Les résidents de Saint-Roch-de-l'Achigan rejettent massivement un projet d'aérodrome

Au Camping Horizon, qui craint que l’arrivée de l’aérodrome ne fasse fuir ses clients
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au Camping Horizon, qui craint que l’arrivée de l’aérodrome ne fasse fuir ses clients

Les résidents de Saint-Roch-de-l’Achigan ont voté dimanche à 96  % contre un projet d’aérodrome.

Dans la municipalité agricole d’environ 5000 habitants située dans Lanaudière, plusieurs résidents ont fait part de leurs craintes par rapport au bruit et à la dépréciation de la valeur de leur propriété. Parmi eux, le propriétaire du Camping Horizon, Alexandre Caron, qui craint que l’arrivée de l’aérodrome ne fasse fuir ses clients. « J’ai des campeurs qui m’ont dit qu’ils sont en ville, qu’ils ne sont pas loin de Dorval et qu’ils viennent ici justement pour éviter [le bruit] », explique-t-il au Devoir. Il ajoute que les gens qui déserteraient son camping seraient « difficiles à remplacer ».

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le propriétaire du Camping Horizon, Alexandre Caron

Le groupe « Coalition SRA » est du même avis. L’organisation citoyenne a déployé des affiches qui réclament au gouvernement fédéral l’abandon du projet d’aérodrome. Le porte-parole du mouvement, Sébastien Marcil, estime qu’un tel site n’aurait pas de retombées économiques intéressantes pour le secteur. « Nous, des emplois qui tirent les conditions de vie à Saint-Roch vers le bas, ça ne nous intéresse pas, dit-il. Si c’est approuvé par le gouvernement fédéral, on trouve que ça n’a pas de sens. »

Le projet d’aérodrome est lié au déménagement de celui de Mascouche, fermé en 2016 et qui accueillait environ 30 000 décollages et atterrissages par année. Si le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, donnait le feu vert au projet de Saint-Roch-de-l’Achigan, l’aérodrome serait construit en bordure de l’autoroute 25, face au magasin de meubles JC Perreault.

La Ville de Mascouche avait annoncé en mai qu’elle verserait 3,1 millions de dollars à la Corporation de l’aéroport de Mascouche, maintenant connue sous le nom d’Aérodrome SRA, pour ne pas concrétiser le projet d’aérodrome dans la MRC Les Moulins. « Si le projet est si bon que ça, où sont les municipalités qui le veulent ? Il n’y en a pas. Ils ont même été payés pour s’en aller. C’est dire à quel point c’est une industrie qui ne fait pas l’affaire des citoyens », déclare M. Marcil.

Dimanche, en après-midi, le maire de Saint-Roch-de-l’Achigan, Yves Prudhomme, avait expliqué au Devoir que le conseil municipal avait pris la décision de tenir un référendum afin d’avoir le « pouls réel » de la population. Il avait ajouté ne pas vouloir faire de commentaires afin de ne pas « influencer qui que ce soit ». « Les gens vont s’exprimer, et nous, on va représenter la majorité qui va s’être exprimée. Ils ont un choix : c’est oui ou c’est non », avait-il résumé.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Un champ de blé occupe actuellement le terrain envisagé pour le projet. 

M. Prudhomme a toutefois ajouté qu’après une rencontre avec les promoteurs, « le conseil n’était pas favorable compte tenu de ce qu’[ils] avaient présenté ». « Il y a beaucoup d’études indépendantes, notamment, qui auraient dû être faites sur les retombées économiques. Ensuite, est-ce qu’on prévoit un type de matériau spécial pour les fameux hangars qu’on envisage ? Est-ce qu’on envisage des murs antibruit ? On ne trouve rien là-dedans, dans leur projet, malheureusement. Ça aurait dû être fait », a-t-il expliqué. Il a également déploré le fait que les promoteurs ont quitté les lieux sans répondre aux questions de la population lors d’une deuxième rencontre pour exposer le projet.

Une action collective envisagée

Même si les citoyens se sont prononcés majoritairement contre le projet, la décision finale reviendra au ministre Garneau. Mais devant l’éventualité d’un tel scénario, des citoyens de Saint-Roch-de-l’Achigan songent déjà à poursuivre les contestations.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

« S’il y a un vote qui est démocratique à la veille des élections, pourquoi ne pas respecter ça ? Honnêtement, pour nous, il n’y a aucune raison [de ne pas le faire] », soutient M. Marcil. « Nous, comme résidents de Saint-Roch-de-l’Achigan, ben, on va savoir comment voter aux élections fédérales », prévient-il.

De son côté, le propriétaire du Camping Horizon n’écarte pas la possibilité de porter la cause devant les tribunaux en cas d’aval du projet par le gouvernement fédéral. « L’évaluation de dépréciation de chaque bâtiment, de chaque immeuble, de chaque terre va être touchée. Donc, c’est une action collective qu’on va probablement envisager », explique-t-il.

Nous, comme résidents de Saint-Roch-de-l’Achigan, ben, on va savoir comment voter aux élections fédérales

Contactée par Le Devoir, une porte-parole du bureau du ministère des Transports a répondu par courriel qu’elle « [suivait] le dossier de très près » et que son bureau était « conscient des préoccupations des citoyens ». La porte-parole a ajouté qu’on attendait les résultats du référendum et le rapport du promoteur. Elle a expliqué que, dans sa décision, le ministre tiendra compte de divers facteurs, tels que le rapport, les commentaires de la communauté et les préoccupations en matière de santé.

Selon un mémoire préparé par la Coalition SRA à l’intention du ministre, Transports Canada devra se prononcer sur le projet d’aérodrome le 5 septembre prochain.

Au moment où ces lignes étaient écrites, les promoteurs d’Aérodrome SRA n’avaient toujours pas donné suite aux demandes d’entrevue du Devoir.