Le réaménagement de la rue Notre-Dame Ouest suscite la grogne

Au cours de la première semaine de juillet, 15 000 piétons ont déambulé en moyenne chaque jour sur l’avenue du Mont-Royal, dans le Plateau-Mont-Royal, selon les données récoltées par la firme Éco-Compteur.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Au cours de la première semaine de juillet, 15 000 piétons ont déambulé en moyenne chaque jour sur l’avenue du Mont-Royal, dans le Plateau-Mont-Royal, selon les données récoltées par la firme Éco-Compteur.

Pendant que Montréal se félicite du « succès » de ses rues piétonnes déployées dans l’urgence de la pandémie, elle se heurte de nouveau à l'opposition de commerçants, cette fois pour le réaménagement de la rue Notre-Dame Ouest.

« Retirer autant de places de stationnement, pour nous, c’est le problème majeur, lance Evan Hughes, gérant du magasin d’ameublement Beige, qui a pignon sur rue depuis 13 ans. Il y a des meubles qui entrent et qui sortent. Les clients qui viennent acheter un sofa ou une table à café ne sont pas à pied ou à bicyclette. »

D’ici la fin de la semaine, la rue Notre-Dame Ouest fera la part belle aux piétons entre les rues Workman et Vinet, dans le Sud-Ouest. La voie en direction est sera interdite aux voitures et les places de stationnement seront supprimées de chaque côté pour élargir les trottoirs. Les bars et les restaurants auront ainsi plus d’espace pour leur terrasse.

Trois endroits consacrés à la livraison ont en outre été prévus. Ces modifications, qui devaient initialement se faire en juin, doivent durer huit semaines.

« Fermer toutes les rues, retirer toutes nos places de stationnement et demander à des clowns de faire des performances n’est pas une aide économique » en contexte de COVID-19, a fustigé sur Twitter le copropriétaire du restaurant Joe Beef, David McMillan.

Dans une série de tweets rageurs, il reproche à l’administration Plante de ne pas avoir consulté les commerçants avant de mettre en branle son projet. « Je suis ouvert au changement, mais ils doivent en discuter avec la communauté, et non nous l'imposer en sept jours. » Un avis partagé par plusieurs de ses voisins.

Evan Hughes juge lui aussi avoir été tenu dans l’ombre. « On a reçu une lettre vendredi pour nous dire qu’une voie de circulation automobile allait être supprimée », déplore celui qui dit ne pas avoir eu de contacts préalables avec la Société de développement commercial (SDC) du secteur, Les quartiers du canal.

Celle-ci se défend, tout comme la Ville, de ne pas avoir informé en amont les commerçants visés par ce changement estival, annoncé le 15 mai par l’administration Plante.

« On a travaillé de très près avec la SDC pour ce projet-là, qui affichait beaucoup d’enthousiasme. Mais il y a visiblement encore des choses à travailler avec la communication entre la SDC et les commerçants », concède en entrevue Craig Sauvé, conseiller municipal dans l’arrondissement du Sud-Ouest.

Des représentants de la SDC ont d’ailleurs fait la tournée des marchands jeudi pour recueillir leurs commentaires, ajoute l’élu, en vue de procéder à des ajustements.

Fort achalandage

Ce n’est pas la première fois que les voies actives sécuritaires (VAS) de l’administration Plante suscite des réticences, voire de la résistance. La piétonnisation envisagée du boulevard Saint-Laurent dans la Petite-Italie a suscité une vive opposition en mai, qui a eu raison du projet.

Les VAS ont été mis sur les rails au début de l'été pour faire respecter la distanciation. Elles incluent autant de nouvelles pistes cyclables, d’anciennes élargies, que de rues devenues piétonnes. Des aménagements couronnés de succès, estime la Ville d'après un premier bilan dévoilé jeudi. 

Les déplacements à pied et à vélo ont bondi à travers la métropole, selon les données préliminaires récoltées en juin et en juillet par la firme Éco-Compteur. Quant à la circulation automobile, elle a baissé de 20 % par rapport au début de la pandémie.

Sur les pistes cyclables ayant été élargies, le trafic a augmenté de 36 % en moyenne — de 22 % en semaine et de 57 % le week-end. De nouvelles pistes ont aussi été rapidement adoptées, notamment celle sur la rue Villeray où près de 2 000 cyclistes l'empruntent en moyenne quotidiennement. Celles du centre-ville sont toutefois moins achalandées qu'avant.

Qui plus est, quatre des cinq voies cyclables les plus utilisées à Montréal cet été sont des VAS.

Il y a également eu foule sur certaines rues piétonnes. Au cours de la première semaine de juillet, 15 000 piétons ont déambulé en moyenne chaque jour sur l’avenue du Mont-Royal, dans le Plateau-Mont-Royal. Sur la rue Wellington, à Verdun, ils étaient environ 13 000.

« On est impressionnés par la qualité du travail qui a été fait, surtout pour les pistes cyclables, réagit Blaise Rémillard, responsable des dossiers transport et urbanisme au Conseil régional de l’environnement de Montréal. Ces chiffres confirment la qualité de leur design même si elles ont été déployées très rapidement. » Un signal fort, selon lui, pour que la Ville accélère son projet de Réseau express vélo.

Il salue également le succès de rues piétonnières, dont les plus prometteuses se trouvent dans des quartiers denses et résidentiels, relève-t-il. Et où les commerçants misent sur une clientèle de proximité, gage de résilience économique en ces temps incertains.

À voir en vidéo