Les Québécois favorables à l’écofiscalité des transports

Le parc automobile gonfle sans cesse, avec 65% de plus de véhicules neufs depuis 1990.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Le parc automobile gonfle sans cesse, avec 65% de plus de véhicules neufs depuis 1990.

Près de huit Québécois sur dix (78 %) se disent favorables à « différentes mesures fiscales » pour encourager l’usage de véhicules moins polluants ».

La proportion tombe à un peu plus d’une personne sur deux (55 %) quand on envisage d’instaurer une nouvelle taxe pour décourager les véhicules décrits comme « polluants et nuisibles à la lutte contre les changements climatiques ».

Ces données ressortent d’un sondage dévoilé lundi matin à Montréal par trois organismes de défense de l’environnement, Équiterre, Vivre en ville et la Fondation David Suzuki en lien avec l’Association des véhicules électriques du Québec. L’enquête a été réalisée par Léger Marketing auprès de 1007 Québécois adultes du 3 au 7 janvier. La marge d’erreur maximale est de plus ou moins 3,1 %, et ce, dix-neuf fois sur vingt.

Un effet de générations se fait sentir au Québec dans les réponses, mais pas à tout coup. Les répondants de 18-34 ans se disent plus favorables (64 %) que ceux de 55 ans et plus (55 %) à l’idée d’une nouvelle taxe sur les véhicules polluants et nuisibles. Plus de jeunes (75 %) que de vieux (63 %) voudraient bien payer moins pour un véhicule moins polluant.

Par contre, les deux groupes d’âge se rejoignent (à 57 et 56 %) dans la proportion des gens favorables « à ce que les personnes qui utilisent un véhicule plus polluant paient davantage qu’actuellement ». Les proportions sont les mêmes (35 et 34 %) chez les répondants défavorables à cette éventualité.

Les résultats du sondage contrastent avec les tendances lourdes dans le secteur des transports. Les ventes d’essence ont augmenté de 24 % de 2013 à 2018 au Québec, alors que la stratégie énergétique du Québec vise une diminution de la consommation des produits pétroliers de 40 % en 2030 par rapport à 2018.

En plus, le parc automobile gonfle sans cesse, avec 65 % de plus de véhicules neufs depuis 1990, des véhicules d’ailleurs de plus en plus gros, de plus en plus lourds, de plus en plus polluants.

« Deux véhicules sur trois vendus au Québec sont de grosses cylindrées ou des véhicules utilitaires sport, qui composent maintenant 41 % du parc automobile », dit Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki. Chaque année, on remplace de petites voitures par de grosses voitures. C’est un problème. Même avec l’électrification des transports, on ne peut pas penser qu’on va électrifier toutes les grosses cylindrées au Québec dans les prochaines années. On a un problème fondamental. »

À qui la faute d’ailleurs, à l’offre ou à la demande ? « L’industrie dit que ce sont les consommateurs qui en veulent plus, répond M. Mayrand. Mais c’est vraiment l’industrie qui, à la base, a poussé ces produits parce que les marges de profits y sont supérieures. »

Le groupe des quatre organismes veut renverser la tendance en mettant en place un système fait de redevances et de remises. Le principe ferait qu’à l’achat ou à l’immatriculation, le propriétaire d’un véhicule énergivore paierait une redevance qui servirait ensuite à soutenir le choix de véhicules zéro émission (VZE).

Le groupe croit que ce système pourrait s’autofinancer. Québec souhaite atteindre le cap des 100 000 véhicules électriques d’ici la fin de l’année et celui de 300 000 d’ici 2026. Ce qui ne constituerait pourtant qu’une très faible proportion des quelque 6 millions de véhicules roulant sur le territoire.

En plus, les constructeurs et les concessionnaires peinent à satisfaire la demande. Les listes d’attente pour des véhicules électriques s’allongent. D’où l’idée de demander au gouvernement de revoir à la hausse les objectifs de la norme VZE et de stimuler le passage à l’électrique avec les mesures fiscales bonus-malus.

« Les attentes sont très élevées. La tâche est colossale pour réduire les émissions de GES du secteur des transports, qui est responsable de 43 % des émissions du Québec, dit Jessie Pelchat, analyste des politiques publiques en transport chez Équiterre. Les attentes sont très élevées par rapport au contenu du futur plan Électrification et changements climatiques, qui sera dévoilé d’ici quelques semaines par le gouvernement du Québec. »

Voici d’autres conclusions de base du sondage :

Catégories. Les données montrent des disparités plus ou moins importantes entre différents groupes de répondants. C’est le cas dans les réponses à la question sur les personnes utilisant un véhicule plus polluant, pour savoir si elles devraient payer « davantage qu’actuellement ».

Plus d’hommes (27 %) que de femmes (21 %) se disent « très favorables » à cette idée. La proportion des répondants se déclarant défavorables à cette option tombe à 38 %. Cette part grimpe à 53 % chez les travailleurs manuels.

Les gens des régions (50 %) approuvent moins la mesure que ceux de Québec (54 %) ou de Montréal (57 %). Autre étonnement : l’écart des favorables à cette mesure n’est pas si important entre ceux qui possèdent (54 %) et ceux qui ne possèdent pas (59 %) de véhicule.

Régions. La coupure entre les régions, Montréal et la capitale nationale devient presque une règle générale du sondage. On la retrouve dans toutes les réponses à la dizaine de questions. Ainsi, 46 % des régions du Québec, 55 % des gens de Québec et 59 % des habitants du grand Montréal trouvent que les frais d’immatriculation plus polluants devraient être plus élevés.

L’écart est de dix points entre les régions (58 %) et Montréal (68 %) pour des frais d’immatriculation moins élevés pour les véhicules moins polluants. Il est de 13 points (46 % contre 59 %) pour les frais d’immatriculation plus élevés de véhicules plus polluants. De même, un Québécois des champs sur deux dit que le gouvernement devrait décourager « par différentes mesures fiscales » l’utilisation de véhicules plus polluants, une proportion qui grimpe à 64 % chez les Québécois des villes.

Génération. L’âge joue parfois comme variable éclairante, mais pas nécessairement pour caractériser une jeunesse écofiscale. Les 18-34 ans adoptent souvent les mêmes positions que les 55 ans et plus. La langue d’usage des répondants n’est presque jamais significative.