Québec entend classer le monastère de Berthierville au patrimoine national

La MRC de D’Autray avait déjà indiqué qu’«un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice».
Photo: MRC de D’Autray La MRC de D’Autray avait déjà indiqué qu’«un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice».

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, met un nouveau holà au projet de démolition du monastère des Moniales de Berthierville. La ministre a sollicité lundi un avis d’intention de classement au Conseil du patrimoine culturel du Québec (CPCQ).

« Je demande aux experts [du CPCQ] : “Est-ce que cet édifice-là et les terrains ont une valeur patrimoniale nationale ?” […] Croyez-moi, si j’ai demandé cet avis, c’est que nous avons de très bonnes raisons de croire que nous obtiendrons un classement, […] que cet édifice a une valeur patrimoniale nationale », a-t-elle affirmé.

Ce processus de classement du bâtiment des Moniales dominicaines de Berthierville pourrait prendre plus d’un an. Le monastère devra rester intact durant l’examen conduit par le CPCQ. « Le propriétaire n’a pas le droit d’y toucher ! Il faut préserver tout ce qui est en état actuellement » a averti Mme Roy lors d’un point de presse.

La ministre a indiqué qu’en attendant, elle tendait la main au promoteur pour qu’un autre projet de reconversion des lieux, plus respectueux de son héritage et de sa valeur, soit mis en avant. Si le Conseil du patrimoine confirme la valeur patrimoniale nationale de l’immeuble, le gouvernement québécois sera disposé à épauler le promoteur afin qu’il concrétise un projet immobilier qui préserve la propriété, a fait valoir l’élue caquiste. « On tend la main au promoteur parce qu’il y a de l’argent qui vient avec ça. Il y a 40 % des dépenses que le promoteur aura à débourser dans ses travaux que nous pourrons rembourser, lorsque cela touchera ce qui sera classé », a-t-elle précisé. « Nous ne voulons pas bloquer les travaux. Nous voulons être un partenaire.»

La MRC de D’Autray avait déjà indiqué qu’« un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice ». Mais la municipalité de Berthierville en avait décidé autrement en accordant rapidement un permis de démolition au promoteur, plaidant ne pas avoir les moyens de préserver ce lieu. Mis au fait de la situation par les médias, le ministère de la Culture avait signifié au nouveau propriétaire une ordonnance légale de préservation d’une durée de 30 jours, le temps d’évaluer l’ensemble. La ministre Roy voulait éviter de nouvelles décisions irréversibles comme la démolition impromptue de la maison d’un patriote de Chambly. « Il n’est pas question que nous ayons une autre maison Boileau », avait-elle déclaré.

La ministre s’était prévalue de l’article 76 de la Loi sur le patrimoine culturel afin de décréter un arrêt de toute action sur ce bâtiment et le soustraire à toute « menace réelle ou appréhendée » qui risquerait de le dégrader de manière non négligeable.

Le nouveau propriétaire du monastère, l’entrepreneur André Saint-Martin, s’est dit déçu de la décision de la ministre. Il compte d’ailleurs solliciter une rencontre avec elle et avec les Moniales dominicaines. La transaction immobilière était conditionnelle à la démolition du monastère, a-t-il soutenu par voie de communiqué. « Il est inévitable, advenant que le bureau de la ministre persiste avec le classement, que nous devrons envisager obtenir sans délai l’annulation des transactions par lesquelles nous avons acquis des Moniales dominicaines les divers lots et bâtiments, dont le monastère, car le projet ne peut désormais aller de l’avant», a indiqué M. Saint-Martin.

La municipalité de Berthierville n’a pas rappelé Le Devoir.

Édifié en 1934, selon les plans et devis d’un professeur de l’École des beaux-arts de Montréal, cet ensemble avait pourtant été jugé exceptionnel par la MRC.

Avec Marco Bélair-Cirino