Se réapproprier le transport collectif

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le risque zéro n’existe nulle part, mais continuer à suivre les consignes permet d’emprunter le réseau de transport collectif de la manière la plus sécuritaire possible.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le risque zéro n’existe nulle part, mais continuer à suivre les consignes permet d’emprunter le réseau de transport collectif de la manière la plus sécuritaire possible.

Ce texte fait partie du cahier spécial Mobilité durable

Dans la semaine du 6 avril, la Société de transport de Montréal (STM) a connu sa plus forte baisse d’achalandage, soit 92 % de moins d’usagers dans le réseau du métro et 82 % dans les autobus. En outre, 88 % des passagers n’ont pas eu recours au transport adapté. Depuis, la STM affirme que la situation s’améliore de semaine en semaine, mais de façon assez lente, et dit s’attendre à ce que le volume de déplacements continue d’augmenter au cours des prochains jours et semaines en lien avec le retour des vacances et la rentrée scolaire.

En ces temps de pandémie, le transport collectif soulève des craintes dans la population. À ce jour, ni l’Institut national de la santé publique (INSPQ) ni la Direction régionale de la Santé publique de Montréal (DRSP) n’ont encore émis d’avis précis concernant les risques de contagion dans le réseau. Toutefois, le docteur Patrick Morency, médecin spécialiste à la DRSP, rappelle que « le risque de contamination est lié à la possibilité de rencontrer un cas contagieux » et qu’il est proportionnel à la durée du contact et à la proximité. « C’est pour ça qu’on recommande la distanciation physique, le port ducouvre-visage, l’hygiène des mains et l’étiquette respiratoire. » Le risque zéro n’existe nulle part, mais continuer à suivre les consignes permet d’emprunter leréseau de transport collectif de la manière la plus sécuritaire possible.

Voyager en confiance

Depuis le début de la pandémie, la STM a suivi les consignes des autorités de santé publique et a mis en place plusieurs mesures exceptionnelles. Parmi les principales, on notera la désinfection sur une base quasi quotidienne des surfaces les plus touchées dans le réseau, le maintien d’une offre de service optimisée, malgré la baisse d’achalandage, pour favoriser la distanciation, l’installation d’un panneau de protection pour les chauffeurs de bus pour permettre l’embarquement par l’avant. On se souviendra qu’au plus fort de la crise, la clientèle devait embarquer par les portes arrière pour limiter les contacts avec le chauffeur. De plus, on assiste actuellement au retour des équipes de soutien aux déplacements sur les quais, dans les stations de métro les plus achalandées, pour favoriser la fluidité et éviter les attroupements. Plus de 600 000 couvre-visages réutilisables ont par ailleurs déjà été distribués à ce jour dans le réseau.

Aujourd’hui, le grand défi que doit surmonter la STM est de redonner confiance aux usagers. Une campagne est d’ailleurs déployée ces jours-ci pour rappeler à la clientèle toutes les mesures mises en place. Par ailleurs, l’Autorité régionale de transport métropolitain, maintenant responsable de la tarification, a mis en place des mesures tarifaires spéciales, dont un titre de transport sans contact.

Moins nocif que l’auto

Ce qu’on a tendance à oublier en ces temps temporairement chamboulés, c’est que le transport collectif, en plus de réduire l’usage de l’automobile, n’apporte que des bienfaits à ses usagers et à la population en général. « C’est le nombre de kilomètres et les distances globales parcourues en automobile qui sont associés aux problèmes de santé publique », rappelle Patrick Morency.

Quand il est question de transportpublic, certains des avantages et bénéfices nous viennent vite en tête, comme la réduction des émissions polluantes, l’augmentation de l’activité physique et la diminution des risques de blessures dues à des accidents de la route. Ces derniers sont bien documentés. Mais ce dont on entend moins parler, ce sont tous les dommages que causent un nombre trop élevé de voitures sur les routes.

« Un système de transport basé sur l’automobile engendre des inégalités d’accès », rappelle le médecin en prenant l’exemple des personnes âgées de qui on révoque le permis lorsque leur condition ne leur permet plus de conduire et qui se retrouvent complètement démunies parce qu’elles habitent des territoires où il est impossible de se déplacer sans voiture. Dans ces mêmes quartiers, « les gens n’ont pas la possibilité d’avoir accès aux lieux d’emplois, d’éducation ou aux services sans être tributaires de l’auto », ajoute-t-il.

Patrick Morency poursuit en rappelant que la destruction des communautés et tout l’espace qu’on consacre à la voiture causent aussi des dommages importants au tissu social. Dommages qui ne sont pas sans conséquence : « Quand on a construit l’échangeur Turcot en 1960, on a détruit un quartier. Les grandes artères les autoroutes, dont on veut parfois augmenter la capacité, occupent un espace qui pourrait être conçu autrement et qui non seulement engendrent toutes les nuisances que l’on connaît, mais entravent également le développement. »

Le médecin appelle de ses vœux un moratoire sur le développement de la capacité autoroutière : « Pourquoi l’argent disponible n’est-il pas réinvesti pour développer les villes, les noyaux villageois et les transports collectifs ? Plutôt que de faire des réfections et des prolongements d’autoroutes, on pourrait revitaliser les artères urbaines, faire des aménagements de qualité pour les piétons et les cyclistes et créer des parcs dans les villes. »