La trottinette électrique en libre-service arrive à Montréal

Consciente des dérapages et des accidents, parfois mortels, survenus ailleurs dans le monde, Montréal s’est dotée d’un règlement pour encadrer les «véhicules non immatriculés en libre-service sans ancrage».
Photo: François Guillot Agence France-Presse Consciente des dérapages et des accidents, parfois mortels, survenus ailleurs dans le monde, Montréal s’est dotée d’un règlement pour encadrer les «véhicules non immatriculés en libre-service sans ancrage».

Les controversées trottinettes électriques de l’américaine Lime, critiquées pour leur utilisation anarchique dans plusieurs villes du monde, seront déployées mardi à Montréal. La Ville assure tenir la multinationale à l’oeil pour éviter les ratés.

« C’est un nouveau mode de mobilité qu’on teste, a lancé en point de presse lundi Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité à sein de l’administration Plante. Si ça ne se passe pas à notre goût, on réajustera le tir. »

Consciente des dérapages et des accidents, parfois mortels, survenus ailleurs dans le monde, notamment à Paris, Montréal s’est dotée d’un règlement pour encadrer les « véhicules non immatriculés en libre-service sans ancrage ».

En vertu de celui-ci, Lime — une filiale de Google — est responsable du bon déploiement de ses trottinettes noire, blanche et verte. Comme pour Uber avec ses vélos électriques Jump, l’entreprise est tenue d’informer ses usagers des bonnes pratiques de conduite et de stationnement.

Lime, qui a reçu le feu vert de la métropole la semaine dernière, devait mettre en service lundi ses 430 bolides fort attendus. Or, les aléas de la météo ont retardé le marquage au sol des quelque 230 aires de stationnement réservé. D’ailleurs, la manière dont seront garées les trottinettes en libre-service représente « un enjeu de taille » pour Montréal, a témoigné M. Caldwell.

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Les engins devront être obligatoirement déposés dans ces zones, au nombre de quatre maximum par emplacement. Ils devront aussi être en position debout, perpendiculaires au trottoir. Si une trottinette est abandonnée sur la voie publique, l’entreprise aura deux heures pour la déplacer. Et l’usager fautif pourrait être sanctionné par Lime.

Pour l’heure, seulement trois arrondissements et Westmount peuvent accueillir les petits véhicules filant à 20 km/h : Ville-Marie, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Mais la liste devrait s’allonger rapidement au cours des prochaines semaines.

L’administration Plante entend surveiller la situation de près, quitte à modifier son règlement « s’il le faut », a assuré Éric Alan Caldwell. Celui-ci a invité les Montréalais à signaler des comportements imprudents ou illégaux et à partager « leurs commentaires » avec la Ville.

Dans les arrondissements, des inspecteurs municipaux veilleront au respect du règlement. La Ville compte aussi mettre Lime à l’amende si elle y contrevient, voire révoquer son permis d’exploitation.

Quant au respect du Code de la route, la tâche revient aux agents du SPVM. Le mois dernier, 75 constats d’infraction ont été remis à des utilisateurs de vélos à assistance électrique. Or, impossible de savoir, précise le corps policier, si les cyclistes arrêtés circulaient sur un vélo Jump ou sur leur monture personnelle.

Portrait d’ensemble

À l’instar de l’opérateur Jump, Lime devra fournir à la métropole des données sur les déplacements de ses engins et les plaintes reçues. Une « bonne partie » d’entre elles seront à terme publiées sur le portail de données ouvertes de la Ville, a assuré M. Caldwell.

Une pratique qui réjouit Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo-Québec. À la lumière de ces chiffres, dit-elle, il sera possible de préciser l’apport de ces bolides à l’offre de mobilité montréalaise. Un constat que partage Claudine Sauvadet, co-porte-parole de Coalition vélo Montréal.

« Si ces trottinettes en libre-service remplacent des déplacements qui sont faits à pied, je ne trouve pas qu’on aura gagné grand-chose, observe Mme Lareau. Si elles permettent de retirer des voitures de la route ou qu’elles libèrent les transports en commun, ce sera positif. »

Mais le portrait comportera des zones d’ombre, notamment en ce qui a trait à la durée de vie des trottinettes. « Si elles durent trois ou six mois et qu’après on est obligé de les jeter aux poubelles, je n’appelle pas ça du transport durable », relève Mme Lareau. Contacté par Le Devoir, Lime a refusé de dévoiler cette information « exclusive ».

Selon Paul Lewis, professeur d’urbanisme à l’Université de Montréal, les trottinettes Lime ne devraient pas réduire la part de l’automobile à Montréal. Les utilisateurs seront « surtout des piétons », avance-t-il, séduits par l’idée de franchir une courte distance plus rapidement.

« Je pense que ça va rester un marché de niche, surtout que c’est assez cher et moins flexible que BIXI et les services de transports en commun », ajoute M. Lewis, en référence aux contraintes de circulation et de stationnement imposées aux futurs clients de Lime.

Pour débloquer une trottinette, il en coûtera 1 $ puis 30 ¢ par minute de location (donc 9 $ la demi-heure). En comparaison, le tarif de BIXI pour 30 minutes est de 2,95 $ et il faut débourser 30 ¢ la minute pour un vélo Jump, sans frais initiaux.

« Les trottinettes en libre-service sont au pire un attrape-touriste, bien pratique, je l’admets, et au mieux un plaisir occasionnel pour ceux dont le budget le leur permet, juge de son côté Ugo Lachapelle, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM. Ça peut être agréable, mais c’est un mode d’appoint, pas une solution de mobilité. »

Reste à voir, en outre, comment les Montréalais se comporteront avec ces trottinettes électriques en libre-service, ajoute M. Lachapelle, d’autant qu’il n’y a pas « beaucoup de villes où les gens se sont montrés civilisés » avec ces engins.

Jusqu’à présent, différents concurrents de Lime et Jump ont contacté la Ville de Montréal, selon le conseiller Éric Alan Caldwell. Mais aucune demande officielle de permis d’exploitation n’a été formulée.

Ce que vous devez savoir

Les trottinettes électriques en libre-service de Lime font l’objet d’un projet-pilote du gouvernement québécois, qui a donné son feu vert le 6 juillet dernier. Une série de règles strictes encadre son utilisation à Montréal. Parmi celles-ci, le port du casque obligatoire, une vitesse limitée à 20 km/h, les trottoirs interdits à la circulation, des stationnements prescrits et une utilisation prohibée aux moins de 18 ans, à moins que l’usager détienne un permis pour cyclomoteur. Les utilisateurs devront également prendre en photo la façon dont ils ont garé leur trottinette, sur l’application de l’entreprise. Les engins circuleront jusqu’au 15 novembre. L’an prochain, ils referont leur apparition dès le 15 avril.
7 commentaires
  • Denis Carrier - Abonné 13 août 2019 08 h 34

    Attention, danger.

    Interdites sur le trottoir et dangereuses dans le trafic automobile. Sans compter sur des roues d'un diamètre trop petit pour l'état de nos rues. Tout comme les vélos conventionnels, au-delà d'une certaine densité de circulation elle devraient être interdites. Dans son ensemble, l'île de Montréal a une densité et une vitesse de circulation qui devrait les interdire comme l'est de tourner à droite sur le feu rouge. Chaque année des cyclistes se font écraser ou frapper à mort. Ces engins, vélo ou trotinettes, ne devraient circuler que sur des pistes cyclables pour la sécurité de leur utilisateur.

    • Pierre Samuel - Abonné 13 août 2019 10 h 05

      @ M. Carrier,

      J'appuie entièrement vos propos et j'ajouterais même, en plus, l'aspect sécuritaire des piétons parmi lesquels on retrouve de nombreuses personnes âgées à mobilité réduite et de jeunes parents avec enfants en bas âge dans leur poussette.

      Par ailleurs, je n'ai jamais compris, comme plusieurs, pourquoi tout utilisateur de véhicule quel qu'il soit circulant sur la voie publique ne soit pas dans l'obligation que son moyen de locomotion soit licencié pour fin d'identité. Il en va pourtant de la sécurité de tout un chacun !

    • Marc-Antoine Parent - Abonné 13 août 2019 13 h 08

      Ne permettre aux vélos de rouler que sur des pistes cyclables? Volontiers, si chaque rue de Montréal en comportait une. Sinon comment s'y rendre?
      La densité et la vitesse de circulation automobile est trop grande pour les cyclistes au point de les tuer? Et votre solution est d'interdire le vélo plutôt que de contraindre la vitesse de déplacement automobile? Ahem...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 août 2019 10 h 23

      Marc-Antoine Parent ecrit : « Ne permettre aux vélos de rouler que sur des pistes cyclables? Volontiers, si chaque rue de Montréal en comportait une. Sinon comment s'y rendre? »

      Il y a deux possibilités. Ou bien vous empruntez un autre mode de locomotion. Ou bien vous laissez la trottinette à la piste cyclable la plus proche et vous faites le reste à pied. Parce que je vous l’annonce : il y a un mode de micromobilité très tendance qui est gratuit et qui s’appelle la marche à pied. C’est très bon pour la santé, et bon pour l’environnement.

      Pour éduquer ces gens qui n’en font qu’à leur tête quand les règles ne leur conviennent pas (comme ces jeunes qui capotent dans le métro), je propose une répression policière impitoyable destinée à leur apprendre que le civisme a préséance sur le je-me-moi.

  • Gilles Bonin - Inscrit 13 août 2019 09 h 41

    C'est bien beau

    Ça fait écolo-youppo-moderno mais avec le civisme proverbial des automobilistes, cyclistes et autres planchistes montréalais, on n'a pas fini d'en baver...

  • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 13 août 2019 14 h 43

    Attention Danger

    Une autre façon d'encombrer nos rues et nos trottoirs.
    Les trottoirs, c'est pour marcher. J'anticipe énormément d'accidents entre piétons et trottinettes!. Pas une bonne idée.
    Et les voir passer dans la rue .... avec toutes ces voitures.... Oh boy ...

  • Benoît Laplante - Abonné 13 août 2019 16 h 33

    Deux poids, deux mesures

    Si les trottinettes électriques ne doivent pas circuler sur les trottoirs, pourquoi ne pas l'interdire aussi aux vélos? Pas assez de pistes cyclables? Fait vécu il y a à peine deux heures -et ce n'est pas la première fois- des cyclistes roulaient joyeusement sur le trottoir de la rue Émile-Duployé, trottoir bordé par ...une piste cycable à deux voies. Autre remarque, les trottinettes électriques pourront rouler jusqu'à 20km/h. alors que les automobiles seront limitées à rouler à 18km./h sur la rue Saint-Hubert pour une meilleure convivialbilté "piétons-ccyclistes-automobiles";-)
    Diane Cotnoir co-abonnée