Un monastère jugé exceptionnel bientôt démoli à Berthierville

La démolition de l'ensemble conventuel des Moniales dominicaines de Berthierville doit être entreprise sous peu. De la machinerie lourde était déjà présente sur le site mercredi.
Photo: Le Devoir La démolition de l'ensemble conventuel des Moniales dominicaines de Berthierville doit être entreprise sous peu. De la machinerie lourde était déjà présente sur le site mercredi.

À Berthierville, au bord du fleuve, un monastère jugé exceptionnel, réalisé en 1934 selon les plans et devis d'un professeur de l’École des beaux-arts de Montréal, sera néanmoins démoli dans les prochains jours. La municipalité a accordé un permis de démolition au nouveau propriétaire, bien que la MRC jugeât que l’ensemble méritait d’être préservé.

Visiblement agacée par les questions du Devoir au sujet de cette démolition, Sylvie Dubois, directrice générale à Berthierville, s’est contentée de dire que le bâtiment a été vendu vendredi dernier et que la municipalité a accordé un permis de démolition lundi.

La MRC, pour sa part, avait rendu une « recommandation de sauvegarde » pour ce bâtiment. Selon la MRC de D’Autray, « un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice. Il devrait également être assujetti à un règlement de PIIA [plans d’implantation et d’intégration architecturale] spécifique au patrimoine bâti. La municipalité devrait en outre interdire sa démolition. »

« Le permis de démolition a été accordé en accord avec les règlements de la Ville », s’est bornée à répéter la directrice générale de la municipalité, tout en refusant à plusieurs reprises de répondre aux autres questions du Devoir.

« Un communiqué sera diffusé pour tous les médias en même temps », a-t-elle répété. Mais qu’est-ce qui, en attendant, empêche Berthierville de répondre aux questions qui lui sont posées ? Pour toute réponse : un lourd silence de la directrice générale.

Malgré les recommandations de la MRC, dénonce Action patrimoine dans une lettre publique, aucune réglementation n’a été mise en place par Berthierville : « Ni citation, ni plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), ni même de règlement de démolition. L’octroi du permis de démolition ne va donc à l’encontre d’aucun règlement, parce qu’ils sont inexistants. »

André St-Martin, un entrepreneur de longue date, est le nouveau propriétaire de cet édifice conventuel de style néoroman dessiné en 1934 par Réginald Lussier.

En entrevue au Devoir, il affirme que l’ensemble n’a aucune valeur patrimoniale. « Tout est en loi. Ça a été vérifié. Il y a de petits groupes qui partent des nouvelles. […] Ça n’a aucune valeur de patrimoine. »

Qu’est-ce qui sera construit en lieu et place de ce bâtiment qui fait face au fleuve Saint-Laurent ?

« Je suis propriétaire de tous les terrains autour. On va démolir dans les prochaines semaines. Je ne sais pas quand. Ce ne sont pas des appartements qui vont être là en tout cas, mais un développement, je ne sais pas encore. La machinerie qui est là en attendant, c’est pour réparer des problèmes. »

Intérêt supérieur du bâtiment

« Je suis sous le choc », dit Maryse St-Amand, la directrice générale de la Corporation du patrimoine de Berthierville. Elle affirme être catastrophée devant cette décision qu’elle juge intempestive et regrette le manque de collaboration de la Ville dans ce dossier. « Son intérêt patrimonial est évident. C’est une vraie catastrophe pour l’histoire et le patrimoine de la région que cette démolition. »

Selon la MRC de D’Autray, le bâtiment a une excellente valeur d’authenticité. Il est construit dans un environnement jugé « supérieur ».

La MRC souligne aussi la haute valeur architecturale et la rareté très importante de l’ensemble, pour conclure à la valeur patrimoniale « exceptionnelle ». La loi québécoise laisse cependant aux municipalités plutôt qu’aux MRC la responsabilité de protéger les bâtiments jugés importants pour l’histoire de la collectivité et voir du même souffle à leur mise en valeur, dans l’intérêt commun.

La portion principale du bâtiment touché par un avis de démolition date de 1934. Des agrandissements successifs ont été réalisés en 1941, 1950 et 1960, « dans le respect du style architectural original ». On trouve là une chapelle, un cloître d’hiver, ainsi qu’un vaste terrain aménagé avec des jardins thématiques. La ville de Berthierville a refusé d’expliquer au Devoir en quoi la démolition de cet ensemble devait être réalisée.

Appelé par Le Devoir à réagir, le ministère de la Culture et des Communications a fait savoir, par la voix de Brigitte Soucy, attachée de presse au cabinet de la ministre, qu’ils venaient « d’être saisis de ce dossier très préoccupant » et qu’ils évaluaient leurs « options pour répondre adéquatement à cet enjeu dans les meilleurs délais ».

Les Moniales de Berthierville avaient annoncé en 2012 qu’elles quittaient la région, après y avoir été présentes pendant près d’un siècle. Il s’agissait de la seule communauté francophone de Moniales dominicaines en Amérique du Nord. Le bâtiment était devenu trop grand pour ses besoins.