Au revoir développement durable, bonjour résilience urbaine

Les villes doivent être en mesure de répondre aux impacts des changements climatiques, qui commencent à se faire sentir, selon la présidente du Comité sur les changements climatiques de l’Union des municipalités du Québec. La province sort d’un hiver durant lequel certaines de ses régions ont eu 17 périodes de gel et dégel aux mois de janvier et février.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les villes doivent être en mesure de répondre aux impacts des changements climatiques, qui commencent à se faire sentir, selon la présidente du Comité sur les changements climatiques de l’Union des municipalités du Québec. La province sort d’un hiver durant lequel certaines de ses régions ont eu 17 périodes de gel et dégel aux mois de janvier et février.

Alors que les municipalités québécoises semblent diminuer leur engagement envers le développement durable, le concept de résilience urbaine quant aux changements climatiques prend de plus en plus de place et enthousiasme les troupes.

C’est le sentiment d’urgence d’agir qu’a retenu Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie, à la suite du Sommet municipal – Résilience climat, organisé par l’Union des municipalités du Québec avec le consortium Ouranos, à Gatineau à la fin mars. Quelque 250 participants s’y sont réunis pour aborder la question de la résilience des municipalités quant aux changements climatiques.

« On vient de sortir d’un hiver où certaines régions ont eu 17 périodes de gel et dégel aux mois de janvier et février. C’est un peu difficile de dire qu’il n’y a pas d’impact des changements climatiques », donne en exemple celle qui est aussi présidente du Comité sur les changements climatiques de l’UMQ.

« La résilience, c’est vraiment la capacité d’une communauté à faire face au choc », résume le directeur général du consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques Ouranos, Alain Bourque. La notion implique que « les personnes, les communautés, les institutions, les entreprises et les systèmes au sein d’une ville » résistent, s’adaptent et se développent, « quels que soient les types de stress chronique et les chocs aigus qu’ils subissent », selon le regroupement international 100 Resilient Cities, dont fait partie la Ville de Montréal depuis 2015. Les événements météorologiques extrêmes et l’augmentation des températures font par exemple partie des stress associés aux changements climatiques.

L’enthousiasme noté par Mme Roy au sommet contraste toutefois franchement avec les résultats d’un sondage mené en 2018 par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, dont les résultats ont été publiés récemment. Selon celui-ci, de moins en moins de municipalités et d’organismes municipaux se disent engagés dans une démarche de développement durable. Les répondants étaient 36,4 % à l’affirmer en 2015 ; ils ne l’étaient plus qu’à 23,7 % en 2018. Les manques de ressources humaines et financières sont principalement invoqués pour justifier ce désintérêt.

On veut une ville résiliente, mais est-ce qu’on la fait réellement?

 

Mme Roy admet avoir d’abord été surprise par les résultats du sondage. Puis, « j’ai un peu compris parce que ça traitait vraiment du développement durable. Si on me pose la question : “Avez-vous un plan d’ensemble sur le développement durable ?”, ma réponse, ça va être non. Mais en même temps, notre ville est à sa deuxième génération de plan environnemental. »

Semblables, mais différents

La directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, Coralie Deny, constate des similitudes entre la notion de développement durable et la résilience. « Je ne dirais pas que le développement durable, dans le sens large du terme, ne préoccupe pas ou moins qu’avant les municipalités. Peut-être que le concept se raffine, se transforme. Ça prend des mots différents : résilience, économie solidaire, gestion des matières résiduelles, [lutte contre le] suremballage, logement social… »

Ainsi, bien qu’investir dans le développement durable réduirait les problèmes liés aux changements climatiques, croit Alain Bourque, « ce n’est pas tout à fait ça qui arrive. Les changements climatiques semblent de plus en plus accrocher [l’attention], contrairement au développement durable, parce que les gens sur le terrain qui sont pris avec des urgences sont capables de reconnecter ça avec [ce qui se passe sur le] moment. »

Le concept de résilience est lui aussi à risque d’être perçu comme trop général, note par ailleurs M. Bourque. Et comme avec le développement durable, le manque de ressources demeure un enjeu : « Les élus nous disent la même chose, affirme Suzanne Roy. On n’a pas les moyens de nos ambitions. »

Le temps de l’action

La multiplication des phénomènes comme les inondations ou les canicules appelle à l’action. « C’est toujours quand on fait face à la réalité et non plus à la théorie que ça devient plus urgent », observe Mme Roy.

Pour Coralie Deny, s’attaquer avec résilience aux enjeux urbains, dont ceux liés aux changements climatiques, implique de faire preuve d’innovation — sur le plan des technologies, mais surtout des pratiques — et d’agilité quant à l’imprévisibilité, à la complexité et à la multiplicité des réponses possibles.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

Elle prend l’exemple des précipitations hivernales et du déneigement. « [La Ville passe] la déneigeuse, après il repleut, ça gèle, elle passe le croque-glace, et il repleut et il regèle. Mais la croqueuse et la déneigeuse viennent de passer, elles ont des milliers de kilomètres à faire, c’est sûr qu’elles ne vont pas repasser dans les trois heures qui suivent. Comment fait-on ? Comment fait-on pour qu’une ville ne soit pas paralysée par ça et que les populations ne soient pas laissées pour compte ? »

À son avis, la Stratégie montréalaise pour une ville résiliente, publiée en juin 2018, est plus axée sur la communication et sur l’analyse des phénomènes que sur l’action. « On veut une ville résiliente, mais est-ce qu’on la fait réellement ? »

Une résilience aussi sociale

Présente sur un panel qui abordait les changements climatiques à Montréal et la résilience lundi dernier, la professeure et chercheuse Sophie Van Neste, de l’INRS, souligne qu’il faut « éviter d’aborder l’enjeu climatique comme un enjeu technique. La plus grande incertitude est notre capacité d’action collective ». Elle souligne que les conséquences des enjeux climatiques sont vécues différemment par différents types de population et que les groupes les plus vulnérables sont ceux qui récupèrent le plus difficilement.

Les élus nous disent la même chose. On n’a pas les moyens de nos ambitions.

Aussi, agir pour plus de résilience ne veut pas seulement dire intervenir directement sur une situation. « Les gens ont plus tendance à essayer de s’attaquer à l’événement et au problème plutôt que d’investir dans la prédisposition ou la non-prédisposition », remarque Alain Bourque. Les initiatives de verdissement, par exemple, créent du capital social en plus de remplir leur objectif premier de réduction des îlots de chaleur. « Ça permet aussi d’investir dans la résilience de communautés avec des façons qu’on n’avait pas initialement pensées. »