Vers un véhicule autonome 100% québécois

Un projet-pilote de navette autonome sera déployé à Candiac. Ces navettes pourraient un jour être offertes en complément du transport collectif traditionnel, estiment les observateurs.
Photo: Picaboo Photographie Un projet-pilote de navette autonome sera déployé à Candiac. Ces navettes pourraient un jour être offertes en complément du transport collectif traditionnel, estiment les observateurs.

Le Québec a-t-il ce qu’il faut pour devenir un chef de file dans le domaine du transport intelligent et autonome ? Absolument, estiment les observateurs et acteurs de l’industrie. Mais pour arriver à se démarquer sur le vaste échiquier international, c’est vers le transport collectif que la province devrait se tourner.

La voiture autonome ne sera sans doute jamais québécoise, l’industrie automobile canadienne ayant depuis bien longtemps préféré la région des Grands Lacs, en Ontario, à la vallée du Saint-Laurent. Cela ne devrait toutefois pas empêcher les acteurs d’ici de réussir à tirer leur épingle du jeu et à se tailler une place de choix dans cette grande course vers l’autonomisation des transports.

« Nous avons, au Québec, une longue tradition de transport collectif et spécialisé, rappelle Sarah Houde, la directrice générale de Propulsion Québec, la grappe industrielle des transports électriques et intelligents. On peut penser, par exemple, à Bombardier, à Nova Bus ou à Lion, pour ne nommer que ceux-là. Pourquoi ne pas nous appuyer sur cette force industrielle existante — qui est aussi un de nos piliers économiques — pour développer du transport intelligent bien de chez nous ? »

D’autant que les autres technologies nécessaires à l’autonomisation, comme les lidars (des appareils semblables à des radars, mais qui utilisent un faisceau laser plutôt que des ondes radio), les détecteurs ou l’intelligence artificielle, sont également disponibles au Québec, ajoute la gestionnaire. « Même notre sous-sol minier regorge des ressources qui sont utilisées pour fabriquer les batteries. »

2026
C’est l’horizon que vise Propulsion Québec, la grappe industrielle des transports électriques et intelligents, pour faire du Québec un chef de file mondial dans les domaines du transport intelligent et électrique.

Selon elle, tous ces savoir-faire combinés pourraient permettre, d’ici quelques années, le déploiement d’une navette autonome 100 % québécoise.

« La question n’est pas de savoir si nous serions capables », renchérit Mario Landry, de l’Institut du véhicule innovant, un centre de recherche qui travaille en collaboration avec les petites et moyennes entreprises actives dans ce domaine en pleine ébullition. « Nous avons les compétences et les acteurs clés pour mettre sur pied un véhicule intelligent 100 % québécois. Tout ce qu’il manque, maintenant, c’est l’argent pour le faire. »

Un avis que partage le directeur général du technopôle IVEO, un organisme qui se présente comme un « catalyseur d’innovations » dont l’objectif est d’établir des liens entre les différents acteurs de la mobilité intelligente. « Le Québec n’aura jamais une filière automobile comme l’Ontario, reconnaît Benoît Balmana, qui est à la tête du groupe depuis un peu plus de deux ans. Par contre, notre écosystème est composé de joueurs capables de développer des véhicules uniques qui ont le potentiel de répondre aux enjeux de mobilité d’aujourd’hui avec les technologies de demain. »

Mobilité partagée

C’est donc en misant sur une mobilité partagée que le Québec arriverait à se démarquer, une vision qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de nombreux chercheurs d’ici et de l’étranger, dont ceux de l’Institut des politiques de transport et de développement, une organisation internationale à but non lucratif, et de l’Université de Californie à Davis.

Dans un rapport publié en mai 2017, ces derniers insistaient, notamment, sur l’importance de la mobilité partagée pour que la révolution de l’autonomisation des transports soit un succès.

12 millions
C’est le nombre de véhicules entièrement autonomes qu’on devrait trouver sur les routes du monde d’ici 2035. À cela devraient aussi s’ajouter plus de 18 millions de véhicules partiellement autonomes.

« À peu près tous les experts s’entendent pour dire que la mobilité du futur doit être collective, lance sans hésitation Sarah Houde, de Propulsion Québec. À l’heure actuelle, nos voitures sont stationnées plus de 90 % du temps, elles nous coûtent cher… Ce n’est pas quelque chose d’agréable en ville. Alors, vous imaginez un monde où on pourrait vraiment s’en passer ? Un monde où on pourrait requérir, sur demande, les services d’une navette autonome ? Ce serait un peu comme avoir un chauffeur privé, une sorte de “cocktail transports” de niveau supérieur. »

« L’idée est que ces véhicules soient offerts en complément du transport collectif traditionnel, renchérit pour sa part Benoît Balmana, d’IVEO, qui travaille avec déjà une quinzaine de municipalités du Québec. De ramener les gens sur le réseau, puis de laisser ce dernier faire son travail. »

Selon lui, ces véhicules intelligents pourraient d’ailleurs permettre enfin aux villes de contourner différents problèmes de mobilité auxquels elles se butent depuis de nombreuses années. On peut ainsi penser aux secteurs mal desservis en raison de la faible densité, à la fréquence en dehors des heures de pointe ou encore au fameux « dernier kilomètre ».

C’est justement ce qui sera testé, en partie, dans le cadre du projet-pilote de Candiac, sur la Rive-Sud de Montréal, et qui sera déployé à la fin du mois d’août, rappelle l’ingénieur de formation. « Ce projet sur route pourrait bien être un exemple de ce que l’avenir nous réserve. »

Frein réglementaire

Reste maintenant à s’assurer que le cadre réglementaire ne nuise pas à l’implantation de ces projets de transport nouveau genre.

Déjà, les modifications apportées au Code de la sécurité routière, ce printemps, dans le cadre de la plus récente refonte, permettent, depuis, le lancement de différents projets-pilotes de mobilité intelligente. En vertu de la loi, ces derniers doivent toutefois être approuvés à la pièce par le ministre des Transports lui-même.

« Les projets-pilotes nous donnent la possibilité d’effectuer des tests et d’apprendre de nos erreurs, concède Benoît Balmana. On sent une ouverture de la part des pouvoirs publics, mais il faut quand même qu’ils comprennent qu’on ne pourra pas toujours fonctionner par dérogations et par autorisations. Si on veut rester dans la course et devenir un incontournable dans ce secteur d’activités, il va falloir être prêts à adapter nos réglementations. Et on va sans doute devoir le faire plus vite qu’on pense. »

Attrait hivernal

Loin d’être un frein réel, notre climat rigoureux pourrait — surtout en milieu urbain — être un atout supplémentaire pour l’écosystème québécois. Uniques en leur genre, nos écarts saisonniers pourraient en effet permettre aux acteurs d’ici d’attirer de gros joueurs en quête de conditions particulières pour effectuer leurs tests. « Nous avons une occasion en or de nous démarquer de nos concurrents, avance Bruno Balmana, d’IVEO. L’hiver est souvent une carte que l’on joue pour attirer les acteurs du milieu. » Pour répondre à une telle demande, note toutefois Sarah Houde, de Propulsion Québec, le centre de tests automobile de Blainville devra être rapidement mis à niveau. Sur le terrain, de premiers tests sur route devraient être effectués dès cet hiver dans le cadre du projet-pilote de navette autonome à Candiac. À suivre !

8 commentaires
  • Marcel Vachon - Abonné 20 août 2018 08 h 12

    Bravo. Je suis tellement fier de voir le travail qui est fait au Québec en ce domaine. Merci.... merci.

    • Stéphane Thevenot - Abonné 20 août 2018 19 h 11

      On va faire comme le C Series avec Bombardier??? : NON MERCI.!!!

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 20 août 2018 09 h 44

    100% Québécois, pas pour longtemps !

    Si les libéraux restent au pouvoir ça sera vendu aux américains.
    La transformation des matières premières ne se fait pas au Québec parcequ'il pourra devenir économiquement autonome.
    Hydro-Québec vient de vendre son moteur-roue.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 20 août 2018 10 h 16

    C'est comme ça que je l'aime mon Québec!

    Ici dans la MRC du Granit ,notamment pour le village de Nantes et la munucipalité du Lac Mégantique,roulent
    les mini-bus de Trans-Autonomie que j'utilise hebdomadairement au coût de 7$ aller-retour.Ce service de
    transport collectif fait aussi appel à une collaboration complémentaire des 5 taxis "privés" du Lac qui déservent
    par ailleurs l'ensemble de notre MRC.

    Dans ma prise de décision de m'installer au Lac,en juin 2013,pour y vivre ma retraite,je me suis assuré de
    l'existence d'un transport collectif efficace et de taxis façilement et spontanément disponibles;l'utilisation de
    ceux-ci me coütant annuellement nettement moins que les 10,000$/année requis pour faire une auto;pour les
    voyages,je loue un voiture.
    Le hic avec les déplacements de Trans-Autonomie est qu'il faut réserver son déplacement 24h à l'avance:
    ce qui élimine les projets de déplacements journaliers,genre "bon? qu'est-ce qui me tente aujourd'hui?"

    Je participerai donc à votre louable élan entreprenant pour la création de ces navettes autonomes en
    distribuant des copies de cet article à la direction de Trans-Autonomie et au propriétaire de la flotte de taxis.

  • Jean Richard - Abonné 20 août 2018 10 h 54

    Le Québec se distingue ? Pas encore...

    « Mais pour arriver à se démarquer sur le vaste échiquier international, c’est vers le transport collectif que la province devrait se tourner. »

    Pourtant, en matière de transport collectif, le Québec est loin d'être un chef de file. Face à de nombreuses villes européennes où on semble avoir compris l'importance de la mobilité efficace, le Québec se retrouve bien loin derrière.

    On aime bien faire croire à la population que les projets de transport en commun coûtent trop cher et qu'il faille se contenter de quelques autobus minimaliste, roulant tant bien que mal sur des chaussées défoncées, avec une ponctualité souvent déficiente. Et pendant qu'on est si pingres face aux transports collectifs, on subventionne avec une rare générosité un mode de transport individuel cloné d'un vieux modèle de mobilité favorisant le destructif étalement urbain. On subventionne avec largesse un modèle de mobilité qui est et qui restera 100 % non québécois et 100 % individuel.

    Pouvons-nous parier qu'à l'aube d'une campagne électorale, aucun des trois vieux partis, dont un des trois prendra le pouvoir, n'osera remettre en question le vieux modèle de mobilité de l'automobile individuelle ? Pouvons-nous parier qu'aucun des trois vieux partis, même s'ils prétendent tous incarner le changement, n'osera remettre en question les généreuses subventions indirectes à une industrie automobile 100 % étrangère ?

    Pire, il y a une dizaine d'années, le plus gros constructeur américain de voitures individuelles a été sauvé de la faillite par des fonds publiques, venant en partie d'Ottawa. Aujourd'hui, un autre constructeur américain de voitures luxueuses est pratiquement en faillite. Québec continue de le subventionner (même si le PLQ en a réduit le montant fixé au départ par le PQ). Bref, il n'y a pas d'argent pour le transport collectif québécois, mais il y en a pour un constructeur étranger, aux politiques douteuses...

  • Yannick Cornet - Abonné 20 août 2018 11 h 08

    Excellent

    Effectivement, pendant que l'industrie automobile mondiale cherche à s'assurer de vendre son prochain milliard de véhicules, ce n'est pas ce que la planète ni les gens ont besoin: si l'électrification et l'automatisation sont presque inévitables, sans le partage des véhicules, notre futur en ville risque d'être plus immobile que mobile. Imaginez, déjà que les taux d'occupation des véhicules frolent le 1, càd une personne par voiture - ce qui est loin d'être efficace autant en terme d'énergie que d'espace - les voitures personelles autonomes pourraient voyager .. vides. Par exemple, la voiture m'amène au travail, puis retourne chercher (vide) ma fille à la maison pour la porter à l'école. Les études montrent que dans ce scénario, la situation du traffic s'aggraverait. Le scénario 'partage' au contraire résolverait bien des problèmes, incluant, comme mentionné dans l'article, la possibilité finalement de libérer de l'espace de route et de stationnemnet à d'autres fins plus utiles (des voies cyclables, des logements, ou simplement des arbres, vu que l'augmentation des températures ne pourra que continuer).

    Ceci dit, ce n'est pas Tesla avec ses voitures sports qui va relever le défi. Mais justement oui, pourquoi pas l'industrie du Québec, Bombardier et co., c'est une excellent idée et le test à Candiac est une excellent nouvelle. Et il est juste de dire que seule la technologie ne suffira pas: il faudra effectivement encourager cette transition afin de tester tous ses aspects: autant la technologie que les lois nécessaires à leur bonne implémentation dans divers environnements urbains ou péri-urbains, que les préférences des usagers et l'intégration avec le système de transport déjà en place.

    De quoi nous garder nous aussi, chercheurs en transports durables, bien occupés - et de promouvoir un Québec qui peut aussi influer sur le reste de monde avec des solutions clé-en-main. Avant-hier Skidoo/Seadoo, hier Bixi, demain, .. Navya. Pourquoi pas.