Trudeau demande aux manifestants qui bloquent des trains de respecter la loi

Les manifestants bloquent plusieurs lignes ferroviaires au pays pour appuyer les opposants au projet de gazoduc Coastal GasLink, comme ici sur le territoire mohawk de Tyendinaga.
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Les manifestants bloquent plusieurs lignes ferroviaires au pays pour appuyer les opposants au projet de gazoduc Coastal GasLink, comme ici sur le territoire mohawk de Tyendinaga.

Deux chefs héréditaires de la Première Nation de la Colombie-Britannique au coeur d’une vague de manifestations nationales contre le gazoduc Coastal GasLink contestent en Cour fédérale la constitutionnalité des projets de combustibles fossiles, sur la base des engagements internationaux du Canada.

Les chefs héréditaires demandent à la Cour fédérale de déclarer qu’Ottawa est tenu, par la Constitution, de respecter les cibles internationales en matière de changement climatique. Or, en vertu de ces engagements, Ottawa devrait selon eux annuler l’approbation du gazoduc qui traverserait le territoire ancestral de la première nation Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

« Si le Canada continue à approuver les infrastructures pour les projets gaziers par fracturation sur une période de 40 ans, nos territoires deviendront un terrain vague avant l’expiration des licences d’exploitation », a soutenu dans un communiqué le chef Lho’imggin, qui s’appelle aussi Alphonse Gagnon. « En tant que chef héréditaire, il est de ma responsabilité de protéger le territoire de notre maison. Nous demandons au tribunal de forcer le Canada à agir avant qu’il ne soit trop tard. »

Cette nouvelle contestation survient alors que les manifestants continuent de bloquer d’importants ports et voies ferrées en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique. Ces moyens de pression perturbent des services de trains de marchandises et de passagers, et suscitent des appels croissants à l’intervention du gouvernement fédéral.

En visite officielle au Sénégal, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a prévenu les opposants au projet que le gouvernement fédéral respecte le droit de manifester pacifiquement, mais que la primauté du droit devait aussi être respectée. « Évidemment, notre souhait, c’est que ça se règle de façon paisible rapidement, a-t-il dit. Il faut respecter les lois au Canada même si, évidemment, on encourage le droit de manifester de façon paisible. »

Plusieurs services annulés

Les manifestants bloquent plusieurs lignes ferroviaires au pays pour appuyer les opposants au projet de gazoduc Coastal GasLink. Ce gazoduc constitue un élément clé du projet d’exportation de gaz naturel liquéfié de l’entreprise LNG Canada, estimé à 40 milliards $. Les barricades ont été érigées lorsque la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a appliqué la semaine dernière une injonction prononcée par le tribunal contre les chefs héréditaires de Wet’suwet’en et leurs partisans, qui bloquent la construction du gazoduc.

Via Rail a annulé le service sur ses liaisons Montréal-Toronto et Ottawa-Toronto jusqu’à au moins la fin de la journée de vendredi en raison d’un barrage près de Belleville, en Ontario. L’entreprise a indiqué que 157 liaisons avaient été annulées jusqu’ici, touchant 24 500 voyageurs.

Le transporteur Exo a également annulé pour la troisième journée consécutive le service de trains de banlieue entre Candiac et le centre-ville de Montréal. Les manifestants qui bloquent la voie à Kahnawake ont indiqué mercredi qu’ils ne bougeraient pas tant que la GRC demeurerait sur le territoire des Wet’suwet’en.

Un autre groupe d’opposants, qui occupait le bureau du ministre fédéral de la Justice, est descendu dans la rue à Ottawa mercredi matin, bloquant pendant un certain temps une importante intersection près de la Cour suprême. Des manifestations similaires à Vancouver ont bloqué la circulation à différents endroits de la ville tout au long de la journée.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a déclaré qu’il travaillait avec ses homologues des provinces pour trouver une solution. « Des injonctions ont été obtenues par le CN afin que le service puisse reprendre. Elles doivent être respectées », a souligné M. Garneau dans un communiqué. « Il est encore temps pour les parties impliquées de participer à un dialogue ouvert et respectueux afin de s’assurer que la situation soit réglée de manière pacifique, et nous les encourageons fortement à le faire. »

À Québec, le premier ministre François Legault a déploré qu’Ottawa ne collabore pas plus avec son gouvernement « sur ce problème qui est un problème canadien », a-t-il estimé. « C’est un problème en plus qui concerne le transport, qui est de compétence fédérale. C’est un dossier qui concerne les Autochtones, qui est une compétence partagée, donc je ne comprends pas M. Garneau et le gouvernement fédéral de ne pas vouloir s’impliquer avec nous dans le dossier », a-t-il soutenu en mêlée de presse.

Les manufacturiers inquiets

L’impact économique des manifestations commence à se faire sentir : la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) a averti mardi qu’elle devrait fermer des portions « importantes » de son réseau à moins que les barrages sur ses voies ferrées ne soient levés.

Plus de 150 trains de marchandises sont paralysés depuis l’érection de barricades jeudi dernier en Colombie-Britannique et en Ontario. En plus des annulations de services au Québec et en Ontario, Via Rail indique qu’une manifestation près de New Hazelton, en Colombie-Britannique, cause l’interruption du service ferroviaire normal entre Prince Rupert et Prince George.

Mardi, à Victoria, des manifestants ont également perturbé les activités de l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique, alors que le gouvernement néo-démocrate livrait son discours du Trône. Les manifestants, qui campent devant la législature depuis vendredi, dénoncent le gouvernement néo-démocrate de John Horgan, qui a appuyé le projet de gazoduc Coastal GasLink.

Les Commissions du blé et de l’orge de l’Alberta ont déclaré que des perturbations ferroviaires de quelques jours seulement entraîneraient des pertes économiques pour les agriculteurs, qui ont dû faire face à des conditions de récolte difficiles cette année. « Si les agriculteurs ne peuvent pas livrer leur grain, ils ne pourront pas être payés au moins jusqu’à la reprise du service », a déclaré Dave Bishop, président de la Commission de l’orge.

L’association des Manufacturiers et Exportateurs du Canada, dont les membres chargent habituellement environ 4500 wagons par jour, a exhorté le gouvernement à travailler avec la police pour rétablir le service sur les voies. « Au Canada, il n’y a pas vraiment d’autres moyens pour transporter des marchandises, a déclaré le président de l’association, Dennis Darby. Les routes et les camions — en particulier au Québec et dans le sud de l’Ontario — utilisent déjà très, très fortement la capacité disponible. »