Montréal veut attirer les promoteurs immobiliers dans l’est du Village

Richard Bergeron estime que l’angle Papineau et Sainte-Catherine gagnerait à être revitalisé.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Richard Bergeron estime que l’angle Papineau et Sainte-Catherine gagnerait à être revitalisé.

Le secteur de la rue Sainte-Catherine Est près de l’avenue Papineau, dans le Village gai, « ne paie pas de mine », selon le conseiller municipal Richard Bergeron. Pour y attirer des promoteurs, la Ville de Montréal entend doubler la hauteur maximale permise des immeubles.

La zone ciblée est comprise entre le boulevard De Maisonneuve Est, l’avenue Papineau et les rues Alexandre-de-Sève, Gareau et Sainte-Catherine Est. Actuellement, un plafond de 16 mètres restreint la hauteur des constructions, mais la Ville compte hausser cette limite à 35 mètres.

Cette modification au plan d’urbanisme, qui doit être adoptée au conseil municipal, permettra d’attirer des promoteurs immobiliers, selon le responsable de la stratégie centre-ville au comité exécutif, Richard Bergeron. « C’est assez triste, ce coin-là », dit-il au sujet du secteur.

À son avis, il y a un potentiel de développement, « pour peu que la réglementation soit incitative ». L’urbaniste de formation soutient qu’un tel changement à la réglementation de l’ouest du centre-ville a permis d’y attirer des investisseurs. « Ça a très bien fonctionné, on a assisté à la vague de développement que nous connaissons encore aujourd’hui. »

Projet Bourbon

À l’origine de cette proposition pour le Village se trouve le projet Bourbon, qualifié de « bougie d’allumage » par M. Bergeron pour la relance du secteur. Ce bâtiment de neuf étages doit remplacer le complexe Bourbon, situé rue Sainte-Catherine entre les rues Champlain et Alexandre-de-Sève.
 

 

Le bâtiment emblématique du Village, qui tombe en ruine, sera démoli pour faire place à un édifice qui comprendra 95 logements ainsi que des commerces au rez-de-chaussée. Le conseiller de Ville-Marie félicite le promoteur du projet Bourbon, qui a l’intention d’adhérer à la politique d’inclusion de logements sociaux de Montréal et de louer son premier étage à des organismes.

Le projet a été approuvé par l’Office de consultation publique de Montréal en juin dernier sous certaines conditions. L’une d’entre elles était de ne pas hausser la hauteur maximale des autres immeubles du secteur.

« On convient que ça doit s’appliquer à ce secteur de manière à créer une nouvelle rue Sainte-Catherine plus cohérente », s’est défendu Richard Bergeron.

« L’âme du Village, ce sont des édifices bas », affirme pour sa part la chef de Projet Montréal, Valérie Plante. Selon la conseillère dans Ville-Marie, il est faux de prétendre qu’un changement au plan d’urbanisme attirera des promoteurs. « Sur le Plateau Mont-Royal, il y a des restrictions très claires sur le nombre d’étages et ça n’empêche pas les promoteurs de s’y installer », dit-elle.

« Je suis pour le développement du quartier, il y a une belle occasion de créer de l’offre de logement, poursuit la candidate à la mairie de Montréal. Le problème est que, présentement, on change un plan d’urbanisme sans avoir une réflexion globale sur le développement du secteur. »

La demande de l’administration Coderre s’inscrit dans un contexte de transformation du Centre-Sud, un quartier qui changera de visage au cours des prochaines années, notamment avec le déménagement de Molson et le réaménagement du site de Radio-Canada. « Il y a un morceau de ville à créer », a résumé Richard Bergeron.

Dans ce contexte, l’urbaniste Jean-Claude Marsan voit d’un bon oeil la proposition de doubler la hauteur permise des bâtiments dans le secteur est du Village. « La ville évolue, la densité de population augmente, surtout que le secteur est tout près de la station de métro Papineau. »

Or la Ville devra faire concevoir un plan de développement du secteur, met en garde l’urbaniste. « La hauteur des bâtiments n’est qu’un élément de l’ensemble », dit-il.

Surtout, il faudra éviter de répéter l’« erreur monumentale » qu’a été le développement de Griffintown, dans le Sud-Ouest, prévient M. Marsan. « Ça prend des écoles, des bibliothèques, et non pas que des condos pour des personnes seules… Il faut réfléchir. »

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 10 août 2017 10 h 55

    Densifier, peut-ètre mais...

    A priori, une densification passant par des édifices plus hauts n'est pas automatiquement mauvaise, mais elle le devient si on n'a pas tenu compte des problèmes causés par la densification et ceux créés par les édifices en hauteur.

    Lorsque les gens protestent contre la densification de leur quartier, le premier grief qu'ils vont brandir touche la circulation (incluant le stationnement) automobile. On devrait d'ailleurs parler d'encombrement automobile excessif. Il faut bien comprendre alors que dans la majorité des quartiers où l'offre de transport en commun est bien en dessous de l'offre (la norme sur le territoire montréalais), le densification devient indésirable.

    Or, récemment, M. Coderre et son acolyte, M. Bergeron, ont prêté le serment d'allégence envers la Reine, la Reine automobile, en sacrifiant la vie d'un quartier pendant un bon mois (il n'y en a que douze dans une année) au profit d'une course de chars. Selon M. le maire, la course de char servait à faire la promotion de l'avenir de Montréal, la voiture individuelle. Comme par hasard, l'îlot visé ci-haut se trouve à proximité de la piste de course.

    Pendant un mois, avec la bénédiction de M. Coderre et de M. Bergeron, le service de transport en commun ainsi que celui des vélos en libre service ont été perturbés pour la tenue de la course de chars. Croyez-vous que bien des gens auront le goût de s'établir près d'une piste de course ?

    L'autre aspect de la densification et plus spécifiquement celle en hauteur, il est environnemental. Malgré les changements climatiques, nous avons encore des hivers. Or, le mélange improvisé d'immeubles de différente hauteur de part et d'autre d'une rue peut créer des zones hostiles, car ce n'est pas à Montréal que l'architecture a le mieux appris à tenir compte de l'environnement. Nous en sommes encore à la vieille école : celle qui veut que l'environnement s'adapte et non l'inverse.