BIXI entame sa dixième saison

Selon les chiffres de l’OBNL chargé de la gestion de BIXI, 258 000 personnes ont utilisé les vélos en libre-service en 2017, contre 234 559 personnes en 2016.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon les chiffres de l’OBNL chargé de la gestion de BIXI, 258 000 personnes ont utilisé les vélos en libre-service en 2017, contre 234 559 personnes en 2016.

BIXI a lancé la nouvelle saison de ses vélos en libre-service cette semaine, soulignant par la même occasion son 10e anniversaire. Si les Montréalais sont chaque année plus nombreux à enfourcher un des traditionnels vélos gris, les dix dernières années n’ont pas toujours été roses pour BIXI, fortement marqué par sa faillite en 2014. Le Devoir s’est entretenu avec Christian Vermette, le directeur de BIXI-Montréal — l’OBNL désormais chargé de sa gestion — pour faire le point sur la reprise en main du service de vélopartage.

Quels sont les projets phares des dernières années qui ont permis à BIXI de remonter la pente depuis que vous avez repris la gestion du service en 2014, après la faillite de la société qui en était responsable jusqu’alors ?

On a mis en place une nouvelle structure organisationnelle et, depuis, la compagnie a beaucoup évolué en mettant l’accent sur le service et la volonté de regagner la confiance des Montréalais. On peut dire que ç’a été mission accomplie. Dès 2014, on a misé sur de nouvelles offres [de tarification] pour aller chercher une nouvelle clientèle. En 2015, l’introduction de l’aller simple, un service qui n’avait jamais été testé par les villes compatriotes en Amérique du Nord, a fait une grande différence pour BIXI. […] Ensuite, en 2016, on a lancé un projet pilote avec la STM pour permettre aux détenteurs de la carte OPUS de déverrouiller des vélos BIXI avec leur carte. Une première aussi en Amérique du Nord. À l’été 2017, on a proposé que les premiers dimanches du mois soient gratuits. C’est le deuxième élément qui a eu un effet important sur la hausse de l’achalandage des fins de semaine, on a vu une croissance vraiment significative avec cette offre. Honnêtement, je pense qu’on a eu un bon plan d’affaires, on l’a bien respecté et accompli. La rentabilité est au rendez-vous, on a de beaux excédents ces dernières années.

La Ville de Montréal a annoncé au début du mois que davantage de stations BIXI verraient le jour sur l’île dans les prochaines années. Quelle stratégie avez-vous pour définir les futurs emplacements ?

On planifie selon les bases de données des profils des utilisateurs. C’est facile pour nous d’étudier les emplacements qui ont été le plus utilisés. On suit aussi le principe d’avoir une station tous les 300 mètres, on va étendre le réseau comme ça. En ce moment avec la Ville, on regarde les arrondissements qui sont moins bien équipés en BIXI pour en ajouter prochainement.

L’entreprise PBSC, qui a racheté le volet international de BIXI en 2014, a lancé l’automne passé un projet pilote de vélo électrique dans plusieurs villes. Pourrait-on voir bientôt des BIXI électriques rouler dans Montréal ?

Le vélo électrique est un dossier que l’administration nous a demandé de regarder. On a rencontré plusieurs entreprises et évalué quelques-unes d’entre elles. On est en train de se faire une tête sur un potentiel projet pilote de vélo électrique dès cet été à Montréal. Encore là, il faut respecter les autorisations. On est à [l’étape] d’évaluer les scénarios possibles et les recommandations; il faut voir ensuite avec la Ville. Mais on regarde ça très sérieusement.

Les Montréalais font de plus en plus de vélo même en plein hiver. BIXI pourrait-il proposer son service de vélopartage pendant la saison froide, comme le fait déjà Toronto 

Le vélo d’hiver a suscité moins d’engouement que le vélo électrique, mais on regarde ça sérieusement. On a mandaté deux firmes pour évaluer le dossier. À Toronto, il y a beaucoup moins de neige et il fait moins froid qu’ici, c’est un facteur important à prendre en compte. Toronto a aussi des trottoirs beaucoup plus grands que Montréal, donc les stations peuvent être intégrées sur les trottoirs. Ce qu’on ne peut pas faire ici, car c’est trop étroit. Nos stations sont dans la rue directement et, arrivé l’hiver, on doit les retirer. Alors, où mettre les stations ? Est-ce qu’on doit aussi changer les pneus ? Beaucoup de questions se posent, c’est compliqué. Dans tous les cas, l’expérience serait difficile à mettre en place au prochain hiver, mais ça pourrait être l’hiver suivant peut-être. La décision définitive sera prise par la Ville.

De plus en plus de compagnies proposent des vélos en libre-service sans borne d’ancrage. Est-ce une technologie qui intéresse BIXI ?

On suit le dossier de près, même si on considère que notre système est robuste et structuré, [et respecte] des standards d’urbanisme et d’organisation de la Ville. C’est le contraire avec les systèmes sans point d’ancrage qui sont assez problématiques pour toute ville qui se respecte et veut de l’ordre. C’est chaotique comme système. C’est vite dangereux un vélo qui traîne au milieu de la rue ou d’un trottoir.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a donné le 4 avril le coup d’envoi de la 10e saison de BIXI en compagnie notamment de Christian Vermette, directeur de BIXI-Montréal (à gauche).

On regarde si on veut aller dans ce sens-là, mais ce sera pas mal plus encadré que ces entreprises-là. Ça prend une réglementation, on ne peut pas débarquer dans une ville comme ça avec 10 000 vélos.

Quels sont les projets à venir, les nouveautés sur lesquelles vous travaillez pour améliorer le service ?

On veut aller de l’avant avec le projet de vélo électrique et du vélo d’hiver, c’est innovant. On a encore quelques projets confidentiels, qui seront annoncés dans les prochaines semaines ou dans les prochains mois.

Le saviez-vous ?

BIXI est une contraction des mots bicyclette et taxi. Ce nom a été inventé par Michel Gourdeau lors d’un concours lancé auprès de tous les citoyens pour trouver une identité au vélo en libre-service qui allait voir le jour. En tout, 8896 propositions ont été reçues.

Le designer montréalais Michel Dallaire a dessiné l’ensemble des stations et des vélos BIXI, dont le cadre s’inspire d’un boomerang, qui va et vient.

Moins de 1 % des vélos BIXI sont volés ou perdus chaque année à Montréal.

En 2018, on compte 6250 vélos dans le réseau de BIXI sur l’île de Montréal, qui s’étend aussi jusqu’à Longueuil, pour 540 stations.

Un total de 4,8 millions de déplacements en BIXI — effectués par plus de 258 000 personnes — ont été enregistrés en 2017. Il s’agit d’une augmentation des déplacements de 18 % comparé à 2016, et de 51 % depuis 2014. Les utilisateurs uniques ont eux augmenté de 10 % par rapport à 2016, et de 144 % comparé à 2014.

C’est au coin du boulevard De Maisonneuve et de la rue De Bleury, dans le Quartier des spectacles, que se trouve la station BIXI la plus utilisée.

Un vélo BIXI a déjà passé tout un hiver dans le canal de Lachine. C’est l’endroit le plus insolite où l’organisme a dû récupérer l’une de ses bicyclettes.

Les utilisateurs rapportent davantage les vélos BIXI dans les stations se trouvant en bas des côtes.

Les vélos BIXI décorés sont trois à quatre fois plus empruntés que ceux avec la traditionnelle monture grise.

19 316 km ont été parcourus durant 1610 heures par l’utilisateur de BIXI le plus acharné. Cela représente une moyenne de 10,4 km par jour pendant 9 saisons de BIXI.

En 2011, un utilisateur du service de vélo en libre-service a passé la nuit au poste de police pour avoir roulé avec un BIXI noir comme ceux de Londres. À l’époque, BIXI venait d’inclure quelques vélos arborant les couleurs des villes internationales ayant adopté le concept. Mais l’agent de police n’était pas au courant et était persuadé que le client avait volé un BIXI à Londres.

Sauvé de la faillite

Aux prises avec une dette de plus de 50 millions de dollars, la Société de vélo en libre-service (SVLS), qui gérait BIXI depuis sa création en 2008, s’est placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité en janvier 2014. La Ville de Montréal, lors du mandat du maire Denis Coderre, a dû venir à la rescousse de BIXI pour continuer d’offrir le service à ses citoyens. Elle a ainsi créé un organisme à but non lucratif, BIXI-Montréal pour gérer le système dès 2014. Si BIXI-Montréal enregistre des excédents et compte toujours plus d’utilisateurs chaque année, la Ville continue toutefois de verser 2, 9 millions de dollars annuellement à l’organisme pour l’aider à rester sur pied. Le service aura coûté près de 60 millions de dollars à la Ville en dix ans, estimait l’Institut économique de Montréal en avril 2017.