaine, je vais faire une proposition qui fait en sorte qu’il n’y aurait pas d’expropriations », a-t-il dit au Devoir.

Le projet de prolongement avait été annoncé en avril 2018 par le premier ministre Philippe Couillard et son homologue fédéral Justin Trudeau. À l’époque, la facture était estimée à 3,9 milliards de dollars pour l’ajout de cinq stations sur un tronçon de 5,8 km jusqu’à Anjou, dans l’axe de la rue Jean-Talon.

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