Le gouvernement exige la révision du projet de tramway à Québec

Le ministre des Transports, François Bonnardel, souhaite davantage arrimer le projet de tramway de Québec au troisième lien.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Transports, François Bonnardel, souhaite davantage arrimer le projet de tramway de Québec au troisième lien.

Le gouvernement refuse de donner son aval au projet de tramway tant qu’il ne sera pas plus avantageux pour les résidents des banlieues.

« Le gouvernement ne donnera pas son aval à ce projet, tel que déposé, s’il n’y a pas amélioration, bonification de ce projet pour les dessertes pour les banlieues de Québec », a déclaré le ministre des Transports François Bonnardel lors d’un point de presse en matinée.

L’annonce est survenue à peine 24 heures après la publication d’un rapport dévastateur du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet de 3,3 milliards de dollars.

Mais le gouvernement avait déjà pris sa décision avant, a fait savoir plus tard le premier ministre. « Rappelez-vous, avant l’élection de 2018, on avait trois conditions pour appuyer le projet : un service amélioré dans les banlieues, un lien avec le troisième lien et respecter le budget, a souligné François Legault. Donc, les trois conditions restent, puis, avant même le rapport du BAPE, on avait déjà des discussions avec M. Labeaume sur la desserte des banlieues. C’est vraiment là où on pense qu’il y a des améliorations à apporter. »

Lesquelles ? François Bonnardel s’en est tenu à dire qu’il avait des « idées », mais qu’il voulait d’abord en parler au maire Régis Labeaume.

Ce dernier brillait d’ailleurs par son silence mardi. À son cabinet, on a indiqué qu’il ne réagirait pas à l’annonce du gouvernement dans la journée.

La veille, il avait attaqué le rapport du BAPE avec virulence et insisté sur l’importance de lancer le projet tel quel.

Certaines déclarations de M. Bonnardel pourront toutefois le rassurer, notamment son intention de miser sur un tramway et d’exclure tout projet de métro.

« Qu’on me comprenne bien, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Je ne repousse pas ce projet aux calendes grecques. Ce projet doit se faire », a-t-il notamment déclaré en évoquant des délais supplémentaires de « semaines » ou de « mois ».

Les changements visés, dit-il, concernent surtout le tracé. « Le tracé comme tel sera assurément discuté et revu », a-t-il dit.

Et le troisième lien ?

Par ailleurs, le ministre ne cache pas vouloir davantage arrimer le projet de tramway au troisième lien qui n’a pas fait l’objet encore d’une présentation en bonne et due forme.

Certaines esquisses avaient été éventées dans les médias en janvier, sans plus.

Or, il semble que le gouvernement ne soit toujours pas prêt à présenter un plan de ce projet. Mardi, M. Bonnardel a prétexté des changements qui seront apportés au projet de tramway pour reporter la présentation tant attendue.

« Avec les négociations que nous aurons avec la Ville de Québec, cela va indéniablement retarder la présentation du dépôt du projet de tunnel Québec-Lévis », a-t-il fait valoir.

Rapport du BAPE

Rendu public lundi, le rapport du BAPE critique sévèrement le projet de transport de 3,3 milliards et recommande au gouvernement de ne pas l’approuver dans sa forme actuelle.

« Le transfert modal de l’automobile vers le transport collectif espéré à la suite de l’implantation du tramway apparaît modeste en regard des investissements prévus de 3,3 milliards de dollars », peut-on lire dans le document.

En plus de la Ville, le rapport a été vivement critiqué par le Conseil régional de l’environnement (CRE), qui remet même en doute la compétence du BAPE en matière de transport en commun.

Son président, Alexandre Turgeon, voit par ailleurs dans la sortie du ministre un « rejet » des conclusions principales du BAPE puisque M. Bonnardel souhaite développer un tramway et rejette l’idée d’un métro, par exemple.

« Il n’y a pas de projet qui ne mérite pas d’être accepté avec des conditions, fait valoir M. Turgeon. On a confiance dans le travail que le ministre va faire avec la Ville de Québec. »

Une vaste coalition de groupes environnementaux a ensuite joint sa voix à la sienne. « Les groupes environnementaux nationaux saluent le soutien du gouvernement du Québec et son désir d’améliorer le projet », a fait savoir le regroupement composé notamment d’Équiterre, de Greenpeace et de la Fondation David Suzuki.

Or, si l’on veut améliorer le projet, « il faudra augmenter l’enveloppe budgétaire », ont-ils prévenu. Malheureusement pour eux, le ministre Bonnardel avait déclaré plus tôt que l’enveloppe de 3,3 milliards déjà prévue était fermée. « Je suis persuadé qu’on peut offrir aux Québécois, aux gens de Québec, un bon projet pour 3,3 milliards », avait-il déclaré.

À voir en vidéo

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 11 novembre 2020 08 h 01

    Je dois avouer

    que je suis sceptique quant à la probabilité que les habitants du Grand Québec adoptent le transport public. La densité de population y est très faible, les autoroutes partout, l'Université elle-même avec ses étudiants déménagée depuis longtemps loin du coeur de la ville, pas assez de pauvres incapables de se payer une auto. Il faudrait une catastrophe comme une disette de pétrole pour faire changer d'idée les habitants du Grand Québec. Sans compter, comme partout ailleurs, la peur de la promiscuité et le télétravail, cadeaux de la Covid; même à Montréal, le métro est vide.