Les vélos: oui, mais pas dans mes rues

À Montréal, seulement 11% des répondants croient qu’il y a trop de pistes cyclables en site propre dans leur ville, alors que 49% d’entre eux jugent qu’il n’y en a pas assez.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À Montréal, seulement 11% des répondants croient qu’il y a trop de pistes cyclables en site propre dans leur ville, alors que 49% d’entre eux jugent qu’il n’y en a pas assez.

Les résidents des grandes villes canadiennes croient généralement que les pistes cyclables séparées de la circulation automobile sont une bonne chose… mais pas nécessairement dans leur municipalité, révèle un sondage mené par l’Institut Angus Reid et publié jeudi.

Les Montréalais sont nombreux à penser qu’il en faudrait davantage. Les avis sont cependant plus partagés à Edmonton, Calgary et Vancouver.

L’Institut Angus Reid a sondé plus de 5000 Canadiens en ligne — qu’ils soient automobilistes, cyclistes ou usagers du transport en commun — dans plusieurs grandes villes à travers le pays, soit Montréal, Halifax, Edmonton, Calgary, Winnipeg, Vancouver ainsi que Toronto et ses banlieues.

Une grande majorité de répondants (65 %) estiment que les pistes cyclables séparées de la chaussée sont une bonne chose. À cet égard, Montréal trône au sommet des villes sondées avec une proportion de 80 %, contre 60 % à Toronto, 53 % à Vancouver, 46 % à Calgary et 42 % à Edmonton.

80%
C'est la proportion de Montréalais qui estiment que les pistes cyclables séparées de la chaussée sont une bonne chose.

Le cas de Vancouver

En revanche, les avis diffèrent d’une ville à l’autre quant à l’opportunité d’aménager de nouvelles pistes cyclables. À Montréal, seulement 11 % des répondants croient qu’il y a trop de pistes cyclables en site propre dans leur ville, alors que 49 % d’entre eux jugent qu’il n’y en a pas assez.

À Edmonton, 36 % des résidents sondés estiment que ces pistes cyclables sont déjà trop nombreuses, un taux qui atteint 37 % à Calgary. À Vancouver, pourtant considérée comme l’une des plus favorables au vélo au Canada, 30 % des répondants jugent qu’il y a trop de pistes cyclables.

L’ouverture des Montréalais à l’égard des pistes cyclables n’étonne pas Suzanne Lareau, p.-d.g. de Vélo Québec : « L’amour des Montréalais pour le vélo est connu et les sondages qu’on fait depuis plus de vingt ans confirment qu’ils veulent davantage de pistes cyclables ». Mais elle comprend mal les résultats pour Vancouver, une ville qui a déployé des efforts importants pour développer son réseau cyclable.

Chris Bruntlett, cofondateur de l’agence provélo Modacity à Vancouver, croit que le fait d’inclure les données provenant des villes entourant Vancouver a pu influencer les résultats.

« Si vous parlez aux gens de Vancouver seulement, vous aurez des résultats différents. Les gens qui vivent à l’extérieur de la ville peuvent considérer les pistes cyclables comme des nuisances, car ils sont souvent en voiture », a-t-il expliqué au Devoir.

De façon générale, trop de cyclistes ne respectent pas le Code de la route, estiment les répondants dans une proportion de 69 % à l’échelle du pays. Mais trop d’automobilistes n’accordent pas assez d’attention aux cyclistes, ont dit 65 % des personnes sondées.

En cas de conflit entre automobilistes et cyclistes, qui est à blâmer ? Les cyclistes, dans une proportion de 67 %, estime-t-on à Montréal. Il n’y a qu’à Winnipeg que les automobilistes sont montrés du doigt (52 %) davantage que les cyclistes.

« C’est un sondage d’opinion. Les gens sont manifestement plus conducteurs que cyclistes dans ce sondage-là », fait valoir Suzanne Lareau. Elle rappelle qu’en 2014, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait analysé des rapports d’accidents et avait conclu que dans 57 % des cas, les automobilistes étaient fautifs.

« Il faut faire très attention à la réalité et à la perception. C’est un drôle de sondage. Il y a bien des éléments basés sur des perceptions. C’est étrange de dire qu’il y a trop de pistes cyclables. C’est là qu’on se rend compte que l’intérêt collectif ne passe pas par la satisfaction des individus », dit-elle.

À Vancouver, l’ancienne députée conservatrice Wai Young s’est récemment lancée dans la course à la mairie de la ville en promettant de retirer certaines des pistes cyclables existantes. Chris Bruntlett ne croit pas que cette position reflète l’opinion générale. Les autres candidats sont plutôt favorables au vélo, soutient-il. Les opposants aux pistes cyclables sont seulement plus bruyants.

Selon lui, l’aménagement de nouvelles infrastructures cyclistes est incontournable pour les villes : « Il y a d’ailleurs une compétition entre les villes au Canada pour attirer des entreprises de haute technologique qui souhaitent que leurs employés puissent se rendre au travail en vélo. On l’a vu avec Amazon […] à Vancouver. »

Se comparer

Invité à comparer Montréal et Vancouver comme villes de vélo, Chris Bruntlett estime que, au cours des dernières années, Montréal a fait du surplace.

« Je n’ai pas vu beaucoup de progrès à Montréal dans les dernières années. Je pense que Vancouver l’a dépassée en matière de quantité de cyclistes. Mais la mairesse [Plante] aura peut-être des choses à dire là-dessus. »

Rappelons que Valérie Plante s’est fait élire en promettant d’améliorer la mobilité à Montréal. En mai, l’administration a d’ailleurs fait savoir qu’elle mettrait davantage d’accent sur la qualité des aménagements cyclables plutôt que sur le nombre de kilomètres ajoutés.

Le sondage de l’Institut Angus Reid a été réalisé auprès de 5423 Canadiens entre les 6 et 15 mars derniers. La marge d’erreur est de 2 % dans 19 cas sur 20.

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 30 juin 2018 03 h 31

    Perception

    C'est bien le mot juste. On remarque plus un cycliste en défaut. Parlant de défaut, certaines lois de la circulation ne devraient pas s'appliquer aux cyclistes. Si les cycliste avaient la priorité en tout temps sur les véhicules à moteur, ceux-ci feraient plus attention. Comme en aviation, la priorité devrait aller du plus lent et léger au plus lourd.