Infractions à vélo: Montréal et Vélo Québec furieux contre Québec

Un feu rouge brûlé ou l’absence d’un réflecteur vaudra au cycliste une amende de 80 $.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un feu rouge brûlé ou l’absence d’un réflecteur vaudra au cycliste une amende de 80 $.

La Ville de Montréal et Vélo Québec estiment que les récents amendements au projet de loi sur le Code de la sécurité routière n’ont pas corrigé les incohérences en ce qui a trait aux amendes imposées aux cyclistes. Québec maintient les hausses de plus de 430 % des amendes imposées pour des infractions commises à vélo, et l’administration Plante ne cache pas sa déception.

« On est déçus et on est assez mécontents. On enjoint au ministre de réviser ça », a indiqué jeudi Marianne Giguère, conseillère associée aux transports actifs au comité exécutif. « Il est encore temps de coller un peu plus à la réalité montréalaise et de relire les mémoires de tous les groupes montréalais, qui sont tous clairs à cet égard-là. »

L’attachée de presse de Valérie Plante a d’ailleurs confirmé au Devoir que le cabinet de la mairesse avait communiqué avec celui du ministre de Transports, André Fortin, pour signifier le mécontentement de l’administration montréalaise.

Amendes salées

Le projet de loi 165 prévoit notamment que les amendes aux cyclistes, qui variaient entre 15 et 30 $ auparavant, seraient désormais de 80 $ pour une première offense jusqu’à 100 $ pour une récidive, peu importe l’infraction.

Dans leurs mémoires déposés en février dernier, la Ville de Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et Vélo Québec avaient demandé une gradation des amendes en fonction de la gravité de l’infraction. Ces amendes devaient être dissuasives, mais non abusives, avait-on fait valoir.

Or, les amendements qui viennent d’être déposés ne modifient pas les montants des amendes, a constaté Vélo Québec. « Ça veut dire ceci : qu’il te manque un réflecteur sur ton vélo ou que tu brûles un feu rouge, c’est le même prix », explique Suzanne Lareau, p.-d.g. de Vélo Québec. « On avait recommandé qu’ils haussent les amendes à 50 $. Avec les frais qui s’ajoutent, ça fait autour de 65 $. On trouvait que c’était dissuasif. »

Suzanne Lareau ne décolère pas. « On trouve que ça n’a pas de sens. On veut encourager la mobilité durable, mais on va avoir dans le Code de la sécurité routière des mesures qui vont de toute évidence décourager l’usage du vélo », résume-t-elle.

Autre absurdité, selon Mme Lareau : un cycliste auquel il manque un réflecteur pourrait recevoir une contravention de 80 $ alors qu’un automobiliste roulant avec un phare brûlé recevra une amende de 60 $. « Je comprends qu’on n’ait pas obtenu tout ce qu’on souhaitait, mais ça, ça m’apparaît carrément abusif », dit-elle.

Au cabinet du ministre André Fortin, on rappelle que le projet de loi a été passé au crible par les parlementaires et on maintient le cap quant aux amendes de 80 à 100 $. « Le débat a été fait sur chacun des articles du nouveau Code proposé en étude détaillée par les parlementaires. Nous proposerons donc cette version du Code pour adoption prochainement », a souligné Marie-Pier Richard, attachée de presse du ministre Fortin.

Principe de prudence

Marianne Giguère déplore aussi que le gouvernement n’ait pas retenu la recommandation de la Ville permettant aux cyclistes de considérer un panneau d’arrêt comme un cédez-le-passage. De même, la Ville réclamait que les cyclistes puissent tourner à droite au feu rouge. « Tout le monde était d’accord, y compris le SPVM, pour dire que ce sont des comportements acceptables qui favorisent les transports actifs sans mettre davantage en danger les autres usagers de la route », soutient Mme Giguère.

Rappelons qu’en décembre dernier, Québec a présenté son projet de réforme du Code de la sécurité routière qui introduit un principe de prudence à l’égard des plus vulnérables sur la route. Si les amendes aux cyclistes étaient multipliées par cinq, Québec avait consenti à éliminer les points d’inaptitude aux utilisateurs du vélo.

Le nouveau Code sera également plus sévère à l’endroit des automobilistes qui utilisent leur cellulaire au volant et de ceux qui ont consommé de l’alcool.

15 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 30 mars 2018 07 h 18

    Ça me rappelle..

    J'avais discuté avec un représentant d'Outremont au sujet de deux interdirctions dans les parcs. Y rouler en voiture était puni d'une amende de 50$, alors qu'y rouler en bicycliette coutait 100$....

    • Denis-Émile Giasson - Abonné 30 mars 2018 11 h 51

      Avez-vous déjà vu une voiture privée y circuler? Maintenant, sauf au cœur de l'hiver, les cyclistes n'y sont-ils pas omni- présents?

  • Claude Desjardins - Abonné 30 mars 2018 08 h 31

    Conclusion

    Les parlementaires ne se rendent pas au travail à vélo.

  • Jean Richard - Abonné 30 mars 2018 09 h 30

    Ce que veut Québec

    On ne doit pas se le cacher, ce que veulent Québec et son ministère des transports, c'est de rendre les infractions faciles à distribuer plus lucratives. Tant pis pour ceux et celles qui croient encore à la vertu chez les fonctionnaires, mais contrairement aux beaux discours, la sécurité des cyclistes n'est pas au cœur des préoccupations du ministère. Si c'était le cas, on ferait les choses tout autrement et on écouterait les gens qui ont l'expérience du milieu.
    Il y a toutefois un point sur lequel on peut être en désaccord avec la Ville de Montréal, c'est le virage à droite sur les feux rouges. Ça doit rester interdit, tant pour les véhicules moteurs que pour les vélos, et la raison en est évidente : la sécurité et le confort des piétons, et plus, la sécurité et le confort des autres cyclistes. Quiconque a emprunté les pistes cyclables le long des rues sait de quoi on parle.

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 30 mars 2018 10 h 01

    Les infractions

    Un débat sur les amendes, c'est bien.

    Mais le problème sérieux à régler sont les infrancirons visées.

    Notamment, beaucoup de cyclistes ne respectent pas du tout certaines règles de base de la circulation: non respect des feux de circulation, circulation sur les trottoirs pour les piétons.

    • Luc Le Blanc - Abonné 30 mars 2018 11 h 54

      Si on se préoccupe réellement de sécurité, le problème sérieux, ce sont les infractions automobiles à l'endroit des cyclistes et piétons. Car les automobilistes renversés, a fortiori tués, par des cyclistes et piétons, ne sont pas légion, alors que le contraire va croissant, sans que les enquêtes ne démontrent que ces accidents surviennent par la faute du plus vulnérable. Alors punissons davantage et de façon effective le frôlage des cyclistes, l'excès de vitesse généralisé (50 km/h dans les zones de 30, 70 dans les zones de 50), l'avance au feu vert alors que la voie est bloquée devant (une nuisance et source d'embouteillage), les virages interdits sur feu flèche, la circulation ou le stationnement dans les voies cyclables (si pratiques pour dépasser ou attendre), l'emportiérage et la conduite négligente pour cause de cellulaire ou autre distraction.

      Évidemment, s'il s'agissait plutôt de montrer aux Caquistes que les Libéraux peuvent aussi haïr les cyclistes, électoralement rentable hors la ville, c'est réussi. Mais si on voulait plutôt renflouer les coffres par des amendes accrues, alors il faudrait, en toute cohérence, tenir compte de la dangerosité relative des divers usagers de la route, mais là, griller un feu rouge pour une voiture devrait coûter 10,000$.... pas bon électoralement!

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 30 mars 2018 10 h 32

    Pistes cyclables

    La politique des pistes cyclables pour les cyclistes au Québec n'est pas du tout sérieuse.

    Les contribuables paient des voies de circulation pour les utilisateurs de véhicules à moteur.

    Je pense que le cyclistes, qui sont aussi des contribuables, ont droit à des pistes cyclables efficaces.

    • Christiane Gervais - Abonnée 30 mars 2018 10 h 52

      Il n'est pas question ici de pistes cyclables au Québec mais des cyclistes qui utilisent le vélo comme moyen de transport - dans une grande ville populeuse, où doivent composer utilisateurs de transports en commun, automobiles, cyclistes et piétons - et qui doivent se soumettre aux mêmes règles que les autres utilisateurs de moyens de transport.