Les sociétés de transport laissées sur leur faim

Confrontées à une baisse d’achalandage et à des pertes importantes de revenus, les sociétés de transport en commun des grandes villes du Québec ont dû supprimer certains contrats et mettre à pied des employés dans les derniers mois. L’offre de service a également été réduite, et ce, jusqu’à nouvel ordre.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Confrontées à une baisse d’achalandage et à des pertes importantes de revenus, les sociétés de transport en commun des grandes villes du Québec ont dû supprimer certains contrats et mettre à pied des employés dans les derniers mois. L’offre de service a également été réduite, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

L’aide d’urgence de 400 millions de dollars versée aux transports collectifs sera insuffisante pour pallier les pertes de revenus des sociétés de transport du Québec en raison de la pandémie. Certaines ont déjà annoncé une réduction de leur offre de service cet automne dans le but de faire des économies et de répondre aux critères de l’aide gouvernementale.

« Depuis le début de la pandémie, François Legault a toujours dit que le transport en commun est un service essentiel. Alors, pourquoi ne pas aller chercher plus d’argent pour aider le secteur ? En plus, c’est une belle occasion de prouver ses engagements en matière de mobilité durable et de réduction des gaz à effet de serre », fait valoir Marc Denault, président de la Société de transport de Sherbrooke (STS).

Confrontée à une baisse d’achalandage et à des pertes importantes de revenus, la STS a dû supprimer certains contrats et mettre à pied 10 % de ses employés dans les derniers mois. L’offre de service a également été réduite de 25 % depuis avril, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

Mais M. Denault s’inquiète surtout pour les mois à venir, craignant de devoir supprimer des lignes d’autobus dans les zones moins densifiées, où le transport en commun est pourtant essentiel pour les personnes n’ayant pas de voiture. « Ce serait un énorme pas en arrière, j’espère qu’on ne va pas en arriver là. »

On a encouragé à manger local et à acheter local. Il faut aussi encourager nos services de transport collectif locaux.

 

Comme la STS, d’autres sociétés de transport ont dû revoir leur offre de service à la baisse pour l’automne, et certaines envisagent de nouvelles mises à pied. C’est le cas de la Société de transport de l’Outaouais (STO), dont le service d’autobus sera assuré à 80 % de sa capacité cet automne.

Dans la grande région de Montréal, plus dense, les difficultés sont les mêmes. Le réseau de transport de Longueuil (RTL) compte réduire son offre de service de 15 % cet automne et prévoit des compressions de dépenses, dont des mises à pied.

Du côté de la Société de transport de Montréal (STM) et de la Société de transport de Laval (STL), pas question de réduire l’offre de service. La fréquence des métros restera donc la même, comme avant la crise. Les bus fonctionneront à environ 85 % de leur capacité à Montréal et à 80 % à Laval. Le réseau Exo, responsable des trains de banlieue, ne compte pas non plus diminuer son offre cet automne.

L’avenir n’en reste pas moins incertain. L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), responsable du financement de tous les services de la région, évalue à 523 millions de dollars la perte pour 2020. Une somme plus élevée que l’aide gouvernementale accordée dans toute la province.

À l’ARTM, on précise que « des discussions se poursuivent avec toutes les parties prenantes et les gouvernements » pour trouver des solutions, puisque les usagers ne sont toujours pas au rendez-vous. La baisse d’achalandage varie actuellement encore de 50 % à 90 %, selon le territoire et le mode de transport.

« L’insuffisance de l’aide gouvernementale accordée pour compenser les pertes tarifaires, les coûts additionnels reliés à la COVID-19 ainsi que les règles contraignantes du programme d’aide et de l’ARTM nous conduisent à faire des choix difficiles. À défaut de trouver une solution à court terme, la STL sera contrainte d’effectuer en 2021 des réductions de service », indique de son côté la porte-parole Stéfanie Tougas.

Critères restrictifs

Si l’aide d’urgence du gouvernement Legault a été saluée lors de son annonce en juin, très vite, les sociétés de transports et des organismes du milieu ont déchanté. En plus d’être insuffisante, cette aide est assortie de critères restrictifs, estiment certaines personnes.

Les organisations doivent notamment adopter « un plan d’optimisation », car l’aide gouvernementale est conçue pour éponger seulement jusqu’à 50 % des pertes de recettes tarifaires provenant des usagers. Dans les faits, les sociétés doivent faire des compressions.

Toutefois, c’est surtout l’obligation de « présenter et [d’]adopter un budget équilibré pour l’année 2021 dans lequel la contribution municipale n’augmentera pas plus que [l’inflation] » qui est vertement critiquée.

« Déjà, comment proposer un budget équilibré pour 2021 dans un tel contexte d’incertitude ? La pandémie est loin d’être terminée, et rien ne dit que les usagers vont retourner rapidement dans les transports en commun », note le président de Trajectoire Québec, François Pepin. « Et pourquoi plafonner l’aide des municipalités à leur société de transport ? Si elles veulent donner plus, c’est une bonne chose. Il faut encourager les transports collectifs pendant cette crise », poursuit-il.

Pourquoi plafonner l’aide des municipalités à leur société de transport ? Si elles veulent donner plus, c’est une bonne chose. Il faut encourager les transports collectifs pendant cette crise.

 

Il appelle le gouvernement à venir davantage en aide au secteur, au risque de voir les usagers en payer le prix. « Certains ont déjà réduit les services, les autres vont simplement suivre. Et dans un ou deux ans, on verra les prix augmenter considérablement », dit M. Pepin.

Une crainte partagée par Samuel Pagé-Plouffe, coordonnateur de l’Alliance Transit. Il ne comprend également pas pourquoi l’aide d’urgence se restreint à 400 millions de dollars, alors qu’Ottawa a promis jusqu’à 1,8 milliard aux réseaux de transport en commun touchés par la crise, à condition que les provinces concernées égalisent les sommes fédérales.

L’Ontario en a d’ailleurs profité, et ce sont au total 2 milliards qui seront investis pour aider les sociétés de transports ontariennes. « C’est trois fois plus d’aide par habitant comparé au Québec », calcule Samuel Pagé-Plouffe, appelant Québec à bonifier son aide d’urgence au plus vite.

À ses yeux, la crise actuelle pourrait laisser des dommages permanents dans les services de transport collectif. « C’est un cercle vicieux. Si on réduit les services, on amoindrit la confiance du public, qui ne peut plus compter sur l’efficacité du transport et va se tourner vers la voiture. Si on perd des usagers, on perd du revenu et, avec moins de revenus, on va encore réduire les services pour être rentable. Il faut éviter ça à tout prix. »

Florence Junca-Adenot, professeure en études urbaines et touristiques à l’UQAM, abonde dans ce sens. Alors qu’on encourage depuis des années les Québécois à opter pour les transports en commun et à abandonner leur voiture — pour le bien de l’environnement et de la collectivité —, ce n’est pas le temps de relâcher l’effort et de faire un pas en arrière. « Ça prend des actions du gouvernement et il faut aussi lancer un message à la population. On a encouragé à manger local et à acheter local. Il faut aussi encourager nos services de transport collectif locaux. »

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1 commentaire
  • Mera Uriostegui - Inscrite 3 août 2020 13 h 01

    je peux voir dan le service du transport qu'il y a une préoccuoation très grande pour les pertes à cause de la pandemie et aussi la mannière d'en fixer. En revanche le service de transport donne des bons gains et des benefit à la societé, parce que comme l'article dire, c'est un service essential. mais je trouve que cet un question d'ataptation on va voir s'il les revenus augmentent
    Des saluts du Mexique.