Pousser le transport collectif et actif

Les bénéfices des modes de transport collectif et actif pour se rendre au travail sont bien connus, rappelle Aline Berthe, présidente de l’Association des Centres de gestion des déplacements du Québec, citant tour à tour la réduction du stress, de l’irritabilité, de la fatigue et même du taux d’absentéisme des employés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les bénéfices des modes de transport collectif et actif pour se rendre au travail sont bien connus, rappelle Aline Berthe, présidente de l’Association des Centres de gestion des déplacements du Québec, citant tour à tour la réduction du stress, de l’irritabilité, de la fatigue et même du taux d’absentéisme des employés.

Nombreuses sont les entreprises qui offrent le stationnement gratuit à leurs employés ou à leurs cadres. « Indirectement, c’est comme si on incitait les gens à se déplacer en auto », souligne Aline Berthe, présidente de l’Association des Centres de gestion des déplacements du Québec (ACGDQ). Plutôt que de soutenir financièrement l’auto solo, pourquoi ne pas fournir un incitatif financier aux employés qui utilisent le transport collectif ou actif ?

Une proposition qui fait partie de l’éventail des mesures qui peuvent être mises en place par les entreprises privées et les employeurs institutionnels pour encourager un transfert modal auprès de leurs employés.

« Les entreprises ont leur rôle à jouer puisqu’elles sont des génératrices de déplacements », fait valoir Aline Berthe. Le secteur des transports représentait 43 % des émissions de GES au Québec en 2016. « Les déplacements domicile-travail sont névralgiques pour parvenir à opérer des changements significatifs en transport collectif et actif », spécifie-t-elle.

Titres de transport gratuits, remboursement des frais d’adhésion à BIXI, abonnement à des plateformes d’autopartage ou de covoiturage : les possibilités sont multiples.

Indirectement [en offrant le stationnement gratuit à ses employés], c’est comme si on incitait les gens à se déplacer en auto

Et les bénéfices de ces modes de transport pour se rendre au travail sont bien connus, rappelle Aline Berthe, citant tour à tour la réduction du stress, de l’irritabilité, de la fatigue et même du taux d’absentéisme des employés.

« Il faut vraiment que les entreprises se mobilisent », lance-t-elle. Pour encourager les employeurs à déployer un bouquet de mesures — financières ou pas — favorisant les modes de transport actif ou collectif, l’ACGDQ organise depuis 11 ans le Défi sans auto solo. Une « saine » compétition qui se tiendra la semaine prochaine, du 16 au 22 septembre, dans le cadre des Rendez-vous de la mobilité durable.

L’objectif : convaincre un maximum d’employés d’essayer un autre mode de transport que la voiture solo. « Peut-être qu’il y a un collègue avec qui vous vouliez covoiturer ou une nouvelle ligne de train que vous n’avez jamais essayée puisque ça implique un changement d’habitude, illustre Aline Berthe. C’est le moment d’essayer ! »

L’an dernier, 5992 personnes issues de 231 organisations ont participé au Défi sans auto solo, une initiative accompagnée d’une kyrielle de prix de participation. En démontant que les possibilités tout comme les bénéfices sont là, l’ACGDQ espère une pérennisation des comportements.

Selon l’organisation, en 2015, 12,5 % des participants qui se rendaient seuls en auto au travail ont adopté après le Défi un mode de transport durable comme mode de transport principal.

Un guichet transports

À six reprises, Transat a remporté le Défi sans auto solo dans la catégorie grande entreprise en cumulant le plus de transferts de mobilité. « Près de 70 % de nos employés qui travaillent au centre-ville utilisent aujourd’hui le transport en commun », souligne Odette Trottier, directrice des affaires publiques et des communications chez Transat.

Parmi les incitatifs offerts par l’entreprise : un mois de transport gratuit aux employés détenant un abonnement au transport collectif dans le cadre du programme OPUS & Cie (qui permet aux entreprises de fournir un rabais à leurs employés), une mise au point printanière gratuite pour ceux et celles qui se rendent à vélo au travail, ou encore un abonnement à une plateforme de covoiturage. Des espaces de stationnement pour les vélos et des douches ont également été aménagés pour encourager les déplacements à vélo.

Pour développer un environnement favorable aux modes de transport durables, Transat est accompagnée depuis 2010 par l’organisme Voyagez futé, qui fait partie des Centres de gestion des déplacements du Québec.

Ces centres — des organismes à but non lucratif financés en grande partie par le ministère des Transports du Québec — sont une sorte de guichet transports pour les entreprises et les employeurs institutionnels.

« On est le lien direct des entreprises pour tout ce qui est mobilité alternative. » Les centres font ainsi partie de la gestion de la demande : « On transmet les besoins aux organismes, qui eux fournissent l’offre et vont pouvoir améliorer la planification et la desserte des secteurs. »

Des entreprises ou même des groupes d’entreprises d’un secteur particulier peuvent ainsi faire appel aux services des Centres de gestion. Ceux-ci élaborent alors un plan de gestion des déplacements. Un lien est ensuite assuré avec les sociétés de transport, les services de covoiturage, d’autopartage ou encore les municipalités pour faire en sorte que l’offre se déploie et s’adapte aux besoins des employés.

« On fait un sondage sur les habitudes de déplacements. Si on voit qu’il y a de l’intérêt pour le covoiturage ou pour utiliser le transport collectif, on regarde s’il y a des améliorations qui peuvent être faites ou encore si l’employeur peut offrir un pourcentage de rabais. »

Rétention des employés

Des produits clés en main sont également développés, comme le Passeport Mobilité pour la région de Montréal, destinés autant aux employeurs qu’aux promoteurs immobiliers. Ce passeport — offert au coût de 1080 $ en 2018 — comprend un abonnement annuel à la Société de transport de Montréal (STM), un abonnement annuel à BIXI et un abonnement à Communauto.

En procurant ce produit à leurs employés ou à leurs clients, « les employeurs ou les promoteurs immobiliers peuvent se démarquer en faisant la promotion des options de transport, fait valoir Aline Berthe. Et au final, ça leur coûte moins cher puisqu’ils ont moins de places de stationnement à offrir et à entretenir. »

En désenclavant certains secteurs pour les rendre plus facilement accessibles au transport collectif ou actif, Aline Berthe se dit persuadée que les entreprises contribuent non seulement à lutter contre le réchauffement de la planète et à accroître le bien-être de leurs employés, mais aussi à améliorer le recrutement et la rétention de leurs employés.

3 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 9 septembre 2019 09 h 11

    Pire encore en région

    Le problème est plus criant encore en région: le transport en commun est peu et mal développé et le covoiturage se déverloppe très lentement, au niveau interrégional, mais pas tellement à l'intérieur d'une municipalité.

  • Jean Richard - Abonné 9 septembre 2019 10 h 14

    Un avantage imposable

    Une place de stationnement fournie par l'employeur est un avantage imposable. La valeur de cet avantage devrait être liée aux prix du marché. Ainsi, à Montréal, le tarif quotidien au centre-ville et en périphérie immédiate tourne autour de 15 $ par jour. Ça devrait vouloir dire que chaque jour où un employé utilise sa voiture, on calcule qu'il a reçu un avantage imposable de 15 $.
    Or il est malheureusement probable qu'à Montréal, la majorité des employeurs n'incluent pas dans les revenus des employés cet avantage qui est déjà défini dans les règles du fisc. J'ai même déjà eu comme employeur un ministère fédéral qui fournissait le stationnement gratuit et non déclaré à ses employés, à une exception près, celui des vélos qui coûtait 10 $ par mois. Vous avez bien lu : les employés automobilistes jouissaient du stationnement entièrement gratuit et non imposé alors que les employés cyclistes devaient payer 10 $ par mois. Je crois heureusement que l'anomalie a été revue depuis.

    Appliquer rigoureusement (et les corriger au besoin) les règles existantes pourrait être plus efficace que distribuer des bonbons, même si les bonbons ont une valeur marchande non négligeable. Car les bonbons ne seront pas utilisés s'il faut passer par le purgatoire. À quoi servirait-il de distribuer des abonnements Bixi ou des laisser-passer de transport en commun si les déplacements à vélo demeurent périlleux et que les autobus restent coincés dans le flot de voitures individuelles ? La voiture individuelle s'est accaparé la quasi-totalité de la chaussée publique. Pour que les vélos et les autobus puissent circuler librement, efficacement et de façon sécuritaire, il faut leur accorder de l'espace et cet espace, on sait où le prendre. Il n'est pas normal qu'un bon 30 % de la chaussée publique soit occupée par d'immenses véhicules qui ne roulent même pas. Il faut donc libérer l'espace public en y enlevant l'auto-immobile. Ne cherchons pas ailleurs.

  • Serge Sokolski - Abonné 9 septembre 2019 13 h 28

    Comme en 1950

    À Québec, on vit comme "avant". À la suite de la fermeture d'un stationnement privé dans le quartier St-Sacrement, le conseiller municipal, a proposé de nous balancer les 90 "orphelins de case de stationnement" dans le secteur résidentiel. Sous le prétexte fallacieux de retenir les employés de commerces en péril (principalement, la Caisse Desjardins et le FM93, violent récriminateur du transport collectif). Une étude complexe (?) a été menée par les fonctionnaires de la ville pour nous faire passer la pilule. Pour faire plaisir à qui? Sûrement pas aux résidents qui se sont prononcés farouchement contre cette invasion rétrograde. En 2019, le conseiller n'aurait même pas dû présenter ce projet d'une autre époque. Il est utile de préciser que le secteur est desservi par 2 lignes de Métrobus (807 et 800-1). Espérons que les résidents seront écoutés.