La jungle immobilière délaissée par une génération

Après avoir affronté le marché immobilier montréalais sans succès, Geneviève Allard et Steve Desrochers ont élargi leurs horizons avec une idée en tête: trouver un nid à proximité d’une station de métro pour élever leur fils, Léon. La petite famille s’est finalement établie dans le Vieux-Longueuil.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Après avoir affronté le marché immobilier montréalais sans succès, Geneviève Allard et Steve Desrochers ont élargi leurs horizons avec une idée en tête: trouver un nid à proximité d’une station de métro pour élever leur fils, Léon. La petite famille s’est finalement établie dans le Vieux-Longueuil.

« J’ai dû faire le deuil d’un idéal de vie », laisse tomber Geneviève Allard. Après une quinzaine d’années passées à Montréal, la trentenaire s’est résolue, il y a un an, à traverser le pont pour s’établir dans le Vieux-Longueuil. Un choix — motivé avant tout par le désir de devenir propriétaire — qu’elle dit apprécier chaque jour un peu plus. « C’était un choix rationnel, pas un choix de coeur […], mais c’est sûr que je vois les avantages. »

Et avantages il semble bel et bien y avoir, puisque de plus en plus de millénariaux font ce choix de quitter la ville pour la banlieue. Un sondage dévoilé en avril dernier par le Groupe TD révélait que 6 millénariaux sur 10 disent vouloir s’installer en banlieue pour pouvoir acheter une propriété. Une décision guidée par le prix des propriétés (72 %), la taille des maisons (62 %) et la proximité avec le lieu de travail (58 %).

Un constat qui ne surprend pas Charles Fleury, professeur de sociologie à l’Université Laval. Les millénariaux — également appelés génération Y — sont arrivés à cet âge où ils décident de fonder une famille. Nés entre 1980 et 2000, les représentants de la génération du millénaire ont aujourd’hui entre 19 et 39 ans. Et malgré leurs préoccupations écologiques, leurs choix relatifs à leur milieu de vie ne semblent pas si différents de ceux de leurs parents. « L’attrait de la banlieue a toujours été très présent, particulièrement auprès des jeunes familles », souligne Charles Fleury.

Avec un marché qui subit une moins grande surchauffe que dans les grands centres et des propriétés plus spacieuses qui offrent souvent un jardin, les banlieues semblent être calquées sur cet idéal convoité par tant de jeunes adultes. « Et plusieurs d’entre eux [millénariaux élevés en banlieue] reproduisent ce qu’ils ont vécu lorsqu’ils étaient enfants », ajoute Charles Fleury.

C’est le cas de Geneviève Allard, qui a grandi en banlieue, sur la Rive-Nord, mais qui rêvait pourtant d’un tout autre avenir pour son fils, aujourd’hui âgé de deux ans. « Moi et mon conjoint, on est profondément citadins. On voulait élever notre enfant en ville, explique la jeune femme de 37 ans. Je voulais le voir courir dans une ruelle. »

Mais leur appartement dans Villeray se faisait trop petit avec l’arrivée d’un bébé et les escaliers plus pénibles avec une poussette. Le couple a donc décidé d’affronter le marché immobilier montréalais. « On s’est butés à une jungle. » Les visites s’enchaînaient, passant d’une dizaine à une vingtaine, puis à une trentaine. Les copropriétés, duplex ou encore immeubles visités se sont mués en trois ou quatre offres d’achat. « Elles ont toutes été balayées par la surenchère », se souvient Geneviève Allard, évoquant des propriétés qui s’envolaient à des prix bien au-delà du prix demandé.

« Quand on a vu que, nous-mêmes, on commençait à embarquer dans une game de sortir plus d’argent qu’on en avait, on s’est dit non. » Le couple a donc décidé d’«élargir ses horizons » en cherchant de part et d’autre de l’île. Avec une idée en tête : trouver un nid à proximité d’une station de métro.

« Je ne voulais pas devenir esclave de ma voiture », souligne la jeune mère. Le couple a trouvé un bungalow dans le Vieux-Longueuil, dans lequel de petites jambes énergiques se trémoussent du matin jusqu’au soir. « On a trouvé rapidement et on a pu négocier le prix », dit-elle.

Aux États-Unis aussi

Le prix est également mis en cause chez nos voisins du sud pour expliquer ce mouvement similaire de millénariaux qui migrent des villes vers les banlieues. Un article du Wall Street Journal — fondé sur des données de recensement récemment dévoilées — rapportait à la fin septembre que 27 000 millénariaux âgés de 25 à 39 ans ont quitté les villes de plus de 500 000 habitants en 2018.

« Il s’agissait de la quatrième année de suite au cours de laquelle les grandes villes voyaient leur population de jeunes adultes se rétrécir », pouvait-on lire dans le quotidien. Un phénomène particulièrement criant dans des villes réputées chères, comme New York, San Francisco, Houston, Chicago, Las Vegas et Washington D.C., mais aussi perceptible dans des centres urbains jugés plus abordables, comme Austin, Columbus, Los Angeles, San Diego et Seattle.

Quand on a vu que, nous-mêmes, on commençait à embarquer dans une "game" de sortir plus d’argent qu’on en avait, on s’est dit non

Faut-il comprendre que les villes n’en font pas suffisamment pour retenir les jeunes familles ? Des programmes d’aide financière visant à favoriser l’accès à la propriété ont été développés ici comme ailleurs. Peut-être pas assez généreux ? Peut-être en porte-à-faux avec un idéal de vie ? « Si leur conception du milieu de vie idéal pour élever un enfant, c’est avec un jardin et une plus grande maison, peu importe la mesure proposée, si on ne peut pas offrir ce type d’aménagement, ça va être assez difficile », explique Charles Fleury.

Et c’est aussi tout le rapport de cette génération à la ville qui évolue. « Il n’ont plus autant besoin de la proximité de la ville que lorsqu’ils étaient étudiants, ils ont souvent une voiture qui leur permet de se déplacer et n’ont peut-être plus des vies nocturnes aussi intenses », note Charles Fleury.

Pendant ce temps, les banlieues vivent une transformation lente, mais continue. Les commerces de proximité y fleurissent, les bons restaurants se font de plus en plus nombreux, et davantage d’entreprises font ce même choix de s’établir en banlieue, près de leurs travailleurs. Et qui sait, dans un avenir pas si éloigné, le Vieux-Longueuil, ou l’un de ses semblables, prendra peut-être des airs de Brooklyn, lance Geneviève Allard dans un sourire.

13 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 15 octobre 2019 05 h 54

    Montréal et immobilier

    Cupidité, cupidité, l'idole de toutes les époques. Cupidité, la source de tous les maux.

  • Jean-François Laferté - Abonné 15 octobre 2019 06 h 21

    On a ri de nous...

    Bonjour,

    On nous a traité de tous les noms: les 450,les banlieusards,etc..Drôle comment le balancier revient parfois rééquilibrer le tout:les jeunes ne sont pas fous mais réalistes,Montréal est devenue une ville bombardée de trous de grues,parsemée de cônes et de signalisation irréelle.La banlieue s’adapte pour les accueillir et Montréal,elle, le fait-elle?

    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 15 octobre 2019 07 h 58

    Bravo!!!!
    Vos enfants méritent mieux que la ville qui n'a plus rien à offrir aux familles, ou si peu.
    Manque d'activitée familiale de toute sorte, prix des maisons trop élevés, logement sans insonorisation et proprio en droit d'harceler. Maison de la culture prit en otage par la clic culturel underground. Structure désuète des bibliothèques ethoraire des piscines intérieures et extérieures. Horaire pas en fonction de la vie familiale. Aucun projet d'envergure pour jeune montrealais, d'olympiade pour jeune ou ado au stade? de village hantée au parc Jarry? ou camping de ville au parc maisonneuve??
    Les 11 millions qui devaient aller à la culture pour les enfants ont été lâchement distribués aux 3 principaux musées du centre ville, à trois coin de rue de distance.
    Ca fait loin pour Fatima et ses 3 enfants...mais les jeunes touristes bien nantis adorent...mais les maisons de la cultures de quartier sèchent.
    Pas de skate parc pour ado dans chaque quartier, pas de terrain de basket dans les pars, pas de maison des jeunes au abord des écoles secondaires.
    Pas de festival des enfants, pas de musées pour enfant. Pas d'endroit gratuit et au chaud pour défouler nos petits à -35 quand tout est glacé.
    Pas d'abribus, pas de banc aux arrêts de bus, pas de wagon spécial famille dans le métro.
    Montréal est en train de devenir un gros amsterdam...une gang de grand kid qui ne savent même plus penser qu'en fonction de se qui est cool et attirant pour les touristes...biere, pot, terrasse, évenement culturel avec snack à 15$, bécosse et bouteille d'eau à 4$..
    J'oubliais...des beaux pitbulls lousses qui chient un peu partout...et si il mord ton enfant, ben, coudonc c'est ca les chiens...ca défigure vous savez madame..
    La banlieu en offre 1000 fois plus pour les familles car elles pensent "famille"...elles aiment les familles et elles veulent des familles.
    Montréal pense à pas grand chose, si il n'y a pas d'alcool, les activitées de montréal ne fait pas déplacer grand monde. Mê

  • Bernard Terreault - Abonné 15 octobre 2019 08 h 10

    ''Banlieue'' ?

    Le Vieux-Longueuil, à proximité du métro qui mène en un quart d'heure à la Place Ville-Marie, ce n'est plus la ''banlieue''. Ou moi, à 20 minutes de marche du métro, à la Grande Biblio en mois d'une demi-heure. La vraie banlieue, c'est Carignan, le Dix-Trente et Terrebonne.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 octobre 2019 08 h 18

    Banlieue - bis

    Le Vieux-Longueuil n'est pas plus ''banlieusard'' que Ahuntsic.