Des milliards en transport «durable»

La plus grande part du gâteau, soit près de 700 millions, est prévue spécifiquement pour le transport en milieu «urbain».
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La plus grande part du gâteau, soit près de 700 millions, est prévue spécifiquement pour le transport en milieu «urbain».

La politique de « mobilité durable » attendue d’ici quelques jours est sans surprise le pivot central des investissements en transports annoncés dans le budget présenté mardi par le gouvernement Couillard. D’ici cinq ans, plus de 3,5 milliards de dollars doivent y être consacrés.

Québec a ainsi clairement mis la table en vue d’une politique qui, promet-on dans les documents budgétaires, sera dévoilée « prochainement ».

Le plan économique pour l’année à venir prévoit donc un ajout de 1,8 milliard dans diverses mesures en transports, une enveloppe qui vient s’ajouter à celle de 1,7 milliard annoncée l’an dernier.

Ces fonds totalisant 3,5 milliards seront injectés, à hauteur de 845 millions, pour « accroître et améliorer l’offre de services de transport collectif et de transport adapté dans toutes les régions du Québec ».

La plus grande part du gâteau, soit près de 700 millions, est prévue spécifiquement pour le transport en milieu « urbain », tandis que 39 millions iront pour « améliorer le transport collectif régional », un secteur qui a essuyé des reculs importants au cours des dernières années.

À cela s’ajoutent près de 430 millions pour le développement d’un transport terrestre que les libéraux souhaitent « plus propre et performant ». Mais la plus grande part du financement ira tout de même à l’entretien des réseaux routiers locaux, et donc au financement de l’« entretien » et de la « réfection » des infrastructures consacrées principalement à l’auto solo.

On prévoit toutefois 94 millions d’ici 2020 pour des mesures qui doivent favoriser l’acquisition de véhicules électriques.

À l’heure actuelle, le Québec compte un peu plus de 20 000 voitures électriques, alors que l’objectif du gouvernement est d’atteindre une cible de 100 000 d’ici deux ans. Un objectif hors d’atteinte, selon ce qui se dégage des prévisions du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques.

Les documents budgétaires déposés mardi rappelant néanmoins que les mesures en « mobilité durable » permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en plus de « réduire le temps de déplacement des citoyens » et de « favoriser l’électrification des transports ».

Ligne bleue

Il faut dire que trois projets majeurs sont à venir, dont le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, pour un montant préliminaire estimé à 3,9 milliards. À cela s’ajoutent le Réseau express métropolitain (REM) et le projet « structurant » de Québec, pour un total évalué à 13,5 milliards.

Le gouvernement du Québec n’assumera évidemment pas seul la facture, mais sa part finale n’est toujours pas connue, a précisé mardi le ministère des Finances.

Le budget du ministre des Finances, Carlos Leitão, prévoit cependant des investissements de 215 millions de dollars dès cette année pour les plans et devis du projet de transport incluant un tramway à Québec.

Le gouvernement Couillard n’a par ailleurs pas voulu s’engager sur une éventuelle annonce pour le lancement des travaux de construction de cinq stations supplémentaires sur la ligne bleue. Mais au cours de la dernière année, des investissements de 364,9 millions ont été autorisés afin de lancer les « premières activités » qui mèneront au prolongement. Un chantier « complexe », a admis le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand.

Tous ces investissements ont été salués par le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, qui y voit un « véritable changement de cap » dans la façon de développer les transports au Québec. Selon lui, il est d’ailleurs impératif d’agir dans ce secteur, responsable de 42 % du bilan des émissions de gaz à effet de serre de la province.

La somme prévue pour la ligne bleue ravit la mairesse Valérie Plante, même si aucun échéancier n’est précisé. En revanche, la ligne rose n’apparaît pas dans le budget.

« Ça ne m’inquiète pas du tout parce qu’il y a des étapes à franchir », a indiqué Mme Plante en précisant que Montréal créerait bientôt un bureau de projet pour documenter le projet. La mairesse déplore toutefois que Québec ait privilégié le prolongement de l’autoroute 19 plutôt que l’aménagement d’un boulevard urbain.

Retards climatiques

Le gouvernement Couillard reconnaît aujourd’hui que, malgré des investissements prévus de quatre milliards de dollars dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, l’atteinte des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre passe inévitablement par la bonification de certaines mesures, mais aussi l’abandon d’autres éléments. Les documents budgétaires ne précisent toutefois pas lesquels. Selon les données inscrites dans le Budget 2018-2019, il manque toujours des réductions de 9,1 millions de tonnes pour respecter les engagements du gouvernement. Ces réductions passent notamment par des « changements de comportement des ménages et des entreprises », mais aussi par des changements technologiques.