Piétons et cyclistes réclament des mesures plus sévères contre les automobilistes

Depuis le début de 2018, le SPVM a dénombré le décès de 15 piétons, de 3 cyclistes et de 3 automobilistes, alors que pour la même période l’an dernier, 11 piétons avaient perdu la vie, contre 3 cyclistes et 5 automobilistes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis le début de 2018, le SPVM a dénombré le décès de 15 piétons, de 3 cyclistes et de 3 automobilistes, alors que pour la même période l’an dernier, 11 piétons avaient perdu la vie, contre 3 cyclistes et 5 automobilistes.

Des cyclistes et des piétons estiment que les policiers montréalais devraient être plus sévères à l’égard des automobilistes compte tenu du degré de dangerosité qu’ils représentent pour les usagers plus vulnérables. C’est le message qu’ils ont livré au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lors d’une séance de consultation de la Commission de sécurité publique lundi soir.

En 2017, le SPVM a remis 414 767 constats d’infraction aux automobilistes, contre 12 144 aux cyclistes et 23 861 aux piétons. Selon Daniel Lambert, de la Coalition vélo Montréal, le nombre de constats remis aux automobilistes est insuffisant. « Si on prend le nombre d’usagers de chaque catégorie, multiplié par leur capacité de blesser ou de tuer les autres, je pense que le chiffre de 400 000 est vraiment insuffisant », a-t-il dit.

Le commandant Sylvain Dubois, de la division de la sécurité routière au SPVM, ne partageait pas cet avis : « Si on compare le nombre de vélos versus le nombre d’automobilistes, je crois que les interventions sont nettement supérieures auprès des automobilistes et on fait beaucoup plus de prévention auprès des usagers vulnérables. Par contre, nous sommes d’avis que l’application de la réglementation est nécessaire dans certains cas. »

Un citoyen a d’ailleurs reproché au SPVM de mettre beaucoup d’efforts à sévir contre les cyclistes qui roulent sur un vélo dont un réflecteur est manquant plutôt que de s’en prendre aux automobilistes qui font des manoeuvres dangereuses ou utilisent leur cellulaire au volant autour des écoles.

Collisions mortelles

Selon le SPVM, 36 % des collisions impliquant des cyclistes et des piétons seraient attribuables à l’inattention de l’un ou l’autre des usagers de la route. L’omission de céder le passage serait en cause dans 12 % des cas, contre 10 % pour le comportement négligent et 4 % pour le non-respect d’un feu rouge.

Le nombre de collisions mortelles a baissé depuis 10 ans, mais tend à se stabiliser depuis 2013. Rappelons qu’en 2017, 15 piétons et 4 cyclistes sont décédés. Depuis le début de 2018, le SPVM a dénombré le décès de 15 piétons, de 3 cyclistes et de 3 automobilistes, alors que pour la même période l’an dernier, 11 piétons avaient perdu la vie, contre 3 cyclistes et 5 automobilistes.

Le Dr Patrick Morency, médecin à la Direction de la santé publique de Montréal, a remis en question la stratégie des policiers. Selon lui, les piétons et les cyclistes sont les victimes d’aménagements urbains qui les mettent à risque. « Je me serais attendu à ce qu’on cible moins les comportements des piétons et des cyclistes et davantage ce qui cause un risque aux piétons et aux cyclistes. Pourquoi n’y a-t-il aucune statistique sur la vitesse des véhicules ? Sur la proportion du respect des passages pour piétons ? Sur le respect des feux rouges ? » a-t-il demandé à la commission. « Est-ce qu’on peut raisonnablement s’attendre à une évolution des pratiques du SPVM, c’est-à-dire qu’on cible davantage ce qui pose un risque, soit les véhicules motorisés ? »

Laurent Deslauriers, de l’organisme Vélo fantôme, a même remis en question le vocabulaire souvent utilisé par les médias et même les policiers, soit l’utilisation du mot « accident », plutôt que « collision » qui, a-t-il dit, est plus juste.

Une citoyenne qui dénonçait le comportement délinquant de nombreux cyclistes a suggéré que les règles encadrant le Code de la sécurité routière soient enseignées aux enfants dès la maternelle. Elle a aussi recommandé que l’immatriculation des vélos soit obligatoire. « Est-ce que ça vous aiderait lors de vos interventions si les vélos étaient immatriculés ? » a-t-elle demandé au représentant du SPVM. Mais selon le commandant Dubois, les cyclistes se montreraient, de façon générale, collaboratifs lorsqu’interpellés par les policiers.

Vélos volés

Dominique Audet, de Vélo volé Montréal, en avait contre le peu de préoccupation démontrée par les policiers lorsque des vélos disparaissent. « Le SPVM considère le vol de vélo comme un délit mineur », a-t-il déploré. Selon M. Audet, un cycliste sur deux se serait déjà fait subtiliser son vélo et seulement une victime sur dix le signalerait à la police. Il a cité le cas de San Francisco, qui a mis sur pied une escouade consacrée au vol de vélos. Dès la première année du programme, le nombre de vols a fondu de 40 %, a-t-il affirmé. Directrice adjointe au SPVM, Simonetta Barth a indiqué que des expériences comme celle menée à San Francisco pourraient être examinées.

Rappelons que Montréal a adhéré à l’approche Vision Zéro en 2016. Le conseiller Alex Norris, qui préside la Commission de la sécurité publique, a fait valoir que la Ville travaillait à l’élaboration d’un plan global d’intervention qui serait présenté d’ici la fin de l’année.

L’an dernier, la commission des transports de la Ville s’était pour sa part penchée sur la cohabitation entre les véhicules lourds et les usagers de la route vulnérables. La commission avait conclu que la Ville devait cesser de prendre des décisions accommodant les automobilistes et qu’elle devait concevoir des aménagements visant à ralentir la circulation aux endroits jugés problématiques.

Depuis mai dernier, des modifications apportées au Code de la sécurité routière obligent notamment les automobilistes à respecter une distance de 1 m à 1,5 m au moment de dépasser un cycliste. Lundi soir, le SPVM n’a toutefois pas été en mesure de fournir des statistiques sur les constats remis aux automobilistes pour ces infractions.