Pour en finir avec le dédoublement des chantiers à Montréal

Les projets de réaménagement urbain risquent de se multiplier et de se complexifier dans les prochaines années. Et la nouvelle administration veut davantage songer aux questions d’aménagement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les projets de réaménagement urbain risquent de se multiplier et de se complexifier dans les prochaines années. Et la nouvelle administration veut davantage songer aux questions d’aménagement.

Afin de protéger ses futurs aménagements urbains et d’optimiser ses investissements, l’administration municipale montréalaise souhaite imposer à ses différents partenaires un moratoire de travaux d’au moins cinq ans dans les secteurs qui viennent tout juste d’être remis à neuf. Faute de quoi, ces derniers auront l’obligation de les remettre en état à leurs frais, en plus de devoir payer des pénalités pour compenser la dégradation prématurée de la chaussée.

La Ville de Montréal emboîte le pas à d’autres grandes villes canadiennes qui, dans une perspective de développement durable, travaillent depuis déjà quelques années à limiter la multiplication et, surtout, la répétition des zones de chantiers sur leur territoire. « L’objectif est de faire en sorte qu’on arrête de rouvrir plusieurs fois une même rue », explique le responsable des infrastructures au comité exécutif montréalais, Sylvain Ouellet.

Cette mesure coercitive est incluse dans la nouvelle mouture de la Politique concernant l’utilisation du domaine public par les réseaux techniques urbains, dont Le Devoir a obtenu copie. Adoptée par le comité exécutif en décembre dernier, elle devra maintenant être présentée au conseil municipal, qui pourra se prononcer sur la question d’ici la fin du mois.

Ces efforts pour mieux encadrer les chantiers s’ajoutent à ceux déjà mis en branle sous l’administration Coderre, notamment avec la création du Bureau d’intégration et de coordination en 2014.

Levier municipal

Concrètement, ce changement législatif devrait permettre à la Ville de Montréal d’avoir un plus grand contrôle sur les entreprises et services qui peuvent intervenir sur son territoire. On parle ici, par exemple, d’Hydro-Québec, des différentes compagnies de télécommunications et d’Énergir, anciennement connue sous le nom de Gaz Métro.

Prenons, par exemple, la future rue Sainte-Catherine au centre-ville de Montréal. En vertu de ce cadre, plus personne ne devrait pouvoir rouvrir la rue pour faire des travaux pendant une période d’au moins cinq ans une fois les dernières couches d’asphalte apposées. Dans le cas contraire, l’entreprise en cause sera dans l’obligation de remettre complètement en état la zone touchée.

Elle devra également s’acquitter de frais pour avoir prématurément dégradé la chaussée. Si une reconstruction est nécessaire, ceux-ci s’élèveront à 100 $ par mètre carré de travaux effectués pour le réseau local et à 120 $/m² pour le réseau artériel au cours des cinq premières années. Des frais moindres, allant de 80 $ à 10 $ par mètre carré, sont aussi prévus jusqu’à 40 ans après les derniers travaux.

100 $
Par mètre carré. C’est l’amende que devra payer une entreprise qui effectue à nouveau des travaux dans une rue pour le réseau local moins de cinq ans après la fin du chantier. Pour le réseau artériel, les frais s’élèvent à 120 $/m².

« Ça va mettre de la pression pour que tout le monde cible bien ses besoins avant le début des travaux », souligne Serge Boileau, le président-directeur général de la Commission des services électriques de Montréal, qui est, elle aussi, assujettie à la Politique en question. « Ce qui est plutôt surprenant, c’est que ça n’ait pas été fait avant. »

Réaménagements complexes

D’un point de vue strictement économique — et, plus encore, si les travaux concernent autant ce qui se trouve sous la chaussée que ce qu’il y a dessus —, personne ne gagne à défaire ce qui vient tout juste d’être refait, insiste celui qui occupe son poste depuis une quinzaine d’années. « On a tous intérêt à poursuivre sur cette lancée et à mieux travailler ensemble. »

D’autant plus que les projets de réaménagement urbain risquent de se multiplier et de se complexifier dans les prochaines années à Montréal. Et même si, par le passé, de nombreux travaux souterrains ont été menés sans nécessairement accorder une attention particulière aux problèmes d’aménagement, l’administration Plante aspire à renverser la vapeur.

« Un chantier devrait systématiquement s’accompagner d’une réflexion pour ne pas refaire la rue à l’identique, avance le conseiller de ville Sylvain Ouellet. Avant, les services devaient justifier leurs propositions de réaménagement. Dorénavant, on va plutôt leur demander de s’expliquer quand ils n’auront rien de mieux à nous offrir. »

Priorités souterraines

Le mauvais état des infrastructures souterraines à Montréal n’est un secret pour personne. Délaissées pendant des décennies, ces dernières accusent aujourd’hui un retard d’entretien majeur. Cet important déficit force la Ville à moduler ses interventions urbanistiques en fonction de l’état des réseaux qui se cachent sous la chaussée. Et les besoins sont tellement criants que c’est finalement souvent l’âge des canalisations ou des conduits électriques qui dicte l’ordre de priorité des futurs chantiers.

Difficile de planifier, dans ce contexte, des réaménagements dans des secteurs où les infrastructures ont été remises en état dans un passé rapproché, et ce, même si la rue en question est demeurée à l’époque pratiquement inchangée. C’est le cas, entre autres, de la rue Saint-Denis où les travaux ont pris fin il y a à peine un an et demi.

« Parfois, des modifications seraient encore nécessaires en surface, mais nos ressources — tant financières qu’humaines — sont limitées, note Sylvain Ouellet de Projet Montréal. On est obligé de faire des choix et, malheureusement, ça peut impliquer de mettre de côté certains projets intéressants. »

À défaut de pouvoir faire des interventions en profondeur, la Ville et ses arrondissements entendent tout de même miser sur des aménagements temporaires ou transitoires.