Le lien social contre les changements climatiques

Une flotte composée de vélos-cargos électriques et de remorques, pour déplacer enfants ou matériel, est mise à la disposition des membres, qui habitent dans un rayon de cinq minutes de marche.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une flotte composée de vélos-cargos électriques et de remorques, pour déplacer enfants ou matériel, est mise à la disposition des membres, qui habitent dans un rayon de cinq minutes de marche.

Pour certains, la solution se trouve dans des gestes individuels. Pour d’autres, rien ne peut être fait sans un plus grand effort gouvernemental. Mais pour plusieurs, c’est dans la force insoupçonnée des communautés, sensibilisées et solidaires, que l’on devrait puiser pour mener une lutte franche et active aux changements climatiques.

« Ce que je veux, c’est surtout que les gens qui n’ont pas de voitures puissent continuer à ne pas en avoir », lance Victorine Michalon-Brodeur. Depuis un an, cette résidente du quartier Rosemont–La Petite-Patrie à Montréal met sa voiture à disposition de ses voisins. Moyennant une légère compensation financière — une somme bien moindre que pour louer une Communauto ou une Car2Go —, les membres du projet-pilote LocoMotion déployé près de l’avenue Papineau peuvent réserver le véhicule de Victorine, muni (en plus) de sièges d’enfants.

« Je n’ai jamais eu aucun problème. Les gens sont super honnêtes et surtout reconnaissants. Et moi, ça me fait plaisir », soutient la jeune mère de famille.

L’idée à l’origine du projet LocoMotion est en fait toute simple : permettre à des voisins, qui habitent à moins de 5 minutes de marche, de partager entre eux des moyens de transport. Une flotte composée de vélos-cargos électriques, pour transporter des enfants, et de remorques, pour déplacer bambins ou matériel, est ainsi mise à la disposition des membres. Ceux et celles qui le souhaitent poussent l’idée encore plus loin en offrant de partager avec leurs voisins leurs voitures, des engins qui passent une large partie de leurs journées en dormance.

« C’était pour nous une évidence de permettre aux voisins de partager ces ressources et, du même coup, de rencontrer leur voisinage en créant un lien très local », explique Magalie Paquet, de chez Solon, l’organisme à but non lucratif à l’origine de LocoMotion. L’initiative a été déployée l’automne dernier dans trois quadrilatères du quartier Rosemont–La Petite-Patrie (Bellechasse, Papineau, Masson-Est).

Déjà 110 personnes participent au projet dans ces trois zones pilotes. En un an, quelque 200 emprunts de remorques ont été répertoriés et une centaine de locations de voitures ont eu lieu. « C’est fou ! », s’enthousiasme Magalie Paquet. Deux nouvelles communautés sont en développement dans le quartier Ahuntsic-Cartierville et une autre a pris son envol à Sherbrooke (parc London).

Il n’en coûte rien pour devenir membre de LocoMotion, et la location des remorques et des vélos-cargos — achetés par Solon — est gratuite. Des cadenas électroniques reliés à une application permettent de débloquer les remorques et les vélos-cargos, stationnés chez des commerçants ou des particuliers. Et les voitures peuvent être réservées par l’entremise d’un agenda Google. Au printemps prochain, une plateforme de réservation sera déployée. Les automobilistes qui empruntent une voiture à leurs voisins sont couverts par une assurance collective.

Raffermir les liens

« Ça marche super bien. Le seul obstacle, c’est la première fois, car les gens sont un peu intimidés », évoque Victorine Michalon-Brodeur, qui prête sa voiture environ deux fois par mois.

Et c’est justement à ça que sert LocoMotion : faire tomber les barrières entre les voisins. « On veut encourager le plus de liens possible avec le voisinage », mentionne Magalie Paquet. Parce que c’est quand les gens se connaissent qu’un sentiment de confiance et de sécurité se développe, ce qui crée de véritables communautés, vivantes et solidaires.

Pour nous, la solution aux changements climatiques n’est pas nécessairement dans les technologies, dans les investissements massifs, elle est dans les gens. Agir ensemble, c’est ça qui fait qu’on vit mieux.

« Avec les services de flottes collectives de voitures (Communauto, Car2Go), il n’y a pas d’échange avec les autres personnes qui utilisent les voitures, alors qu’avec LocoMotion, il faut se faire confiance et, quand on se fait confiance, ça amène ensuite d’autres sortes d’échanges, comme le partage d’outils », fait valoir Magalie Paquet.

Transfert aux citoyens

Victorine Michalon-Brodeur est tellement convaincue du bien-fondé du projet qu’elle est devenue, comme plusieurs autres membres, bénévole pour LocoMotion. « Le principe de Solon, c’est d’élaborer des projets comme dans une couveuse et de les transférer ensuite aux citoyens. » Pour que ceux-ci se les approprient et les adaptent à leurs milieux de vie.

« LocoMotion, c’est leur projet. On est juste là pour les aider à le réaliser », souligne Magalie Paquet. Solon est en fait une sorte de laboratoire d’innovation sociale et écologique. Tout ce qui naît en son sein a pour objectif de matérialiser la transition socioécologique au moyen d’initiatives essentiellement locales et collectives. Un de ses faits d’armes les plus connus est le projet Celsius, un réseau de géothermie développé dans des ruelles de Rosemont–La Petite-Patrie.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Déjà 110 personnes participent au projet et, en un an, quelque 200 emprunts de remorques ont été répertoriés et une centaine de locations de voitures ont eu lieu.

Encore là, le projet est très marqué localement et doit son succès à une collaboration étroite développée entre des citoyens d’un même secteur. « Les gens sont heureux d’être avec leurs voisins, de lutter ensemble contre les changements climatiques. C’est ça qui est beau, c’est l’action collective », souligne Magalie Paquet.

Le projet LocoMotion est ainsi bien plus qu’un partage de moyens de transport. « On est dans le lien, dans du concret. Pour nous, la solution aux changements climatiques n’est pas nécessairement dans les technologies, dans les investissements massifs, elle est dans les gens. Agir ensemble, c’est ça qui fait qu’on vit mieux. » Et « l’intelligence collective est l’une des pistes les plus redoutables pour réaliser la transition écologique », ajoute Magalie Paquet.

2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 21 octobre 2019 08 h 31

    Les coups d’épée dans l’eau pour se procurer une bonne conscience

    « Pour nous, la solution aux changements climatiques n’est pas nécessairement dans les technologies, dans les investissements massifs, elle est dans les gens. Agir ensemble, c’est ça qui fait qu’on vit mieux. »

    Vraiment! Les changements climatiques sont causés par l’activité humaine sur l’environnement. Plus de gens, plus d’activité et donc, plus de changements climatiques. Si la population mondiale était demeurée à 2,5 milliards comme dans les années 50, aujourd’hui on ne parlerait même pas des changements climatiques. Et même si le Québec devenait vert émeraude avec son gros 0,17% des GES mondiaux, ceci ne changerait en rien l’équation climatique mondiale.

    Vous n’avez qu’à regarder en Saskatchewan et en Alberta, ils produisent 6 fois plus de GES par capita que les Québécois. Cela risque d’être 10 fois plus en 2030 lorsqu’ils exploiteront les sables bitumineux au trois quarts de leur capacité. Vous savez, 1 000 milliards de profits enfouies dans le sol, eh bien, quelqu’un va l’exploiter.

    Agir ensemble ne changera aucunement la production de plastique qui est en augmentation et qui découle des produits fossiles. Agir ensemble ne changera aucunement la surpopulation en Afrique et en Haïti, deux populations qui doubleront par 2050. Agir ensemble ne changera aucunement la nature humaine. Agir ensemble ne changera aucunement la mentalité des autres pays qui sont en voie de développement et qui veulent consommer à leur tour. Agir ensemble et 67% des gens au Canada ne veulent même pas dépenser 200$ par année pour contrer les changements climatiques.

    Enfin, les changements climatiques sont un problème de riches. Les pauvres eux, essaient tout simplement de survivre tout en pratiquant la simplcité volontaire, de façon involontaire. Misère.

  • Mélissa Basora - Abonnée 21 octobre 2019 09 h 49

    Inspirant!

    Nous avons à Verdun un peu le même projet qui n'est pas structuré, mais plus informel pour l'instant. Nous avons la chance de vivre dans un secteur où les gens se parlent et le lien de communauté est fort. Ce genre d'initiatives peuvent faire une différence lorsqu'elles deviennent généralisées. L'entraide et la solidarité permet de diminuer la consommation d'une famille ou d'une communauté, de réutiliser ou recycler ce qui ne sert plus pour les uns, tout en instaurant un lien de confiance solide entre voisins. C'est à travers le partage qu'on peut réellement avoir un impact social et environnemental! C'est tellement simple et encore beaucoup trop marginal...