Sept-Îles, entre chaleur et nordicité

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La fontaine du parc du Vieux-Quai, à Sept-Îles
Photo: Amélie Robillard La fontaine du parc du Vieux-Quai, à Sept-Îles

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Du 6 au 8 juin, la ville de Sept-Îles sera l’hôte de la 31e édition du colloque annuel du réseau Les Arts et la Ville. La municipalité promet une expérience chaleureuse aux congressistes qui prendront part à l’événement.

C’est sur le thème « Territoire, identité et appartenance » que se déroulera le colloque cette année. Choisi par l’équipe du réseau Les Arts et la Ville en collaboration avec le comité organisateur de l’événement, celui-ci sied particulièrement bien à Sept-Îles.

« C’est un thème tout à fait approprié pour nous, parce que notre territoire et notre identité sont vraiment distinctifs », assure Lorraine Dubuc-Johnson, coprésidente d’honneur de la 31e édition du colloque et ancienne conseillère municipale de Sept-Îles qui fut responsable des dossiers culturels pendant 14 ans.

Située juste au-dessus du 50e parallèle, sur le littoral du golfe du Saint-Laurent, Sept-Îles est une ville de la Côte-Nord reconnue pour ses grandes industries et ses vastes espaces. Immense, son territoire s’étend sur 2182 kilomètres carrés et longe une large baie, dont l’entrée est protégée par une enceinte naturelle formée des sept îles (Grande Basque, Petite Basque, Corossol, Petite Boule, Grosse Boule, Manowin et îlets De Quen). Ce sont elles, d’ailleurs, qui sont à l’origine de son nom.

Regroupant les anciennes municipalités de Clarke City, de Gallix et de Moisie, Sept-Îles compte aujourd’hui une population de plus de 26 000 habitants. À celle-ci s’ajoutent les membres de la communauté innue de Uashat Mak Mani-Utenam, soit environ 4000 personnes.

« Sept-Îles et la Côte-Nord se sont construites avec des gens originaires d’un peu partout dans le monde. On y trouve plusieurs petites communautés ; je pense aux Italiens et aux Portugais, par exemple. La présence des Innus est aussi importante. Cette cohabitation-là, c’est une réalité nord-côtière qui est porteuse d’une grande richesse », souligne Réjean Porlier, maire de Sept-Îles depuis 2013.

« La population de Sept-Îles est extrêmement accueillante, relève pour sa part Mme Dubuc-Johnson. Elle est faite de gens qui ont des racines différentes et ça constitue une de ses grandes forces. »

La culture, un attrait important

Dotée de paysages naturels magnifiques, mais éloignée des grands centres, Sept-Îles a toujours été confrontée à des défis d’attraction et de rétention des travailleurs. Au cours des quatre dernières années, ceux-ci se sont toutefois amplifiés. En raison de la chute vertigineuse du prix du fer, les entreprises liées à l’industrie minière ont licencié nombre d’employés. N’arrivant pas à retrouver du travail, plusieurs d’entre eux ont quitté la Côte-Nord.

« À Sept-Îles, ça fait des années qu’on parle de diversification économique. Pendant longtemps, on a eu en tête que la grande industrie allait combler tous les besoins. On a été confrontés au fait que ce n’était pas vrai », constate M. Porlier.

Bien que l’économie de la région ait repris de la vigueur au cours des derniers mois, le maire estime impératif de doter Sept-Îles d’outils d’attraction et de rétention plus concurrentiels. Et selon lui, cela doit notamment passer par le développement culturel.

« Je pense vraiment que la culture est un élément clé de l’équation », assure-t-il.

Dominique Denicourt, vice-président aux ressources humaines et aux affaires corporatives de l’aluminerie Alouette et coprésident d’honneur du 31e colloque du réseau Les Arts et la Ville, partage le point de vue de M. Porlier sur la question.

« Pour une ville comme la nôtre, qui est située sur la Côte-Nord, l’offre culturelle, c’est primordial. C’est un des éléments sur lesquels on peut s’appuyer pour attirer les travailleurs qu’on convoite. »

Des efforts pour soutenir la culture

Au cours des quinze dernières années, Sept-Îles a consenti de nombreux efforts pour favoriser son développement culturel.

En 2004, la Ville a confirmé l’importance de la culture dans l’affirmation de son identité en adoptant une politique culturelle. Puis, en 2005, elle a signé une première entente de développement culturel avec l’aluminerie Alouette et le ministère de la Culture et des Communications.

« On a été la première ville au Québec à signer une entente culturelle de trois ans avec une entreprise privée, signale Mme Dubuc-Johnson. Ça nous a donné des outils pour soutenir plusieurs initiatives locales. »

Depuis, l’entente a été reconduite à trois reprises. « On a mis sur pied un comité consultatif pour les arts, la culture et le patrimoine. Sa tâche, c’est de recommander au conseil municipal les différentes marches à suivre pour promouvoir le développement culturel de la ville. On a aussi produit un répertoire d’artistes locaux et fait un inventaire écrit des oeuvres d’art répertoriées à Sept-Îles. On a rédigé un livre qui s’intitule Sept-Îles, empreintes et contrastes, et on a mis sur pied en 2016 un symposium de sculpture », ajoute l’ancienne conseillère municipale.

Bien qu’il salue les initiatives de la ville, M. Denicourt considère que le milieu des affaires pourrait s’impliquer davantage auprès des artistes et des organisations culturelles de la région.

« Dans une petite communauté, c’est important que les artistes locaux sentent qu’ils ont l’appui de plus que de bons voeux, soutient-il. La contribution du milieu des arts est centrale pour le dynamisme et le rayonnement d’une communauté. À Sept-Îles, la culture est vivante, mais il faut qu’elle puisse continuer à se développer. En s’engageant envers les artistes de la région, le milieu des affaires peut véritablement contribuer à son essor. »

Un accueil chaleureux et inclusif

À quelques jours du début du colloque, le maire de Sept-Îles et les coprésidents d’honneur se disent tous emballés à l’idée d’accueillir les congressistes et de partager avec eux leur réalité culturelle.

L’auteur-compositeur-interprète Shauit, qui est originaire de la communauté innue de Uashat Mak Mani-Utenam et qui est également coprésident d’honneur de la 31e édition de l’événement, confie être très heureux que ce dernier se tienne sous le signe de l’ouverture.

« Je suis content qu’on parle d’appartenance, qu’on inclue les Innus et que la cohabitation soit mise en avant dans la programmation, indique-t-il. C’est un événement qui va favoriser les rapprochements et qui peut occasionner des rencontres entre les peuples ; je suis très heureux que ça se passe chez nous ! »

Abondant dans ce sens, le maire de Sept-Îles rappelle que sa population est reconnue pour son aménité et sa propension à la fête.

« J’espère qu’on accueillera beaucoup de gens de l’extérieur et que ces gens-là se sentiront bien chez nous, exprime-t-il. On sait recevoir et on va s’assurer que tout le monde ait du plaisir ! »