Le territoire au coeur des campagnes

La nécessaire adaptation de nos collectivités aux changements climatiques passe par plus de vert dans nos villes, souligne l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La nécessaire adaptation de nos collectivités aux changements climatiques passe par plus de vert dans nos villes, souligne l'auteur. 

Alors que la campagne électorale est bien amorcée dans toutes les municipalités du Québec, nous avons invité quelques observateurs de la politique municipale à nous proposer des réflexions autour de la participation citoyenne et de quelques grands enjeux. Début aujourd’hui de cette série qui sera publiée le samedi.

La politique municipale vit ces temps-ci un renouveau, grâce notamment à l’intérêt grandissant des citoyens pour ce qui touche à l’aménagement des milieux de vie. Qu’il s’agisse des ruelles vertes montréalaises, de la protection des boisés dans les couronnes de banlieue, de la préservation de paysages emblématiques en région, de la mobilisation pour le transport collectif à Québec, les citoyens sont sur tous les fronts.

Pour les futurs élus, cela implique que la question transversale de l’aménagement et de l’urbanisme ne pourra pas demeurer circonscrite à la sphère de la gestion réglementaire. Les citoyens veulent entendre parler d’intentions et de vision.

Cette préoccupation croissante pour ce qui marque le territoire est une excellente nouvelle pour le Québec et pour les Québécois. Notre milieu de vie nous façonne autant que nous le façonnons : si nous voulons des enfants actifs, des aînés impliqués, des communautés généreuses, nous avons le pouvoir de les construire, une place publique à la fois. C’est aussi par l’aménagement du territoire que nous gagnerons ou que nous perdrons la bataille des changements climatiques et que nous agirons concrètement pour la protection de la biodiversité planétaire. Il y a urgence d’agir.

Pour répondre à cette urgence collective et aux attentes citoyennes, chacun des candidats à l’élection municipale devrait être obsédé par au moins cinq enjeux incontournables.

De grands enjeux

Aux abords de nos milieux de vie, les terres agricoles et les milieux naturels sont trop souvent sous pression. Nos futurs élus ont-ils l’intention de les valoriser, ou au contraire de planifier leur destruction au profit de l’étalement urbain ? Les ceintures vertes, qui nous rendent des services écologiques si importants, seront-elles protégées ?

Présents au coeur de nombre de nos villes et villages, des terrains sous-utilisés méritent l’attention des candidats. Station-service désaffectée, vaste terrain contaminé, usine ou entrepôt fermés : s’attaquer à ces verrues urbaines est une occasion fantastique d’embellir nos milieux et d’augmenter les recettes fiscales sans avoir à empiéter sur les milieux naturels.

Si le bilan routier s’améliore pour les automobilistes, ce n’est pas le cas pour les cyclistes et encore moins pour les piétons, qui payent un lourd tribut pour le manque d’aménagements sécuritaires. Pour que nos jeunes, mais aussi nos aînés, puissent se déplacer sans risquer leur vie, il est plus que temps de revoir nos priorités, entre vitesse et sécurité, et d’apaiser la circulation. Nous y gagnerons tous en qualité de vie.

La nécessaire adaptation de nos collectivités aux changements climatiques passe par plus de vert dans nos villes. Réduire la place occupée par le stationnement est une nécessité pour limiter les surfaces imperméabilisées et récupérer de l’espace à végétaliser, ce qui nous aidera à faire face aux vagues de chaleur et limitera, par exemple, le coût de la gestion des eaux de pluie.

Entre les bouleversements qui secouent le commerce de détail et l’appétit des consommateurs pour une offre locale et authentique, la gestion de l’offre commerciale constitue le prochain défi de nos villes. Les élus qui oseront remettre en question le modèle des grandes surfaces jetables le long des grandes routes et autoroutes, pour ramener les commerces au coeur des milieux de vie, prendront une longueur d’avance.

Ces cinq enjeux s’appliquent à la plupart des collectivités. Dans certaines, des questions plus spécifiques devront aussi être abordées par les candidats.

Y a-t-il des bâtiments, des paysages qui constituent un patrimoine à préserver, qu’ils soient classés ou non ? On a vu trop d’exemples de bâtiments d’intérêt qui ont fini, malgré leur valeur patrimoniale, par tomber sous le pic des démolisseurs par manque de soin de la part de leurs propriétaires.

L’augmentation du coût des logements appelle à des stratégies spécifiques. À titre d’exemple, le projet de loi 122, récemment adopté, permet aux municipalités d’exiger l’inclusion de logement social, familial ou abordable dans tout projet de développement immobilier. Disposer d’une banque de terrains publique est un autre excellent moyen de pouvoir accueillir ou retenir tant les familles, les jeunes, que les aînés.

Enfin, les candidats dans les villes moyennes et les communautés métropolitaines ne peuvent faire l’économie d’une réflexion sur l’offre de transport collectif. Il est temps, au Québec, de faire un saut qualitatif et de sortir les principales lignes de la congestion en misant sur du transport collectif en site propre qui aura l’avantage de structurer le territoire.

Une vision

Ce début de campagne confirme, à travers les engagements et le positionnement des candidats et des partis, que les questions liées au territoire prennent de plus en plus de place.

La gravité de certains enjeux et l’impact des choix d’aménagement sur les finances publiques exigent aussi des décideurs locaux d’accepter des cibles à la hauteur du défi. La protection des milieux humides et des terres agricoles, la lutte contre les changements climatiques, la prévention en santé dépassent les questions locales et constituent des objectifs nationaux pour lesquels il est légitime que l’État fixe des balises, afin que les règles du jeu soient les mêmes pour tous.

Une fois l’élection passée, les nouveaux élus n’auront pas le choix d’accélérer le rythme. Être maire, être conseiller ne peut dorénavant plus se limiter, en matière de gestion du territoire, à attendre les propositions de promoteurs pour y adapter la réglementation urbanistique. Nos élus vont devoir proposer et maintenir une vision qui répare les erreurs du passé et nous mène vers des villes prospères, agréables à vivre et résilientes. L’urgence de la situation et les préoccupations citoyennes le réclament.
 

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 30 septembre 2017 12 h 35

    Changements climatiques ? Et si on faisait une pause ?

    « La nécessaire adaptation de nos collectivités aux changements climatiques passe par plus de vert dans nos villes »

    D'accord, les changements climatiques font partie d'un scénario hautement probable dans un avenir plus ou moins lointain, et faute de ne pouvoir les éviter, il faudra s'y adapter.

    Mais face à ce dossier où le politique et le médiatique ont relégué la science en arrière plan, ne pourrions-nous pas faire une pause et réfléchir non pas au futur, mais au présent ?

    Et la grande question : serons-nous capables de s'adapter aux changements climatiques si nous ne sommes même pas capable de s'adapter au climat ACTUEL ? La réponse est troublante : probablement pas.

    La réalité climatique actuelle, ce sont, en été, des canicules, du temps violent (tornades, orages, ouragans), des périodes de sècheresse ou au contraire des pluies diluviennes, et en hiver, il y a des froids cinglants, des bordées de neige, du verglas, des redoux, des dégels temporaires... Et, visiblement, nous avons beaucoup de difficulté à s'adapter à ces éléments déjà présents. Au lendemain d'un évènement climatique peu fréquent, notre vulnérabilité est proportionnelle à notre inconscience et surtout à notre ignorance. Car dans nos sociétés modernes, la science n'a pas encore pris la place qui lui revient et sa trop discrète présence laisse un trop grande place à la croyance et au fatalisme.

    Notre façon d'aménager le territoire (architecture, réseaux de communication, urbanisme...) se fait beaucoup trop souvent dans l'ignorance d'un des éléments très important de l'environnement : le climat actuel. Parmi les conséquences, il y a les plus visibles : des édifices énergivores, des trottoirs périlleux en hiver, des couloirs de vents intenses en pleine ville, des espaces suffocants en été, des maisons inondées au printemps, des égoûts pluviaux qui débordent à la moindre averse...

    L'adaptation au futur ? Et si on commençait par le présent, avec un minimum d'éducation scientifique ?