Le projet rêvé pour un ingénieur

Le grand manitou du pont Samuel-De Champlain, c’est lui. Ingénieur en chef du projet à Infrastructure Canada, Guy Mailhot a consacré presque une dizaine d’années de sa vie à la réalisation de cet immense projet qui laissera sa marque sur Montréal pour les 125 prochaines années.

De la réalisation des études de faisabilité à la rédaction des exigences pour le partenaire privé, en passant par l’appel de qualification et la supervision de la construction, Guy Mailhot a participé à toutes les étapes du projet.

« Des projets de cette envergure-là, je n’en ferai pas un autre dans ma carrière. C’est un rêve de pouvoir terminer ma carrière sur un projet aussi grandiose », évoque-t-il, lorsque rencontré dans son bureau du centre-ville de Montréal.

Au milieu des plans, des croquis et des livres sur les ponts à haubans, l’ingénieur, spécialisé dans la conception et l’entretien de ponts, parle avec passion et fébrilité de cet héritage qu’il laissera aux Montréalais. « On savait que les attentes étaient très élevées pour avoir un pont signature », rappelle-t-il.

   

Pour y parvenir, des architectes ont entrecroisé leurs pensées avec celles des ingénieurs. « Le pont qu’on envisageait au début, c’était un pont droit à haubans avec deux courbes aux extrémités [pour rejoindre les embranchements], raconte-t-il. Mais en travaillant avec les architectes, ils nous ont dit qu’en faisant le pont en courbe, ça optimiserait l’expérience pour les usagers. »

Puis, l’échéancier s’est accéléré. Ce qui a été, sans contredit, le plus grand défi aux yeux de Guy Mailhot. À l’origine prévue pour 2021, la livraison du pont a été devancée en raison de la dégradation précoce de l’ancien pont Champlain.

« C’était un échéancier très exigeant. On était conscient de ça. Et on voulait que le projet soit livré avec qualité, en respectant l’environnement et avec une très haute préoccupation pour la sécurité des ouvriers. »

« Long chemin »

Pour y parvenir, le génie québécois a été sollicité dans toute sa grandeur. De nombreuses pièces ont été préfabriquées à l’extérieur puis assemblées sur le site. D’autres ont été construites dans trois jetées spécialement aménagées pour le projet. Et des pièces pesant jusqu’à 900 tonnes ont été hissées sur le pont.

Pour un ingénieur civil, le pont Samuel-De Champlain « c’est quasiment le projet idéal », relève Guy Mailhot, le sourire dans la voix. « On ne pourrait pas demander un projet qui nous stimule plus. »

À 5 h du matin, le 24 juin, l’ingénieur en chef était en tête de cortège, tout juste derrière le ministre de l’Infrastructure François-Philippe Champagne, pour marquer l’ouverture du corridor nord du pont Samuel-De Champlain. Un moment de grande émotion. « C’était un long chemin pour en arriver là, évoque-t-il. C’était un peu comme recevoir mon diplôme de voir l’ouvrage mené à bien. »

Un ouvrage qui laissera une trace indélébile dans la vie de Guy Mailhot… mais également sur le bras de sa fille. Celle-ci s’est fait tatouer le pylône principal du pont sur l’épaule. « Je pense qu’elle est fière de son père… »

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