Les promesses décortiquées: les compromis du Parti québécois

Pour réaliser son «Grand déblocage», le Parti québécois entend tabletter le Réseau express métropolitain, qu’il qualifie de «mauvais projet». La formation compte réallouer les sommes prévues pour le REM afin de déployer un vaste réseau de tramways et de bonifier les services de trains de banlieue.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour réaliser son «Grand déblocage», le Parti québécois entend tabletter le Réseau express métropolitain, qu’il qualifie de «mauvais projet». La formation compte réallouer les sommes prévues pour le REM afin de déployer un vaste réseau de tramways et de bonifier les services de trains de banlieue.

Enjeux phares de la campagne électorale en cours, la mobilité et les transports sont au coeur des débats et des récentes annonces des principales formations politiques québécoises. Mais, ces promesses ont-elles de quoi tenir la route passé le 1er octobre ? Le Devoir termine aujourd’hui une série de quatre articles, un par parti, pour faire le point. Cette semaine : le Parti québécois.

S’il est porté au pouvoir le 1er octobre prochain, le Parti québécois promet tout un bouleversement en matière de transport, notamment dans la grande région de Montréal. Mais avec les projets déjà sur la table, les idées de la formation politique arrivent-elles trop tard ? Chose certaine, elle devra sans doute faire des compromis si elle souhaite qu’une partie d’entre elles voient le jour, jugent les experts consultés par Le Devoir.

La part belle au tramway

Avec son « Grand déblocage », dévoilé en grande pompe en mars dernier, le Parti québécois (PQ) souhaite s’attaquer de front à la congestion routière dans la région métropolitaine. Et pour y arriver, le parti estime qu’il faudra tabletter rapidement le projet de Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). « Nous avons fait nos devoirs et nous avons constaté que c’est un mauvais projet, lance sans ambages le porte-parole péquiste pour les dossiers touchant le REM, Alain Therrien. C’est trop cher pour trop peu, ça ne répond pas aux besoins de la population et, dans certains cas, ça vient cannibaliser des services qui fonctionnent déjà très bien. »

L’équipe de Jean-François Lisée propose plutôt de réallouer les sommes prévues pour le REM pour déployer un vaste réseau de tramways. L’objectif ? Desservir l’aéroport de Montréal, l’est de l’île et les axes névralgiques de la Rive-Sud « en passant là où les gens sont », expose celui qui tentera de se faire réélire dans la circonscription de Sanguinet, située sur la Rive-Sud dans la région de Montréal. Des tracés sont également prévus sur le boulevard Saint-Laurent et sur le chemin de la Côte-des-Neiges pour désengorger le réseau déjà existant.

Couplé à une bonification des services de trains de banlieue, de même qu’à l’implantation d’une dizaine de lignes de bus rapides, dont plusieurs le long des autoroutes, le tout devrait permettre, selon les prévisions du PQ, d’enlever près de 150 000 voitures sur les routes de la région d’ici 2025. Un objectif noble, mais qui ne devrait pas se faire aux dépens de ce qui est présentement en marche, soutiennent les experts consultés par Le Devoir.

« Le projet du REM est déjà sur les rails, rappelle le directeur général de Vivre en ville, Christian Savard. Il a la capacité de renforcer le réseau actuel et d’améliorer les déplacements des usagers. Est-ce qu’il est parfait ? Non, mais pourquoi ne pas essayer de compléter ce qui est proposé plutôt que de tout recommencer, encore une fois ? »

Le projet du REM est déjà sur les rails. […] Est-ce qu’il est parfait ? Non, mais pourquoi ne pas essayer de compléter ce qui est proposé plutôt que de tout recommencer, encore une fois ?

« Ce n’est pas que l’idée du PQ est mauvaise, soutient pour sa part Florence Junca-Adenot, professeure au Département d’études urbaines de l’Université du Québec à Montréal. Mais est-ce faisable à ce stade-ci, alors que certains travaux sont déjà entamés ? Ne vaudrait-il pas mieux essayer d’améliorer ce qui est sur la table ? »

D’autant que, de toute façon, rien n’indique, pour le moment, que la CDPQ acceptera de revoir son tracé et encore moins d’y mettre un frein. Interrogée plus tôt ce mois-ci sur la question, elle s’était d’ailleurs montrée assez évasive, spécifiant qu’elle préférait ne pas se mêler au débat politique en cours. Rappelons toutefois qu’au moment du dévoilement du « Grand déblocage », en mars, elle avait souligné qu’un arrêt « hypothétique » du REM engendrerait d’importantes pénalités, pouvant aller jusqu’à 1 milliard de dollars.

« C’est un risque qu’on est prêts à prendre, rétorque Alain Therrien du PQ. Et notre objectif, dans un premier temps, sera de négocier avec la Caisse pour voir s’il n’y a pas moyen de transformer le projet. Mais si ça ne fonctionne pas, on est conscients qu’il y aura des pénalités, mais on estime que ça demeurera une fraction de ce que le projet nous coûtera. Et c’est sans compter les désagréments liés aux travaux ! »

7,4 milliards
C’est le budget nécessaire au déploiement du « Grand déblocage » dans la région métropolitaine, selon les chiffres du Parti québécois. Il s’agit de la même somme que celle prévue pour l’implantation du Réseau express métropolitain.

À l’extérieur de Montréal, le parti s’est par ailleurs engagé à soutenir le projet de transport en commun structurant dans la région de Québec. La formation politique a aussi choisi de faire preuve de prudence par rapport au troisième lien, préférant attendre le dépôt des études avant de prendre une décision finale.

Covoiturage, mobilité de l’avenir ?

Se déplacer autrement qu’en voiture à l’extérieur des quartiers centraux montréalais n’est pas une mince affaire. Pour pallier ce déséquilibre, le PQ entend miser sur le covoiturage, tant en milieu urbain qu’en zone rurale.

« On pense toujours que les gens vont quitter leur voiture pour aller vers le transport collectif, avance le fondateur de l’entreprise de covoiturage Netlift, Marc-Antoine Ducas. Mais on oublie que, pour la plupart des gens, c’est bien plus facile de délaisser son auto pour aller dans celle de son collègue. L’idée du Parti québécois, c’est donc faire une place à ce mode intermédiaire. »

« En ce moment, il y a des millions de sièges vides qui congestionnent les routes du Québec, renchérit le député Alain Therrien. Nous, ce qu’on veut, c’est remplir ces places rapidement. C’est une mesure qui pourrait être mise en place dès les premiers mois d’un mandat péquiste. »

Concrètement, le parti souhaite développer une application — ou miser sur celles déjà disponibles sur le marché — « pour faciliter la rencontre entre les conducteurs et les passagers » qui souhaitent covoiturer. L’idée ici n’est toutefois pas de surenchérir sur ce qui existe, précise le porte-parole du parti. « On veut travailler avec les acteurs du milieu pour offrir un service complémentaire aux “modes lourds”. » Une prime incitative de 4 $ par trajet, tirée à même le Fonds vert, sera également instaurée pour encourager les automobilistes à faire le saut.

Pour y arriver, une rapide révision du cadre réglementaire devra par contre être entreprise par le gouvernement, insiste Marc-Antoine Ducas en rappelant que, pour le moment, ce dernier limite l’innovation en matière de transport.

« Le développement du transport collectif se fait principalement à l’intérieur des sociétés de transport et des agences, expose l’ingénieur de formation. C’est très lourd et ça nous empêche parfois d’avancer… Pourtant, l’économie du partage pourrait jouer un rôle important dans la mobilité de demain, surtout dans les milieux moins denses et donc mal desservis par les modes traditionnels. Mais encore faut-il lui offrir l’espace pour le faire. »

Transport en région

Enfants pauvres des transports collectifs, les municipalités des régions plaident depuis des années pour avoir de l’argent frais afin de pouvoir améliorer les services qu’elles offrent à leurs citoyens. Or, les sommes promises par l’équipe de Jean-François Lisée, soit 8 millions de dollars sur quatre ans, ne permettront que de maintenir les services existants, disent-ils. « C’est important de préserver nos acquis puisqu’on a travaillé fort pour se relever des compressions des dernières années, concède le président de l’Association des transports collectifs ruraux du Québec, André Lavoie. Mais si on veut continuer d’avancer et pouvoir diversifier notre offre, ça va prendre beaucoup plus de moyens que ça. »

Le PQ s’est également engagé à s’attaquer au monopole d’Air Canada afin de briser l’isolement des régions éloignées par la voie des airs. Pour y arriver, le parti compte établir un prix de référence pour favoriser les entreprises qui voudront concurrencer le transporteur aérien. L’idée, selon son mode d’application, pourrait toutefois se buter au mur des compétences gouvernementales, l’imposition d’un prix plancher relevant du fédéral.


L’ordre des analyses a été déterminé par un tirage au sort. Comme la campagne électorale est en cours, il est possible que de nouvelles annonces en transport soient faites dans les prochains jours.