Faire avancer le transport collectif

Catherine Martellini Collaboration spéciale
À compter du 1er octobre, deux nouveaux titres de transport seront offerts aux usagers: «Soirée illimitée», qui permet des déplacements illimités entre 18 h et 5 h, de même que «Week-end illimité» qui permet de se déplacer entre le vendredi 16 h et le lundi 5 h.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À compter du 1er octobre, deux nouveaux titres de transport seront offerts aux usagers: «Soirée illimitée», qui permet des déplacements illimités entre 18 h et 5 h, de même que «Week-end illimité» qui permet de se déplacer entre le vendredi 16 h et le lundi 5 h.

Ce texte fait partie du cahier spécial Mobilité durable

Le transport collectif de la région métropolitaine de Montréal n’a pas été épargné par la pandémie. La diminution de sa fréquentation, et donc de ses revenus, l’a obligé à repenser son modèle d’affaires pour mieux appuyer la reprise de ses services, mais aussi de l’économie.

Rapidement décrétés service essentiel, les transports collectifs se sont maintenus au début de la crise, mais des ajustements ont dû être apportés par la suite pour qu’ils s’adaptent aux besoins des travailleurs essentiels. Le confinement à la maison a, bien évidemment, eu une incidence majeure sur l’achalandage dans les transports collectifs.

« On parle d’une baisse de l’ordre de 95 % au début de la pandémie », précise Benoit Gendron, directeur général de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Cette situation a conduit inévitablement à une perte importante de revenus. L’ARTM a dû développer un plan de reprise des services échelonné de 2020 à 2022, qu’elle a proposé au gouvernement et à ses partenaires de la région métropolitaine afin de retrouver l’équilibre financier.

Pour arriver à élaborer un modèle qui anticiperait adéquatement la reprise des activités à leur niveau prépandémie, l’ARTM a collaboré avec les autorités de Toronto et de Vancouver ainsi que de partout dans le monde, pour échanger de l’information sur l’achalandage à travers les autres réseaux lors de la reprise d’activités.

Elle a ainsi pu dégager des tendances dans le déplacement de ceux qui étaient aux premières lignes, notamment au centre-ville, en déterminant comment se modifiaient leurs comportements. De concert aussi avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l’ARTM effectuera des recensions auprès des grandes entreprises de la région métropolitaine pour savoir comment elles entendent reprendre leurs activités et dans quelle mesure elles fonctionneront en télétravail.

« Selon un premier modèle proposé par ce plan de reprise, on anticipe une reprise d’environ 50 % des niveaux d’achalandage prépandémie pour le reste de l’année 2020, 75 % pour 2021 et 95 % pour 2022 », précise-t-il. Les 5 % manquants étant attribuables au télétravail qui devrait se poursuivre dans certaines entreprises, du moins en partie. Dans l’hypothèse d’une deuxième vague et d’un reconfinement, les conséquences s’étireraient jusqu’en 2025.

Continuité sur fond de renouveau

Pour les mois à venir, l’ARTM effectuera une surveillance des activités de reprise du transport collectif dans la grande région métropolitaine. Elle se dotera de mécanismes d’ajustements dans l’éventualité où ses prévisions ne se réalisent pas.

« Déjà, on constate une plus grande reprise des activités dans les bus que dans les métros et les trains de banlieue », mentionne Benoit Gendron. Un tel contexte a amené l’ARTM à se pencher sur la mise en place d’autres outils pour adapter son offre aux besoins des usagers. C’est ainsi que depuis le 1er septembre, le « Titre bus — sans contact », qui permet de se déplacer de façon illimitée dans tout le réseau de bus pendant 120 minutes, est accessible grâce aux applications Chrono et Transit.

Cet automne, les utilisateurs pourront également vérifier l’achalandage d’un bus avec l’application Chrono, et ainsi, en cas de bus trop bondé, choisir un autre mode de transport, ou encore attendre le suivant.

50%
L’ARTM anticipe une reprise d’environ 50% des niveaux d’achalandage prépandémie pour le reste de l’année 2020, 75% pour 2021 et 95% pour 2022.

À compter du 1er octobre, deux nouveaux titres seront également offerts aux usagers : « Soirée illimitée », qui permet des déplacements illimités entre 18 h et 5 h, de même que « Week-end illimité » qui permet de se déplacer entre le vendredi 16 h et le lundi 5 h. « Cette nouveauté est intéressante dans cette période de grande imprévisibilité, mais représente aussi le prélude de la simplification de la grille tarifaire », souligne Benoit Gendron.

En effet, le réseau de transport collectif comprend actuellement 17 grilles tarifaires, plus de 700 titres et 8 zones. L’ARTM compte réduire cela à une seule grille tarifaire, une centaine de titres et 4 zones afin d’intégrer l’ensemble des services de la région métropolitaine.

« On se dirige vers une centralisation de la mobilité qui permettra à l’usager de choisir ses déplacements en fonction de critères comme la rapidité », soutient M. Gendron.

L’ARTM proposera ainsi deux manières d’utiliser le transport collectif : les tarifs « tous modes », qui donneront indistinctement accès aux bus, au métro, au train et plus tard au REM, et les tarifs « bus partout », qui offrent la possibilité de prendre l’autobus sur l’ensemble du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

On se dirige vers une centralisation de la mobilité qui permettra à l’usager de choisir ses déplacements en fonction de critères comme la rapidité

 

Après avoir fait l’objet de bon nombre de consultations en interne et auprès d’experts, ce projet sera soumis à une consultation publique par l’intermédiaire de la plateforme en ligne Repensons la mobilité (repensonslamobilite.quebec).

Faire rouler l’économie

Le gouvernement du Québec a demandé à l’ARTM de participer à la relance économique de la province. Cette dernière a donc déposé, de concert avec la CMM, son Plan d’actions priorisées en transport collectif.

Évalué à 9,2 milliards de dollars, ce plan générerait des retombées économiques dans tous les secteurs productifs de l’économie québécoise, et plus précisément dans celui de la construction, des services autres que publics et de la fabrication.

Il propose cinq axes d’intervention : grands projets d’infrastructures publiques de transport collectif ; voies réservées du réseau structurant d’autobus, outils informatiques et technologiques, projets de maintien et d’amélioration des actifs et de mise aux normes, et électrification des transports.

Les 16 projets ou interventions stratégiques qu’il comprend seraient déployés en trois phases, afin d’avoir des répercussions économiques à très court terme, c’est-à-dire dès l’an prochain et en 2022, puis à plus long terme, à compter de 2023.

L’ARTM attend la réponse du gouvernement concernant le dépôt de ce plan de relance.