À Gaspé, l’autre crise du logement

Établi à 1,2%, le taux d’inoccupation des logements de la capitale gaspésienne est le plus bas du Québec.
Photo: Wikimedia Commons Établi à 1,2%, le taux d’inoccupation des logements de la capitale gaspésienne est le plus bas du Québec.

Ces temps-ci, chercher un logement à Gaspé peut être un casse-tête digne des plus grandes villes. Sur les sites de petites annonces, les appartements sont proposés au compte-gouttes. Et pour cause : le taux d’inoccupation des logements est de 1,2 % dans la capitale de la Gaspésie, selon les chiffres les plus récents de la Société canadienne d’hypothèques et de logement — pour les studios, c’est carrément 0 %. Au Québec, seules la région de Gatineau et les villes d’Abitibi (Rouyn-Noranda et Val-d’Or) ont le même score. En comparaison, la situation de Montréal (1,9 %) paraît presque enviable.

À sa modeste échelle (15 000 habitants), Gaspé connaît un véritable boom économique. Le secteur de la construction navale tourne à plein régime. Surtout, la croissance du fabricant d’éoliennes LM Wind Power a été spectaculaire depuis 2016 : son nombre d’employés a plus que doublé, pour se situer à 475 aujourd’hui. « Cela a contribué à la pénurie de logements, affirme le directeur de l’usine, Alexandre Boulay. Ce qui nous aide beaucoup, c’est que, dans un petit milieu, on trouve toujours une solution. »

Trois entrepreneurs locaux se sont ainsi lancés dans l’acquisition de maisons à vendre (une denrée beaucoup moins rare) et leur transformation en « maisons de chambres » pour loger la trentaine de travailleurs philippins récemment embauchés par LM Wind Power.

« Personne ne nous a dit qu’il était sans logement le 1er juillet », tient à rassurer la responsable du bureau de Gaspé du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie / Îles-de-la-Madeleine, Marie Houde. Mais les inquiétudes sont vives dans une partie de la population, poursuit-elle : « Les personnes à petit salaire de 50 ans et plus se demandent comment elles vont faire : elles sont à la limite de leur capacité de payer et vont avoir moins de revenus à mesure qu’elles vieillissent. »

Du côté des étudiants aussi, on s’inquiète du prix des loyers. « Un trois et demi coûte facilement 500 à 600 $ par mois », estime la présidente de l’association étudiante du cégep, Victoria Pineda. Un prix inférieur à ceux de Montréal, mais passablement haut pour une ville de cette taille au Québec. Et malgré cela, « ça ne garantit pas la qualité », souffle Mme Houde.

Le problème est assez bien documenté : en décembre 2016, un rapport du Centre d’initiation à la recherche et d’aide au développement durable (CIRADD) de Carleton-sur-Mer notait que « la difficulté d’accès ferait en sorte que les locataires à faible revenu acceptent de mauvaises conditions de logement ». L’étude, portant sur toute la région, discernait trois groupes majoritairement touchés par les problèmes de logement : les nouveaux arrivants, les personnes à faible revenu et les aînés.

« Je pense que le tableau actuel est sensiblement le même qu’en 2016 », commente son auteur, Pierre-Luc Lupien, professeur de sociologie au campus de Carleton du Cégep de la Gaspésie et des Îles. « La principale évolution est à chercher du côté de la prise de conscience par les acteurs régionaux de l’importance de la question du logement, notamment quant à l’attrait de nouveaux résidents. »

Frein aux nouvelles constructions

Problème majeur, la construction ne suit pas la demande : « Tous les promoteurs nous disent la même chose, relate le maire Daniel Côté : les coûts de construction sont plus élevés qu’ailleurs au Québec, donc il faut beaucoup plus de temps pour rentabiliser un investissement. » L’éloignement augmente le coût des matériaux, et le manque de compétition dans certains secteurs, comme le béton et l’asphalte, est criant. Le maire évalue grossièrement à 30 à 40 % le surcoût pour bâtir dans sa municipalité.

Cet élu se démène pour débloquer la situation : il souhaite que l’Assemblée nationale adopte un projet de loi privé (porté par la députée péquiste Méganne Perry Mélançon) qui lui permettrait d’offrir des incitatifs fiscaux aux promoteurs pour qu’ils construisent de nouvelles unités. Il faudra attendre la rentrée parlementaire, mais en attendant, la Ville a lancé un appel d’offres original : dix terrains ont été mis à disposition à partir de 1 $ près de l’aéroport. Pour emporter la mise, les postulants doivent proposer le plus de logements possible (jusqu’à trente) et être en mesure de les bâtir dans les délais les plus courts.

Pour ceux qui cherchent un logement urgemment, il est possible de regarder vers les municipalités voisines, qui sont quand même à plusieurs dizaines de minutes de route du centre-ville. « Mais le transport est très fluide, vu l’absence de trafic ! » assure M. Côté. Gaspé conserve encore quelques différences avec Montréal ou Gatineau.

1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 8 juillet 2019 07 h 25

    « Le maire (de Gaspé) évalue grossièrement à 30 à 40 % le surcoût... »

    Au lieu d'évaluer grossièrement les coûts de construction, il vaudrait mieux une étude objective des coûts de construction, non pas seulement à Gaspé mais ailleurs au Québec et notamment à Montréal. Ce serait le prix des matériaux et le manque de concurrence qui expliqueraient le niveau élevé des coûts à Gaspé. Que les entrepreneurs ouvrent leurs livres pour voir.

    Et à Montréal, quelles sont les explications ? La collusion des entrepreneurs ou quoi encore ?

    Avant même de lancer des appels d'offre, la Ville de Montréal et la STM évaluent à plus de 4 milliards le prolongement du métro sur un peu plus de 5 km. Les coûts de construction à Montréal sont soumis à une inflation démesurée. La concurrence entre les entreprises de construction paraît évanouie.