Favoriser la diversité culturelle à l’échelle d’une ville

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Diversité artistique Montréal favorise, entre autres, l’inclusion des artistes issus des différentes communautés dans les productions culturelles québécoises.
Photo: Diversité artistique Montréal Diversité artistique Montréal favorise, entre autres, l’inclusion des artistes issus des différentes communautés dans les productions culturelles québécoises.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 4 mai dernier, 25 artistes de la scène issus de diverses origines culturelles ont participé à une séance de lecture de textes et d’ateliers de jeu au théâtre du Nouveau Monde (TNM) en présence de plus d’une douzaine de metteurs en scène établis. Il s’agissait de la première édition de l’Atelier ouvert sur la diversité, organisé par le TNM, l’Union des artistes (UDA) et Diversité artistique Montréal (DAM). Le but ? Favoriser l’inclusion des artistes issus des différentes communautés culturelles et leur représentation dans les productions culturelles québécoises. Jérôme Pruneau, directeur général de DAM, reconnaît que la formule demeure probablement perfectible, mais croit qu’elle « a le mérite de créer un espace d’ouverture et de rencontre ».

Son organisation joue dans la métropole le rôle d’intermédiaire entre des réseaux qui ne se croisent pas autrement. « Il y a des réseaux prédéfinis, que les gens issus de la diversité ne connaissent pas nécessairement ou que, inversement, les gens de la société d’accueil ne connaissent pas, comme ceux que les nouveaux arrivants se créent parce qu’ils n’arrivent pas à entrer dans les autres », explique-t-il. Par exemple, un festival qui souhaite rejoindre des artistes de la communauté haïtienne pour en intégrer à sa programmation ne doit pas afficher son appel de candidatures aux endroits habituels. « Ce sont des réseaux de diffusion qu’il faut travailler, insiste-t-il. Les organisations de la société d’accueil doivent aussi transformer leur façon de faire pour aller les chercher. Ils ne vont pas venir tout seuls parce qu’on va dire que c’est ouvert à tout le monde. Il y a encore un travail de mise en relation à faire. »

M. Pruneau constate qu’un cercle vicieux s’enclenche lorsqu’une personne ne se reconnaît pas dans les manifestations culturelles du territoire qu’elle habite. Elle n’arriverait pas à développer un sentiment d’appartenance, et ne serait donc pas portée à participer, notamment en déposant son dossier pour prendre part à un festival. « C’est comme ça qu’on crée des ghettos », observe-t-il. Selon lui, le préambule de toutes solutions réside dans une reconnaissance du racisme systémique. « Pour moi, c’est fondamental. »

Depuis la publication en 2015 de son essai sur la diversité dans les arts et la culture, intitulé Il est temps de dire les choses, Jérôme Pruneau observe que des institutions, organismes subventionnaires et associations professionnelles du secteur bougent pour améliorer l’inclusion.

Les politiques à l’échelle d’une ville peuvent constituer, à son avis, des tremplins. « Une initiative y est beaucoup plus simple à mettre en place, avec une mécanique moins lourde. On va s’appuyer directement sur les organisations locales, qui connaissent très bien leur population et qui peuvent agir très rapidement, souligne-t-il. Ces initiatives locales très ciblées vont concerner un plus petit nombre d’individus, mais peuvent constituer des centres d’essais ou des projets pilotes formidables et ensuite être transférées aux autres arrondissements ou quartiers. »

L’ethnologue remarque par ailleurs que le rapport à la diversité culturelle est plus senti, et ressenti, dans les quartiers que lorsqu’il est vécu à travers un discours médiatique, faisant davantage appel à l’imaginaire et versant parfois dans les stéréotypes. « C’est un terrain de jeu complètement différent. » Il est, selon lui, plus facile de mettre en place des relations interculturelles à cette échelle du territoire, ce qui explique la pertinence d’organiser dans les quartiers des spectacles accompagnés d’une démarche de médiation culturelle.