L’édifice du Rapido démoli parce que dangereux, se défend le promoteur

Quel sera l’avenir de cet immeuble datant de 1880 dont il ne reste plus, pour l’instant, que deux murs chambranlants?
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Quel sera l’avenir de cet immeuble datant de 1880 dont il ne reste plus, pour l’instant, que deux murs chambranlants?

« C’est pour la sécurité du public » que l’immeuble situé au carrefour emblématique de la rue Saint-Denis et de l’avenue du Mont-Royal, l’ancien restaurant Rapido, a été démoli. C’est du moins ce qu’affirme au Devoir un des actionnaires du projet immobilier, Matthew Lieberman.

Les plans déposés aux services concernés de la Ville indiquaient pourtant que l’immeuble conserverait sa structure, en vue d’offrir des appartements résidentiels dotés d’une terrasse, avec des espaces commerciaux au rez-de-chaussée.

« Je n’ai pas besoin d’avoir la permission de la Ville pour protéger le public », soutient le jeune entrepreneur de 31 ans. M. Lieberman affirme être dans l’immobilier depuis huit ans, en compagnie de partenaires financiers. « La sécurité du public, c’est pour moi la priorité numéro un. J’avais deux rapports de mes ingénieurs qui disaient que c’était dangereux. Cela me suffit. Vous n’avez pas besoin de permission pour protéger le public. Et la Ville avait vu nos plans. »

Au Devoir, ce jeune entrepreneur unilingue anglais affirme qu’il n’avait pas le choix. « Nous n’avions pas le temps de demander un permis. Nous avons fait ce qui était pour nous la priorité numéro un : la sécurité du public. »

Quel sera l’avenir de cet immeuble datant de 1880 dont il ne reste plus, pour l’instant, que deux murs chambranlants ? « Nous ne savons pas si les murs vont passer à travers l’hiver. On va essayer de les solidifier », explique au Devoir cet ancien étudiant en génie mécanique de l’Université McGill.

« Nous avons demandé un permis de démolition », explique-t-il au Devoir, afin de légitimer ce qui a déjà été démoli. « Nous espérons poursuivre le projet d’ici deux à trois mois. »

Selon M. Lieberman, il n’a jamais été question, dans les rapports de son entreprise avec la Ville, même à la suite de cette démolition unilatérale, que Montréal donne le moindre constat d’infraction. « Les éléments ne pouvaient pas être préservés. Ils le savent. Cela arrive souvent à Montréal avec de vieux immeubles. Il n’a jamais été question de contravention. »

Matthew Lieberman affirme que c’est une compagnie qui gère ce projet qui trônera sur ce coin de rue emblématique de Montréal. Les documents publics indiquent toutefois qu’il est un des trois actionnaires principaux, en compagnie de Karl Patrontash et Laurence Sellyn. « Je suis allé au secondaire avec [Patrontash]. Il s’occupe du financement. Je suis plus dans le volet construction de nos projets. » Laurence Sellyn, pour sa part, est mieux connu du monde des affaires, même si M. Lieberman soutient qu’il ignore tout à son sujet, sinon qu’« il a dans les 70 ans et met de l’argent ». Formé à Oxford, en Angleterre, Laurence Sellyn a été vice-président de Vêtements de sport Gildan et il siège au conseil d’administration de la multinationale Cascades.

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