Le tramway torontois parcourt ses derniers milles

L’emblématique Canadian Light Rail Vehicle est en service depuis la fin des années 1970.
Photo: Olivier Monnier Agence France-Presse L’emblématique Canadian Light Rail Vehicle est en service depuis la fin des années 1970.

Au même titre que la tour CN, les tramways sont devenus l’un des symboles de Toronto : d’ici la fin de l’année, les derniers modèles historiques datant des années 1970 feront place à des rames plus spacieuses et modernes.

L’emblématique Canadian Light Rail Vehicle (CLRV) avait été mis en service à la fin des années 1970 à Toronto, l’une des rares métropoles d’Amérique du Nord — avec San Francisco — à avoir conservé un large réseau de tramway.

« J’aime ces tramways parce qu’ils font partie de l’histoire de Toronto », explique Kenneth, 37 ans, assis au fond d’un de ces vieux CLRV de la ligne 511 qui descend la rue Bathurst.

Couleur rouge cerise et coupe droite et massive, qui lui vaut d’être parfois comparé à un tank, ce tramway a transporté des générations de Torontois.

Pour monter à bord, trois hautes marches à escalader. Pour demander l’arrêt, pas de bouton : il faut tirer sur une corde jaune, accrochée le long des fenêtres.

Tirés par des chevaux puis électriques, les tramways ont été, à partir du XIXe siècle, le mode de transport privilégié des villes nord-américaines. Après la Seconde Guerre mondiale, avec l’essor de l’industrie automobile, ils ont été progressivement remplacés par des bus.

Mais Toronto a décidé en 1972 de conserver son réseau, aujourd’hui composé de 11 lignes en plein coeur du centre-ville et qui transporte chaque année 65 millions de personne en moyenne.

Un symbole

Cartes postales, t-shirts, photos… Les tramways de Toronto et l’entrelacs de fils électriques qui recouvrent son réseau sont devenus l’un des symboles de la métropole canadienne.

Mais « usés » et « inaccessibles » aux personnes en fauteuil roulant, les vieux tramways étaient « arrivés à la fin de leur cycle de vie naturel », assure Scott Haskill, responsable de la planification et de la stratégie à la Commission de Transports de Toronto (CTT).

La plupart ont déjà été remplacés par une nouvelle génération de tramways, construits par la société québécoise Bombardier.

En 2009, la CTT avait signé un contrat de plus d’un milliard de dollars avec Bombardier pour la livraison de 204 tramways. Après de nombreux retards, le constructeur montréalais a accéléré les livraisons, promettant d’honorer sa commande d’ici fin décembre. Au début du mois, 195 véhicules avaient été livrés.

Les nouveaux streetcars — le Flexity Outlook — au design plus arrondi, emprunté aux modèles utilisés à Berlin et à Bruxelles, n’ont pas de marches. Ils sont plus longs, plus larges et peuvent contenir plus de passagers.

« On avait besoin de tramways plus grands », poursuit M. Haskill. « Nos lignes sont extrêmement fréquentées et il nous fallait plus de capacité ».

Nostalgique ? « Je m’en fiche », lance Bernadette Beaupré, 61 ans, qui dit passer une heure par jour dans les transports en commun et juge le réseau de tramways « absolument horrible ».

« Il y a tellement d’embouteillages dans la ville que les tramways sont très lents », dit-elle, en descendant d’un des nouveaux streetcars, sur la rue Queen dans le sud de la ville.

Car, même s’ils sont « chics », les plus récents modèles, qui continuent de partager la même voirie que les voitures et les vélos, ne régleront pas les problèmes de circulation à Toronto : l’agglomération de six millions d’habitants ne compte que quatre lignes de métro.

La ville a souffert d’un manque d’investissements dans son réseau de transports publics dans les années 1980 et 1990, et essaie maintenant de rattraper son retard, explique Scott Haskill.

Selon la CTT, la majorité des vieux tramways sera démantelée et recyclée. Certains seront conservés et ajoutés à sa flotte historique composée de modèles datant de 1923 et de 1951. D’autres seront exposés dans des musées spécialisés, comme l’Illinois Railway Museum près de Chicago.