Une intégration harmonieuse dans son environnement

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Sylvain Gariépy est urbaniste pour la firme Provencher_Roy.

Il ne suffit pas de bâtir un pont, encore faut-il qu’il s’intègre harmonieusement à son milieu. C’est à cet aspect névralgique que s’est attelé Sylvain Gariépy, urbaniste pour la firme Provencher_Roy.

Rencontré dans son bureau du Vieux-Montréal, l’homme parle avec emballement de cette vision qu’il a voulu insuffler au pont pour que celui-ci s’insère adéquatement dans son environnement.

Un environnement avant tout maritime, explique-t-il, puisque le pont traverse le Saint-Laurent, mais un environnement aussi urbain. Car le projet du corridor du pont Samuel-De Champlain comprend, en plus de l’ouvrage emblématique, les approches du pont qui lui permettent de se relier au réseau autoroutier.

« À sa construction dans les années 1960, l’ancien pont Champlain était entouré de champs agricoles, donc la notion d’intégration urbaine n’avait pas besoin d’être là. Maintenant, c’est entouré d’un milieu construit. »

« Notre principal objectif était de nous assurer de la quiétude des quartiers résidentiels », souligne-t-il. À certains endroits, de la végétation a été plantée, à d’autres, des murs coupe-son ont été érigés.

Une réflexion sur la manière dont le pont sera utilisé a également été au coeur de la démarche de l’urbaniste. « L’idée était de se demander comment enjamber le fleuve avec un pont du XXIe siècle. »

La question du transport collectif et actif a également rapidement émergé. « L’ancien pont Champlain est consacré à la voiture. Quand il y a du transport en commun, c’est avec des cônes orange », rappelle-t-il.

Les trois tabliers distincts qui composent le nouveau pont incarnent, selon lui, cette vision d’un ouvrage tourné vers l’avenir. Les corridors consacrés au transport véhiculaire sont désormais séparés du corridor réservé au transport collectif (qui sera assuré par le REM à partir de décembre 2021). « Quand il va y avoir un accident, par exemple, ça ne va plus arrêter le transport collectif », se réjouit-il.

 

 

 

Le transport actif est également intégré au nouveau pont, grâce à la piste multifonctionnelle, qui sera achevée d’ici la fin de l’été. Quatre belvédères y seront aménagés. « C’est le contact avec le fleuve et avec le centre-ville de Montréal, mais aussi avec les collines montérégiennes sur la Rive-Sud », souligne-t-il.

Le plus grand défi à ses yeux ? Éviter d’ériger « un champ de piles », pour soutenir le pont dans le fleuve Saint-Laurent. « Ça coûte moins cher de faire des plus petites portées, mais ça multiplie le nombre de piles. Sur le plan esthétique, ça ne cadrait pas avec l’environnement. »

Ultimement, un concept de piles, plus espacées et légèrement inclinées, qui soutiennent des chevêtres sur lesquels s’appuient les trois corridors du pont, a été retenu. Trente-sept couples de piles, pour un total de 74 piles, garnissent désormais le Saint-Laurent.

« Du côté de Brossard et de la Voie maritime, on va pouvoir s’asseoir directement sous le pont, et ça va donner un effet très monumental, avec cet alignement de colonnades. »

Le pont Samuel-De Champlain conservera une place bien particulière dans sa carrière. « Au début, ce n’était que des dessins et des critères qu’on rédigeait. Mais de le voir réalisé aujourd’hui, dans un temps record… On en est très fiers. »

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