Le REM est imparfait mais vital pour l'est, fait valoir Christian Yaccarini

Christian Yaccarini évoque l’antenne du REM entre le centre-ville et Sainte-Anne-de-Bellevue qui, malgré son coût élevé, desservira des secteurs peu denses avec des prévisions d’achalandage limitées.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Christian Yaccarini évoque l’antenne du REM entre le centre-ville et Sainte-Anne-de-Bellevue qui, malgré son coût élevé, desservira des secteurs peu denses avec des prévisions d’achalandage limitées.

Le président de la Société de développement Angus (SDA), Christian Yaccarini, craint que les critiques au sujet du Réseau express métropolitain (REM) de l’Est aient raison du projet et que l’est de Montréal soit obligé d’attendre encore des décennies avant de bénéficier d’un service de transport efficace.

Annoncé en décembre dernier, le prolongement du REM vers l’est suscite de nombreux débats depuis des semaines, surtout en ce qui a trait à son intégration urbaine et à ses segments en aérien, particulièrement au centre-ville.

Christian Yaccarini partage ces préoccupations, mais il estime que la manière dont se déroulent les discussions concernant le centre-ville pourrait mettre en péril le projet. « On est en train de jeter le bébé avec l’eau du bain », croit-il. Si le gouvernement devait renoncer au projet face aux multiples critiques, l’est de la ville se retrouverait les mains vides alors que l’ouest aura son propre réseau performant, dit-il. « Si on fait ça, avant qu’il y ait quelque chose dans l’est, ça va prendre 30 ans. »

CDPQ Infra s’est déjà engagée à mettre sur pied un comité d’experts pour élaborer les grandes lignes architecturales du projet et, contrairement à ce qui s’est passé pour le premier REM, ce comité travaillera en amont, avant l’octroi des contrats.

Reste que le tronçon aérien prévu au-dessus du boulevard René-Lévesque demeure problématique, selon Christian Yaccarini. CDPQ Infra a déjà présenté les scénarios en souterrain qu’elle a envisagés, mais elle les a rejetés compte tenu de la complexité de l’entreprise, attribuable notamment à la présence de trois lignes de métro dans le secteur de la rue Berri. « Il faudrait que la Caisse nous dise combien ça coûterait. Si, par exemple, ça coûte entre 1 et 1,5 milliard pour enfouir le REM au centre-ville, le gouvernement devrait payer pour ce tronçon. »

Il évoque l’antenne du REM entre le centre-ville et Sainte-Anne-de-Bellevue — une « commande politique » des libéraux, dit-il —, qui, malgré son coût élevé, desservira des secteurs peu denses avec des prévisions d’achalandage limitées.

CDPQ Infra n’a pas dévoilé les estimations de coût d’un REM de l’Est en souterrain au centre-ville. Mardi, elle a réitéré que les analyses techniques rendues publiques en février dernier étaient « sans équivoque ». « Les scénarios d’insertion en mode sous-terrain au centre-ville sont confrontés à des barrières physiques infranchissables, à de sérieux enjeux de sécurité et à des risques de construction critiques rendant leur exécution non réalisable sans sérieusement mettre en péril les finances publiques », a résumé Jean-Vincent Lacroix, porte-parole de CDPQ Infra, par courriel.

Christian Yaccarini reproche par ailleurs à certains critiques de remettre en question le mode choisi, soit un train de type REM. En août 2019, la SDA avait commandé deux études à Trajectoire Québec pour comparer divers modes de transport. Le train de type SLR s’est avéré plus approprié pour l’est que le tramway compte tenu des distances à parcourir, selon la première étude.

L’autre étude faisait état des besoins en mobilité pour les résidents de l’est, qui représentent 33 % de la population de l’île et qui sont les deuxièmes utilisateurs de transports collectifs de l’île, avec une part modale de 27 %, contre 37 % pour les résidents des quartiers centraux.

« Changement de paradigme »

La p.-d.g. de la Chambre de commerce de l’est de Montréal, Christine Fréchette, ne partage pas l’inquiétude de Christian Yaccarini quant à la réalisation du projet, compte tenu de l’intérêt exprimé par le gouvernement pour le développement de l’est de la ville. « Ce sera un changement de paradigme pour l’est de Montréal. Ça va nous permettre d’attirer de jeunes familles pour qu’elles s’y établissent et que les gens y travaillent, dit-elle. On voit le REM dans l’ouest. On sait qu’on ne veut pas un copier-coller. […] Il faut s’inspirer des cas étrangers qui ont été un succès pour développer notre propre modèle. »

Malgré les critiques entendues sur de nombreuses tribunes, le REM de l’Est suscite une importante adhésion, soutient une source gouvernementale, qui estime qu’avec les précautions prises, une intégration harmonieuse du projet est possible.

 

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