Exploration des sentiments d’appartenance territoriale et d’attachement au patrimoine

Rabéa Kabbaj Collaboration spéciale
Plutôt que de voir le musée comme un bâtiment, l’Écomusée le conçoit comme un territoire en s’intéressant à ce qui se passe autour.
Photo: Écomusée du Fier monde Plutôt que de voir le musée comme un bâtiment, l’Écomusée le conçoit comme un territoire en s’intéressant à ce qui se passe autour.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Rendez-vous annuel d’un réseau visant à permettre aux collectivités du Québec et des francophonies acadienne et canadienne de se mobiliser dans l’expression de leur plein potentiel culturel, le 31e colloque Les Arts et la Ville s’annonce particulièrement riche en échanges inspirants. Et ce ne sont pas les conférenciers des panels « Territoire, quand tu nous tiens ! » et « Territoire : mémoire et patrimoine » qui démentiraient cette impression, eux qui exploreront respectivement les fascinantes questions du sentiment d’appartenance, et de l’attachement au paysage patrimonial.

Conférencier du panel « Territoire, quand tu nous tiens ! », le directeur de l’Écomusée du fier monde, René Binette, entend rappeler à ses collègues en quoi le territoire est au cœur même des préoccupations d’un écomusée. « Je vais montrer comment à partir de la vision du musée dans les années 1960, parfois perçu alors comme un lieu fermé et un peu inaccessible, le mouvement de la nouvelle muséologie a brassé la cage, dans les années 1970, en le réinventant », explique M. Binette.

Dans ce contexte, la vision de l’Écomusée a su se distinguer : plutôt que de voir le musée comme un bâtiment, l’Écomusée le conçoit comme un territoire en s’intéressant à ce qui se passe autour. « Cette idée de décentraliser ses activités et de ne plus s’intéresser uniquement à des objets de collection, mais plutôt à l’ensemble d’un patrimoine et d’une culture sur un territoire, c’est ce qui a guidé les gens qui ont réfléchi et développé le concept d’écomusée », fait valoir le directeur de l’Écomusée du fier monde.

Faire rimer culture et développement local

M. Binette sait de quoi il parle, lui dont l’établissement est profondément ancré dans son Centre-Sud depuis sa création en 1980. Dès le départ, cette institution montréalaise s’est ainsi attachée à faire reconnaître la valeur des bâtiments industriels et autres logements ouvriers caractéristiques du quartier, mais en porte-à-faux avec la définition traditionnellement admise du patrimoine, trop souvent limitée à « de beaux bâtiments esthétiques d’exception avec des signatures d’architectes ».

Comme son nom l’indique, la fierté du patrimoine local est assurément centrale dans la mission de l’Écomusée. Selon son directeur, le développement d’un sentiment d’appartenance revêt une extrême importance tant pour la culture locale que pour la cohésion sociale. « Actuellement, au niveau des organismes du quartier, il y a une très forte demande autour de cela, sur la question de connaître les origines du quartier et de s’assurer de l’intégration des nouveaux arrivants. Car la culture est un milieu de vie et tout un outil de développement sur lequel on peut s’appuyer pour renforcer la communauté », conclut M. Binette, dont l’organisme travaille étroitement, dans cette perspective, avec les différents regroupements et tables de concertation locaux.

Mobilisation citoyenne autour du patrimoine

Dans une approche différente mais tout aussi exaltante, le panel « Territoire : mémoire et patrimoine » sera l’occasion pour l’un de ses invités, Éric Lord, directeur général de Culture Mauricie, de présenter Opération paysages Mauricie, un projet qui a cherché à mobiliser les habitants de la région autour de l’identification de leurs paysages patrimoniaux coups de cœur.

À travers un concours diffusé dans les médias, cette initiative proposée par le ministère de la Culture et des Communications et portée par Culture Mauricie a donc invité, dans un premier temps, les citoyens à faire des propositions de paysages « ayant une valeur à leurs yeux et qu’ils aimeraient léguer à leurs enfants », relate M. Lord. Un comité d’experts a alors été mis en place pour sélectionner un paysage par territoire selon les choix des répondants. Des capsules vidéo mettant en scène des intervenants significatifs pour chaque paysage ont été tournées. Artistes, historiens ou encore des politiciens ont ainsi témoigné de l’importance de ces paysages pour la communauté. Le tout a été diffusé à travers les réseaux sociaux et un microsite (www.paysagesmauricie.ca), créé spécialement pour l’occasion.

Susciter la fierté, protéger les paysages

« Durant toutes les étapes du projet, on a senti que, lorsqu’on parle de paysage patrimonial, cela vient chercher les citoyens. Les gens témoignaient beaucoup de la fierté qu’ils ressentaient d’avoir dans leur communauté tel ou tel paysage remarquable. Une fois qu’on considère et positionne les paysages patrimoniaux comme des objets de fierté, les gens deviennent plus enclins à les protéger et à les sauvegarder pour les générations futures », estime M. Lord, qui cherchera donc, à travers cet exemple, à montrer comment l’enjeu du paysage patrimonial peut être abordé.

Nul doute que ce projet — qui s’est vu décerner, l’an dernier, une mention coup de cœur dans la catégorie « Projet remarquable » par l’organisme Action patrimoine — devrait faire des émules au colloque !