La réfection d’un nouveau pavillon de l’UQAM décriée par des défenseurs du patrimoine

La devanture de l’ancienne école Alexandra, rue Sanguinet
Hubert Hayaud Le Devoir La devanture de l’ancienne école Alexandra, rue Sanguinet

La réfection de l’ancienne école Alexandra, rue Sanguinet, pour en faire le pôle d’innovation de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, présente un nouveau cas de façadisme et irrite les défenseurs de la conservation du patrimoine.

Bien que l’édifice ait été classé au patrimoine, c’est uniquement les trois façades, y compris celles de la cour intérieure, qui en seront préservées. Pour y arriver, on a même dû modifier la classification des « édifices scolaires » de l’ancienne école protestante, construite en 1910 dans le style Néo Tudor, pour les définir désormais comme « vestiges » patrimoniaux, dans le plan d’urbanisme de la Ville.

L’UQAM va refaire la structure intérieure de l’édifice, où seront logées 17 classes, en ajoutant par ailleurs deux étages à l’édifice, qui en avait auparavant quatre.

Le projet indispose les opposants farouches au façadisme, cette pratique architecturale controversée qui veut que l’on ne conserve que la façade patrimoniale d’un immeuble pour en reconstruire complètement l’intérieur. Cette approche a été notamment décriée dans un rapport du Conseil du patrimoine du Québec au mois de février dernier.

Taïka Baillargeon, d’Héritage Montréal, s’insurge particulièrement du fait que les édifices scolaires soient devenus des « vestiges » patrimoniaux dans le plan d’urbanisme sans aucune opposition.

« Ça, c’est le plus choquant, dit-elle. Ça n’est pas un vestige, peu importe l’état de dégradation du bâtiment. Un vestige, c’est une ruine », dit-elle. Selon elle, le maintien du patrimoine devrait toujours être le premier choix au moment de la réfection d’un bâtiment.

Depuis novembre, l’arrondissement de Ville-Marie, où se trouve l’ancienne école Alexandra, a d’ailleurs adopté un règlement qui vise à réduire les pratiques de façadisme sur son territoire. « C’est une approche de prévention qui est mise de l’avant dans l’intervention », dit Anne-Marie Sigouin, conseillère de l’arrondissement de Ville-Marie. On prévoit désormais d’aborder ces questions patrimoniales dès la phase d’obtention du permis.

Ça, c’est le plus choquant. Ça n’est pas un vestige, peu importe l’état de dégradation du bâtiment. Un vestige, c’est une ruine.

 

Les firmes d’architectes EVOQ et NFOE, qui sont responsables des travaux pour l’UQAM, affirment cependant qu’elles ont étudié toutes les possibilités avant d’être acculées à la décision de reconstruire l’intérieur de l’école. « On a eu une commande de faire une nouvelle école des sciences de la gestion, dans un bâtiment qui était abandonné depuis 2006 », dit Gilles Prud’homme, de la firme d’architectes EVOQ.

Jusqu’en 2015, le bâtiment abritait en effet le CLSC des Faubourgs. Selon Gilles Prud’homme et Pierre Asselin, de la firme NFOE, c’est la réglementation moderne en matière d’architecture qui empêchait la conservation de l’intérieur du bâtiment. Les deux firmes d’architectes en sont venues à cette conclusion après avoir mené de nombreuses études sur les possibilités de conserver le bâtiment dans son ensemble.

« Il y a de nouvelles normes parasismiques qui sont très strictes aujourd’hui, par rapport à autrefois », dit Gilles Prud’homme. Avec Pierre Asselin, ils ajoutent que les dalles étaient en trop mauvais état pour être conservées.

« On n’aurait pas pu faire une école primaire ni une école secondaire dans cet édifice », dit Pierre Asselin. Et déjà, au moment de la conversion de l’édifice en CLSC, arguent les deux hommes, on avait enlevé tous les éléments intérieurs relatifs au passé scolaire de l’édifice.

Les firmes se réjouissent cependant d’avoir par exemple posé les nouvelles dalles exactement à l’endroit où étaient posées les anciennes, et d’avoir pu conserver deux escaliers, la cour intérieure, ainsi que « des portions de murs ».

Perte considérable

Pour Taïka Baillargeon, les notions de préservation de patrimoine ne se limitent pas, cependant, aux édifices et à leur architecture.

« Le patrimoine, c’est plus que l’architecture. Ce sont des souvenirs, des façons de vivre. Quand on détruit un intérieur, c’est une façon d’enseigner et d’apprendre que l’on perd. Quand on garde les matériaux et qu’on les réutilise, cela a une belle valeur environnementale », dit-elle.

Les travaux du nouveau pavillon de l’UQAM, qui portera le nom d’Espace Lab, ont commencé le 9 décembre dernier.

Ce pavillon sera « consacré à la formation en gestion, aux activités de recherche tournées vers les enjeux du milieu des affaires et au développement de l’entrepreneuriat. Il accueillera, entre autres, le Carrefour Entreprendre, qui vise à rallier et à propulser les forces vives en entrepreneuriat, à Montréal et au Québec », écrit l’UQAM dans un communiqué. Les salles de classe abriteront des cours de maîtrise et de doctorat ainsi que « des laboratoires à la fine pointe de la technologie ».

On mentionne l’ajoute « de deux nouveaux étages en transparence » et d’une « terrasse avec vue sur le centre-ville ».

 
 

Une version précédente de cet article, qui identifiait erronément les firmes d’architectes responsables des travaux pour l’UQAM, et indiquait que le CLSD des Faubourgs occupait le bâtiment jusqu'en 2006, a été modifiée.

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