L’OCPM craint une «cicatrice» de plus dans le Centre-Sud

Le secteur des Faubourgs comprend de grands sites en redéveloppement comme la Maison de Radio-Canada et la Brasserie Molson-Coors, de même que l’entrée du pont Jacques-Cartier. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le secteur des Faubourgs comprend de grands sites en redéveloppement comme la Maison de Radio-Canada et la Brasserie Molson-Coors, de même que l’entrée du pont Jacques-Cartier. 

S’il se réalise, le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est sera une « cicatrice » supplémentaire pour le quartier Centre-Sud, estime l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). Dans un rapport sur le Programme particulier d’urbanisme (PPU) des Faubourgs rendu public jeudi, l’organisme soutient que le projet de transport risque de créer une importante rupture entre le nord et le sud du quartier.

L’objectif du PPU élaboré par la Ville est d’encadrer la requalification urbaine de ce secteur morcelé par des voies routières. Il vise notamment à réaménager les espaces publics, à rétablir les trames de rue, à encadrer le développement résidentiel, à accroître le couvert végétal et à améliorer les milieux de vie.

Situé le long du fleuve et bordé par les rues Saint-Hubert, Sherbrooke et Fullum, le secteur des Faubourgs comprend de grands sites en redéveloppement comme la Maison de Radio-Canada et la Brasserie Molson-Coors, de même que l’entrée du pont Jacques-Cartier.

Or, le PPU a été élaboré par la Ville avant la pandémie et bien avant l’annonce du projet du REM de l’Est survenue en décembre dernier. Leur impact sera tel que la Ville devra en tenir compte, croit l’OCPM. « Pour nous, le REM sera clairement une nouvelle cicatrice qu’on vient implanter. Ça va totalement à l’encontre de tous les principes qui ont guidé ce PPU et qui visent à retisser des quartiers à l’échelle humaine », explique Dominique Ollivier, présidente de l’OCPM, en entrevue au Devoir. « Le secteur est déjà traversé par beaucoup d’infrastructures de transport. Les impacts sur le cadre bâti et sur la qualité de vie des gens seront importants. »

Quant à la pandémie, elle a chamboulé les habitudes des travailleurs. Le PPU évoque un potentiel de construction de 320 000 m2 de bureaux et de commerces dans le secteur des Faubourgs. Bien qu’il demeure difficile de dire si le télétravail perdurera, l’OCPM se demande si tous ces espaces seront nécessaires dans l’après-pandémie. Sans compter qu’avec le REM, les entreprises pourraient être tentées de s’installer en périphérie pour réduire le prix de leurs locaux. L’organisme recommande donc à la Ville de revoir ses objectifs en matière d’espaces de bureau pour privilégier l’habitation.

Le secteur est déjà traversé par beaucoup d’infrastructures de transport. Les impacts sur le cadre bâti et sur la qualité de vie des gens seront importants.

 

Ces deux éléments obligeront la Ville à apporter des modifications importantes au PPU avant de le soumettre pour adoption au conseil municipal, fait valoir l’OCPM.

42 recommandations

Le rapport de l’OCPM compte 42 recommandations, dont certaines ont trait au développement immobilier. Plusieurs projets résidentiels verront le jour, notamment le long du fleuve, dans le secteur de la Brasserie Molson-Coors. Le PPU propose des hauteurs allant de 65 à 80 mètres dans la portion sud du territoire. L’OCPM recommande cependant de limiter à 45 mètres les hauteurs permises afin de respecter la « silhouette de Montréal » — et sa montagne — et de réduire les impacts qu’auront ces édifices sur les vues vers le fleuve. « Ça ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas y avoir quelques immeubles plus élevés, mais il faudrait qu’il y ait des retombées pour la communauté, comme des espaces communautaires, des écoles ou des ateliers d’artistes », souligne Mme Ollivier.

Le rapport s’attarde aussi au projet d’aménagement des abords du pont Jacques-Cartier. La Ville prévoit la construction d’une bretelle pour permettre la création d’un passage pour piétons et cyclistes sous les structures routières. L’OCPM remet cependant en question la sécurité de ce passage en dehors des heures de grande fréquentation. Il recommande plutôt l’abaissement des structures au sol afin d’éviter la construction de passages sous les voies du pont.

En matière de patrimoine, l’OCPM est d’avis que les bâtiments excédentaires de propriété publique, tels que l’ancien hôpital de la Miséricorde, devraient être réservés à des fins sociales, pour des logements notamment. La Ville devra aussi s’assurer de la conservation et de la mise en valeur de l’enseigne et de l’horloge Molson, ajoute-t-on.

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