Les chantiers qui retiendront l’attention en 2019

Les dernières années n’ont pas été de tout repos pour les automobilistes du Grand Montréal. Et c’est loin d’être terminé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les dernières années n’ont pas été de tout repos pour les automobilistes du Grand Montréal. Et c’est loin d’être terminé.

S’ils étaient sur toutes les lèvres en 2018, notamment dans le cadre de la plus récente campagne électorale provinciale, les enjeux de transport et de mobilité risquent, encore une fois, d’occuper une place de choix au cours des mois à venir. Entre les dossiers qui traînent, les travaux qui achèvent et les nouveaux projets, 2019 s’annonce, elle aussi, particulièrement chargée. Tour d’horizon des chantiers à surveiller pour la prochaine année.

Quel plan pour décongestionner les routes ?

Les dernières années n’ont pas été de tout repos pour les automobilistes du Grand Montréal. Et c’est loin d’être terminé, puisque de nombreux chantiers supplémentaires devraient émerger aux quatre coins de la région au cours des prochains mois, augmentant, par le fait même, la pression sur le réseau routier déjà saturé. Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent pour décongestionner les routes de la région métropolitaine, évoque le directeur général de Vivre en ville, Christian Savard. « On n’a qu’à penser à toutes les promesses qui ont été faites durant la dernière campagne électorale provinciale, note-t-il. Les quatre principaux partis avaient leur plateforme de mobilité durable pour Montréal. »

À ce sujet, rappelons que le Plan de décongestion du nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec, élu le 1er octobre, prévoyait, à l’époque, des investissements de près de 10 milliards de dollars pour venir à bout des bouchons sur l’Île et les environs. Parmi les idées alors énoncées, on peut entre autres penser au prolongement du Réseau express métropolitain (REM) et de certaines lignes du métro montréalais, à l’ajout de voies réservées pour autobus sur les autoroutes de la Rive-Nord, et au déploiement d’un tramway sur certains axes névralgiques de l’est de l’Île et de la Rive-Sud.

Si on peut se permettre de rêver un peu, j’aimerais beaucoup que les questions d’aménagement réussissent à se tailler une place respectable dans le débat public en 2019

Reste maintenant à voir dans quelle direction le nouveau gouvernement décidera d’aller au cours de l’année à venir, ce dernier n’ayant donné, pour l’heure, que peu de détails concernant ses orientations à court et moyen terme en matière de transport. « Tout le monde attend, souligne le président de Trajectoire Québec, François Pépin. Les premières semaines de 2019 devraient nous permettre d’en savoir plus sur ce qui nous mobilisera dans les prochaines années. »

Vers une refonte tarifaire

Les citoyens du Grand Montréal devraient également voir poindre une nouvelle grille tarifaire pour les transports collectifs de la région d’ici la fin de l’année 2019. Promise au moment de la création de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), en juin 2017, celle-ci est d’ailleurs déjà au coeur d’un important chantier de réflexion, qui devrait permettre, à terme, l’instauration d’une grille simplifiée. Rappelons qu’à l’heure actuelle, on retrouve près de 790 titres de transport distincts sur le vaste territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Photo: David Afriat Le Devoir Une nouvelle grille tarifaire pour les transports collectifs du Grand Montréal devrait voir le jour d’ici la fin de l’année 2019.

Pour y arriver, l’ARTM — qui devra aussi déposer son Plan stratégique de développement des services de transports collectifs d’ici la fin de l’année — indique se pencher sur les modèles de différentes villes, dont Barcelone, Vancouver et Paris, pour ne nommer que ceux-là. Parallèlement, les résidents de la région métropolitaine étaient également invités cet automne à donner leur avis à l’égard de la tarification des différents services de transport collectif offerts, et une seconde consultation publique est au programme pour l’année 2019. Parmi les idées explorées jusqu’à présent, notons, entre autres, un tarif selon la distance parcourue et un autre spécifique aux heures de pointe. L’instauration d’un principe de tarification sociale est aussi à l’étude. La nouvelle grille devrait être graduellement introduite à partir de 2020, jusqu’en 2022, afin de coïncider avec la mise en service du REM.

Repenser le financement

Elles le répètent depuis déjà plusieurs années : les municipalités du Québec sont à bout de souffle. En mal d’argent pour desservir leur population, celles-ci ne cessent de marteler que, dans le cadre fiscal actuel, elles n’ont pas d’autres choix que d’augmenter les taxes imposées à leurs citoyens. « On fait de notre mieux, mais c’est de plus en plus difficile de maintenir la qualité des services avec les moyens qu’on a, insiste le président de l’Union des municipalités du Québec, Alexandre Cusson. La prochaine année devra être celle où on se penchera sur les questions de financement, sinon, je ne vois pas comment on va réussir à continuer. »

D’autant plus que le Fonds des réseaux de transport terrestre, duquel provient une large part des budgets destinés au maintien et au développement des infrastructures de transport — qu’elles soient routières ou collectives —, connaît une inquiétante stagnation depuis quelques années, et ce, malgré des besoins de plus en plus importants. « Personne n’en parle jamais ou presque, déplore François Pépin de Trajectoire Québec. Mais on a de moins en moins de latitude pour déployer de nouveaux services et pour exploiter ceux qui existent déjà. Le grand défi 2019, ça va être de pérenniser les acquis, mais aussi de trouver des sources de financement inédites. Sans quoi on s’en va dans le mur. »

Plus encore, renchérit Tania Gonzalez, la responsable des dossiers Transport, GES et Aménagement du territoire au Conseil régional de l’environnement de Montréal, « ce futur chantier de réflexion devrait nous permettre de revoir nos priorités ». « On le sait maintenant, la mobilité, ce n’est plus juste une question de transport… C’est aussi une occasion de parler d’environnement, d’équité sociale et d’aménagement. On devrait profiter de ce moment pour penser à tout ça à la fois. »

Réfléchir à l’aménagement

À ce sujet, la Politique de mobilité durable, adoptée en avril 2018, a justement permis au gouvernement du Québec d’établir un lien clair entre l’aménagement du territoire et le déploiement des projets de transport. Un premier pas intéressant, selon Christian Savard de Vivre en ville, mais qui gagnerait à prendre plus de place au cours des prochains mois. « Si on peut se permettre de rêver un peu, j’aimerais beaucoup que les questions d’aménagement réussissent à se tailler une place respectable dans le débat public en 2019, indique celui qui milite d’ailleurs au sein de l’Alliance Ariane pour la création d’une Politique nationale d’aménagement du territoire. Un peu comme ce qu’on a vu avec la mobilité durable en 2018. »

 

À surveiller en vrac

Pont Champlain Si tout se passe comme prévu, le nouveau pont Champlain — qu’on devra dorénavant appeler Samuel-De Champlain — devrait être inauguré au plus tard le 30 juin prochain, selon les plus récentes indications du ministre fédéral de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne. Malgré quelques retards, dont la responsabilité est encore à déterminer, les travaux entamés en mai 2015 se sont somme toute déroulés sans pépin majeur.

REM Entamés en mars 2018, les travaux du REM, qui vont déjà bon train, se poursuivront au cours de la prochaine année dans la région métropolitaine. Parmi les nouveaux chantiers à surveiller dans les mois à venir, notons ceux dans Griffintown, qui devraient se mettre en branle cet hiver, ceux des futures stations de L’Île-des-Soeurs et de Panama sur la Rive-Sud à l’automne, et ceux de la structure aérienne vers l’aéroport au courant de l’année 2019.

Réseau express vélo (REV) Bien qu’on n’en connaisse pas encore les détails — ceux-ci devant être dévoilés au printemps —, il est tout de même prévu que 2019 verra poindre les premiers kilomètres du futur REV. Promis par l’administration Plante au moment de son élection en 2017, celui-ci devrait permettre aux cyclistes de la métropole d’effectuer plus rapidement leurs déplacements quotidiens.

Autobus montréalais D’ici l’intégration des 300 nouveaux autobus hybrides en 2020, la Société de transport de Montréal entend tout de même procéder à de vastes changements au cours de l’année à venir. Ainsi, c’est tout le réseau terrestre de transport collectif montréalais qui devrait subir une refonte durant les prochains mois. Les Montréalais ont d’ailleurs déjà été invités, à la fin de l’année 2018, à se prononcer sur la question. À suivre…

Troisième lien Après avoir régulièrement fait les manchettes en 2018, le troisième lien à Québec risque de faire encore couler beaucoup d’encre en 2019. Toujours vertement critiqué, tant par les experts que par certains députés de l’opposition, le projet semble pourtant figé dans le béton, selon le nouveau ministre des Transports du Québec, François Bonnardel. « C’est un dossier qui est en voie de devenir un enjeu national, soutient pour sa part Christian Savard de Vivre en ville. C’est quelque chose qui divise déjà et dont on n’a pas fini d’entendre parler ! »