Des BIXI électriques dans les rues de Montréal dès le mois d’août

La Société de transport de la Ville de Laval a mis sur pied il y a quelques semaines son propre projet de vélos électriques. Il comprend quatre stations, dont celle-ci à la station de métro Cartier, pour un total de 40 bicyclettes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La Société de transport de la Ville de Laval a mis sur pied il y a quelques semaines son propre projet de vélos électriques. Il comprend quatre stations, dont celle-ci à la station de métro Cartier, pour un total de 40 bicyclettes.

Après avoir flirté avec l’idée pendant plusieurs mois, BIXI Montréal lancera d’ici le 15 août prochain son projet-pilote de vélos à assistance électrique, a appris Le Devoir. Le service de vélo-partage de la métropole se joint ainsi à cette petite « vélorution » qui gagne de plus en plus de villes à travers le monde.

S'ils étaient marginaux dans les rues du Québec il y a environ une décennie, les vélos à assistance électrique (VAE) ont considérablement gagné en popularité au cours des dernières années, faisant de nouveaux adeptes tous les ans. À un point tel que les sociétés de transport et les entreprises spécialisées en vélo-partage, portées par le mouvement, commencent, elles aussi, à s’y mettre. Ainsi, après la Société de transport de Laval (STL), qui inaugurait son système de 40 vélos électriques en libre-service il y a un peu moins de deux semaines, ce sera, d’ici moins d’un mois, au tour de BIXI Montréal de faire le saut et de mettre à la disposition de ses usagers des vélos munis d’une pile.

Déployé sur deux plans, le service montréalais offrira, dans un premier temps, une quarantaine de VAE dans ses stations standards. Offerts au même prix que les vélos traditionnels, ces nouveaux vélos seront accessibles aux quatre coins de la ville jusqu’aux limites de la saison cyclable. Ils seront munis d’une pile ayant une durée de vie d’environ 100 km. Celle-ci devra être changée manuellement en même temps que la mise au point de routine.

L’objectif du projet ? Tester la technologie, mais aussi, et surtout, vérifier si un tel service peut, à long terme, trouver sa place dans les habitudes cyclables des habitués de BIXI. « On répond à une demande, c’est certain, concède le directeur général de l’organisme, Christian Vermette. Mais, après, on veut savoir s’il s’agit réellement d’un besoin de nos usagers. Est-ce que çaattirera de nouvelles personnes ? Parcourront-ils de plus grandes distances ? C’est, entre autres, ce que nous souhaitons mesurer. »

35 millions
C’est le nombre de vélos à assistance électrique vendus à travers le monde en 2016. Source : CleanTechnica

Un second projet-pilote, déployé en circuit fermé dans l’arrondissement Saint-Laurent, permettra, de son côté, de tester une technologie différente, tout en tâtant le pouls dans un quartier où le service de vélo-partage n’est pas encore présent. Contrairement aux VAE en libre-service dans le reste de la ville, ceux de Saint-Laurent seront rechargeables directement à la station. « Ça va nous permettre de tester un nouveau type de borne branchée directement sur le réseau électrique », précise celui qui occupe son poste depuis avril 2014. À terme — et si les résultats sont concluants —, BIXI Montréal pourrait procéder à un appel d’offres dès l’an prochain.

Le cas lavallois

Le projet porté par la Société de transport de Laval est un peu différent. Lancé il y a quelques semaines, il est complètement indépendant du système BIXI — qui est pourtant présent à l’extérieur de l’île de Montréal, comme à Longueuil par exemple. « Nous avons décidé de ne pas attendre et de faire notre propre projet, précise le président du conseil d’administration de la STL, David De Cotis. Ça nous permet de mettre à l’essai la technologie d’une compagnie québécoise, la Beauceronne Bewegen », qui est déjà présente un peu partout dans le monde.

400 $
C’est le crédit d’impôt auquel ont droit les Lavallois qui se procurent un vélo à assistance électrique. Il s’agit d’une première fiscale au Québec, aucun crédit ou subvention n’étant encore offert pour les cyclistes au provincial.
Source : Ville de Laval

En tout, le projet comprend quatre stations (une par station de métro et une au terminus Le Carrefour), pour un total de 40 vélos électriques, et devrait s’étirer jusqu’à la fin du mois d’octobre. Encore une fois, l’idée est de mesurer l’intérêt du public pour ce mode de transport actif, mais aussi de tester un service de vélo-partage. « Pour nous, c’est une pierre, deux coups, note celui qui est également conseiller municipal. Ça nous permet de diversifier notre offre de service, tout en poursuivant nos efforts d’électrification des transports. »

Reste maintenant à savoir si ces vélos en libre-service trouveront preneur, au-delà de l’engouement des débuts. Rien n’est moins sûr, estime la présidente-directrice générale de Vélo Québec, Suzanne Lareau, qui souligne que l’organisation cycliste voit tout de même d’un très bon oeil le nombre grandissant de VAE sur les routes et pistes cyclables de la province. « On est convaincus que c’est excellent pour les particuliers, note celle qui occupe son poste depuis 2001. Mais est-ce que le vélo-partage est vraiment la meilleure façon de rentabiliser ces dispendieux deux-roues ? Je ne suis pas certaine. »

Photo: BIXI L’aspect des BIXI à assistance électrique n’est pas sans rappeler les vélos traditionnels du service montréalais.

La question se pose. D’autant plus qu’on sait que la plupart des adeptes du vélo en libre-service parcourent généralement de très courtes distances. « On parle normalement de trajets de moins de trois kilomètres, soutient Suzanne Lareau. Or, les coûts d’implantation sont beaucoup plus grands que ceux des services de vélo-partage traditionnels. La Ville de Paris vient de tenter l’expérience avec Vélib’, qui était pourtant un service très performant… Ils se sont cassé la gueule. Ça donne de quoi réfléchir, non ? »

Et compte tenu de l’électricité nécessaire pour recharger les piles, les stations pour VAE offrent un peu moins de flexibilité. « Un des attraits de BIXI, c’est qu’ils n’ont qu’à “déposer” leurs stations, rajoute la p.-d. g. En ce moment, ils peuvent le faire à peu près n’importe où ! » Interrogé à ce sujet, le directeur général du service montréalais a indiqué que le projet-pilote permettra justement de faire ce genre de vérification. Des tests pour développer des panneaux solaires plus performants seraient également en cours.

Nouvelle clientèle

Chose certaine, reconnaît Suzanne Lareau, les VAE encouragent l’usage du vélo. C’est pour cette raison, entre autres, que les VAE ont le potentiel d’accélérer le transfert modal de l’auto solo au vélo, souligne Braunyno Belo Ayotte, directeur responsable du développement des affaires et du marketing chez Technologies Bewegen, l’entreprise qui se cache, notamment, derrière l’essai lavallois. « De nombreuses études le démontrent, et nos données internes vont dans le même sens : on est capable d’aller chercher des gens qui n’auraient jamais envisagé de faire du vélo sur une base quotidienne. » On peut penser aux personnes âgées, par exemple. Ou encore à ceux qui ont de longues distances à faire ou qui ont un pont à franchir.

32 km/h
C’est la vitesse maximale à laquelle peuvent être programmés les vélos à assistance électrique au Québec. Source : Société de l’assurance automobile du Québec

C’est le cas, notamment, de François Gendron, 62 ans. Avant de mettre la main sur un de ces deux-roues, ce résident de la Rive-Nord parcourait les 13,3 kilomètres qui séparent son domicile de son lieu de travail en motocyclette ou en transport en commun. Pour combler son envie de bouger, il a décidé, il y a maintenant trois printemps, d’adapter son vélo en y ajoutant un moteur-roue électrique. Moins dispendieux que les modèles à pile intégrée, son nouvel engin lui permet tout de même d’enfiler sa trentaine de kilomètres quotidiens, sans pour autant arriver en sueur au bureau. « C’est vraiment génial, assure-t-il, un sourire dans la voix. Ça me prend autant de temps qu’en voiture, mais je n’ai jamais à rager contre le trafic ! »

B.a.-ba légal

Comme sa version traditionnelle, le vélo électrique n’a pas besoin d’être immatriculé. Le Code de la sécurité routière prévoit toutefois des règles particulières pour ceux qui souhaiteraient l’utiliser, dont l’obligation de porter un casque. Les cyclistes contrevenants risquent une amende pouvant aller de 60 $ à 100 $. Les cyclistes de moins de 18 ans doivent par ailleurs être détenteurs d’un permis autorisant la conduite d’un cyclomoteur (classe 6D). Les jeunes de moins de 14 ans, quant à eux, ne sont pas autorisés à utiliser ce genre de vélo. Enfin, ses adeptes peuvent circuler dans les pistes cyclables, tout comme sur la voie publique.