Pour notre santé, mieux vaut habiter en ville qu’à la campagne

Parmi quinze indicateurs de mortalité, huit sont significativement plus élevés en milieu rural qu’en milieu urbain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Parmi quinze indicateurs de mortalité, huit sont significativement plus élevés en milieu rural qu’en milieu urbain.

Habiter en ville ou à la campagne ? Si l’une enchante par sa frénésie, l’autre attire par son calme. Difficile de faire son choix. Mais si l’on se fie aux indicateurs de santé, il vaut vraiment mieux habiter en milieu urbain, où l’espérance de vie est plus élevée et où la mortalité causée par les accidents de la route ou encore par le cancer du poumon est considérée comme plus faible qu’en milieu rural.

Un nouvel outil mis en ligne par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) permet de documenter ces écarts existant entre les zones rurales et urbaines, et ce, au regard de 30 indicateurs de santé. « Notre objectif est de mettre en lumière les disparités qui existent entre les mondes rural et urbain, mais aussi de démontrer l’hétérogénéité entre des situations au sein même des mondes rural et urbain », explique Marie-Claude Boivin, conseillère scientifique à l’INSPQ, qui a participé à l’élaboration du tableau de bord Milieux ruraux et urbains : quelles différences de santé au Québec.

Car disparités et hétérogénéité il y a. Pour 15 indicateurs de mortalité, 8 sont significativement plus élevés en milieu rural qu’en milieu urbain alors qu’un seul indicateur de mortalité est plus élevé dans le sens inverse.

Ainsi, de 2012 à 2015, les décès causés par des accidents de véhicules motorisés étaient trois fois plus importants en milieu rural qu’urbain (10,3 contre 3,4 pour 100 000), le taux de suicide chez les hommes était 64 % plus élevé en zone rurale qu’urbaine (31,4 contre 19,1 pour 100 000), l’incidence de mortalité par cancer du poumon était 15 % plus forte en milieu rural qu’en zone urbaine (81,8 contre 71,1 pour 100 000) et l’incidence de mortalité par maladies pulmonaires obstructives chroniques était 15 % supérieure en milieu rural par rapport à sa contrepartie urbaine (38,2 contre 33,1 pour 100 000). Ce dernier indicateur fait référence à l’emphysème et à la bronchite chronique. « Une des grandes causes est le tabagisme », fait remarquer Mme Boivin.

Seule la proportion de mortalité causée par la maladie d’Alzheimer et les démences était plus prononcée en milieu urbain qu'en zone rurale, de 18 % (66,7 contre 56,1 pour 100 000). Les taux de prévalence étaient sensiblement les mêmes entre les milieux urbain et rural pour une série d’autres indicateurs, notamment la mortalité par cancer du côlon, cancer du sein, cancer de la prostate et cancer du pancréas.

L’écart entre les milieux urbain et rural est également perceptible en ce qui concerne la mortalité infantile et l’espérance de vie. De 2012 à 2015, la mortalité infantile — qui rend compte de la proportion de décès d’enfants de moins d’un an par rapport aux naissances vivantes — était plus élevée, de 28 %, en milieu rural qu’urbain (5,8 contre 4,5 pour 1000). L’espérance de vie pour les hommes atteignait 80,3 ans en milieu urbain contre 79,1 ans en milieu rural, tandis que l’espérance de vie des femmes atteignait 84,3 ans en milieu urbain pour descendre à 83,5 ans en milieu rural.

Un outil d’information

L’objectif de cet outil, accessible à tous, est avant tout d’informer la population et de sensibiliser les décideurs aux disparités existantes. Mais aucun élément de réponse n’y est fourni. « On fait ressortir des problématiques qui pourraient donner lieu à des études plus poussées, explique Marie-Claude Boivin. On voit par exemple qu’il y a plus de suicides en milieu rural. On n’a pas vraiment de réponses sur le pourquoi. Mais on espère qu’en montrant des problématiques comme celle-là, ça va donner lieu à des enquêtes plus poussées. »

On voit, par exemple, qu’il y a plus de suicides en milieu rural. On n’a pas vraiment de réponses sur le pourquoi.

Les milieux urbain et rural ne représentent pas en eux-mêmes des déterminants de la santé, insiste la conseillère scientifique. « Ils sont le résultat d’interactions complexes entre plusieurs dimensions qui, elles, vont avoir des conséquences diverses sur la santé et le bien-être de la population. » Ces dimensions sont liées à l’environnement naturel et bâti, à l’aménagement du territoire, aux activités économiques ou encore aux caractéristiques sociodémographiques et culturelles des populations. « L’état de la santé, c’est multifactoriel. »

Et les milieux urbain et rural sont loin d’être des ensembles homogènes. « Globalement, le milieu rural présente plus de résultats défavorables que le milieu urbain, mais il existe une grande hétérogénéité au sein de ces deux milieux. »

Découpage

Le tableau de bord de l’INSPQ permet ainsi d’effectuer un découpage plus fin. Le milieu urbain est divisé en deux catégories : les régions métropolitaines de recensement (RMR) et les agglomérations de recensement (AR). Et le milieu rural en trois sous-ensembles : les zones d’influence métropolitaine de recensement (ZIM) de niveau faible ou nul, de niveau modéré et de niveau fort. L’intensité du lien avec le noyau urbain détermine la catégorie dans laquelle se situe chaque municipalité.

Il existe six RMR au Québec : Montréal, Québec, Saguenay, Ottawa-Gatineau, Sherbrooke et Trois-Rivières. Les AR sont de plus petits pôles urbains situés principalement sur la Côte-Nord, dans le Bas-Saint-Laurent, en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie et Centre-du-Québec et dans Chaudière-Appalaches.

« Les ZIM fortes sont situées près des RMR, donc près des zones urbaines. Les ZIM modérées sont autour des ZIM fortes et les ZIM faibles ou nulles sont en régions éloignées », détaille Marie-Claude Boivin. Une carte et un tableau, sur le site de l’INSPQ, permettent de bien comprendre ce découpage.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Un constat s’impose alors : les ZIM fortes se démarquent favorablement en regard des indicateurs de santé, alors que les AR en zones urbaines affichent de moins bons résultats. « Les AR affichent souvent des résultats similaires aux milieux ruraux alors que les ZIM fortes, à l’inverse, présentent des similitudes avec les milieux urbains », analyse Mme Boivin. Par exemple, la mortalité par cancer du poumon est moins élevée en ZIM forte qu’en AR (78,1 contre 81,7 pour 100 000), tout comme la mortalité causée par maladie d’Alzheimer et les démences (45,0 contre 70,1 pour 100 000).

Les disparités dans les indicateurs de santé entre les milieux rural et urbain ne sont pas particulières au Québec et il est loin de s’agir d’un phénomène nouveau. « Ça persiste et on n’est pas les seuls au Canada dans cette situation-là », mentionne Mme Boivin. L’INSPQ documente le phénomène depuis le tournant des années 2000.

Dans les prochains mois, le tableau de bord sera enrichi. Des données concernant entre autres le taux d’hospitalisation et les comportements et habitudes de vie seront ajoutées. « C’est la première étape d’un projet beaucoup plus vaste. »

13 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 22 juillet 2019 06 h 20

    Les risques du métier

    Ce n’est pas tout de savoir quels types de maladies ou d’accidents prédominent en milieu rural ou urbain. Il nous faut aussi savoir le côté « professionnel » de la chose.

    Pour ce qui est du milieu rural, à l’époque, avec le Département de santé communautaire (DSC), — c’est vous dire —après avoir organisé une journée d’information sur la santé en agriculture avec des producteurs affectés et des spécialistes de référence, on avait voulu qu’une grande enquête épidémiologique se réalise au tout début des années 1980, pour savoir ce qui en était pour les gens vivant et travaillant sur des fermes opérant dans tel ou tel domaine d’activité ( élevage d’animaux, grandes cultures commerciales, horticulture maraîchère, pomoculture, etc.)

    Les autorités d’alors n’y avaient pas consenti pour des raisons que notre raison ne considérait pas valables compte tenu de tout ce qui pouvait alors être compris comme étant des éléments à risque du métier ( pesticides de diverses catégories, poussières, microbes, machines et équipements requis, etc.).

    Trop complexe et trop coûteux, nous avaient dit les uns. Trop susceptible de comporter des éléments de réponse gênants pour l’agro-business qui aurait fait pression sur les autorités en place pour s’y opposer, nous avaient dit les autres.

    Allez savoir ce qu’il en était vraiment. Un peu des deux peut-être?

    • Daniel Grant - Abonné 22 juillet 2019 21 h 32

      Qui peut bien avoir intérêt présenter la santé de telle façon?

      Quel bel outil pour supporter l’idée que la pollution du fossile en ville après tout, n’affecte en rien la santé.

      Allez-y continuez à rouler en bagnole à pétrole, après tout INSPQ n’y voit aucun problème.

      Qui peut bien dicter les variables dans ces statistiques?

      Le silence sur la pollution du fossile sur ce site INSPQ est grotesque.

      Comme M. Yvon Pesant nous informe dans son commentaire, quand ça dérange l’industrie agricole chimique on préfère taire les statistiques de santé reliées aux externalités négatives de ce modèle économique.

      Qui pourrait ne pas croire, quand il s’agit des externalités négatives sur la santé des énergies fossiles, que dans un état pétrolier comme le Canada qui fait les yeux doux aux pétrolières, les variables sont manipulées par le lobby du pétrole et qu’ils nous parachutent seulement ce qui ne dérange pas ou seulement ce qui nuit à la concurrence, comme cet amoncellement de demi-vérités obsolètes de la CIRAIG à propos du cycle de vie du VE versus celui de la bagnole à pétrole, c’est une insulte à l’intelligence. Est-ce que TOTAL dicte les variables dans les équations de la CIRAIG pour ne pas déranger le statu quo de la pompe à fric en diabolisant le VE?

      Santé! cling cling

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 22 juillet 2019 07 h 06

    Perturbateurs endocriniens

    Ils sont partout, ainsi que les POP. N'avons-nous pas une " Planète toxique" comme le décrit Cicolella? Il faudrait aussi axer sur l'avenir comme le faisait hier soir à 95,1 Serge Bouchard, en parlant de la forêt. C'est sûr qu'il faut dépolluer paratout, notre dépendance aux combustibles fossiles cancérigènes et aux ingrédients toxique multiples, attaquent notre santé. Le bien-être environnemental est un droit humain fonddamental, dit avec froideur le livre Le droit au froid. Le suicide ides agricultuers? Notre agriculture est uen catastrophe de pollution et de non respect envers l'agriculteur.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 22 juillet 2019 07 h 12

    C'est tout?

    En évacuant des pramètres comme celui des fumeurs et autres, je n'y vois pas grand chose de très différent dans les deux cas, seul le titre est arrocheur, mais découvrir là de quoi m'affoler, non! N'oublions pas que notre PM, celui de la CAQ, n'aime pas particulièrement les régions et donc leurs habitants. Doit-on y voir là un signal à saveur indirectement politique? À bientôt 78 ans, je vais vaquer à mes occupations puisqu'il fait beau et, comme mon épouse, entretenir notre terrain passablement grand, beau, on peut dire entre mer et montagne...

  • Dominique Boucher - Abonné 22 juillet 2019 07 h 41

    Carte du découpage rural et urbain du Québec

    LʼINSPQ pourrait-il rendre disponible sur leur site une version TÉ-LÉ-CHAR-GEA-BLE et en bonne résolution (format PDF) de cette carte ? Merci!

    Jean-Marc Gélineau, présentement coincé à Montréal...

  • Micaël Bérubé - Abonné 22 juillet 2019 08 h 13

    Corrélation n’est pas causalité!

    Je pense le titre de l'article induit en erreur. Il y a fort à parier que les gens qui s'installent en ville plutôt qu'en campagne ont des caractéristiques socioéconomiques et culturelles qui les disposent à adopter des habitudes de vie pro-santé. Ce n'est donc peut-être pas tant qu'habiter en ville est préférable pour la santé, mais plutôt que les personnes qui ont une mode de vie plus sain ont tendance à s'établir en ville. Et si les gens vivent plus vieux en ville, alors c'est normal que les cas d'Alzheimer et de démence y soient plus élevés. Je suis pas mal certain qu'on peut montrer qu'il y a une forte corrélation entre vivre à Westmount et être en santé. Ça ne veut pas dire que les gens qui veulent être en santé devraient déménager à Westmount! C'est juste que les gens qui vivent à Westmount sont en général plus riches, mangent mieux, font plus de sport, fument et boivent moins, ont accès à des meilleurs soins de santé, etc.

    • Normand Renaud - Abonné 22 juillet 2019 11 h 38

      Exact, le titre est plus que trompeur. Aucune causalité et les auteurs de la recherche semblent le souligner; ce ne sont que des faits statistiques. Le Devoir a erré avec ce titre.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 juillet 2019 22 h 25

      Impression et anecdote non-scientifique - vous avez raison, c'est juste que votre commentaire me fait penser à ceci. Association d'idée.

      Ami de Mtl qui a vécu à la campagne. Il faisait plus d'exercice à Mtl parce qu'il utilisait le transport en commun et devait souvent marcher et monter des escaliers. Il avait pris du poids et avais le souffle plus court à la campagne parce qu'il devait utiliser la voiture.