La voiture autonome, un atout pour l'autopartage?

Pour les acteurs de l’industrie de l’autopartage — comme Car2go — la voiture autonome permettrait de rejoindre de nouveaux adeptes. Selon une vaste étude, chaque voiture partagée permet d’enlever de 7 à 11 voitures sur les routes.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Pour les acteurs de l’industrie de l’autopartage — comme Car2go — la voiture autonome permettrait de rejoindre de nouveaux adeptes. Selon une vaste étude, chaque voiture partagée permet d’enlever de 7 à 11 voitures sur les routes.

Les voitures autonomes gagnent du terrain ces dernières années, lancées sous forme de projet pilote dans plusieurs villes à travers le monde. Reconnues pour réduire considérablement le taux d’accidents, elles pourraient aussi populariser la pratique de l’autopartage et ainsi diminuer le nombre de véhicules sur les routes, selon les experts et les acteurs du milieu.

Les entreprises d’autopartage Car2go et Communauto, déployées notamment à Montréal et dans d’autres grandes villes depuis quelques années, voient plutôt d’un bon oeil l’arrivée de la voiture autonome et comptent même l’intégrer à leur flotte lorsqu’elle sera officiellement autorisée à circuler sur les routes québécoises.

Par son prix qui sera « sûrement assez élevé » et par son caractère autonome, la voiture sans conducteur sera essentiellement une voiture partagée, croient les experts. Une occasion en or pour le secteur de l’autopartage, qui souhaite rejoindre de nouveaux adeptes.

Les véhicules intelligents permettront aussi de régler certains défis que connaît actuellement le secteur, estime le directeur général de Car2go, Jeremi Lavoie. Il ne sera par exemple plus nécessaire de penser à des points d’implantation stratégiques pour les voitures en libre-service à travers la ville, puisque les utilisateurs pourront les laisser à des endroits différents, en fonction de leurs besoins de mobilité.

« Elle se conduit toute seule, alors ce sera d’autant plus simple de se déplacer d’un endroit à l’autre. Les utilisateurs auront juste à appeler une voiture avec leur téléphone pour qu’elle vienne les chercher », affirme-t-il.

Une opinion que partage son concurrent sur le territoire montréalais, Communauto. D’après le porte-parole de l’entreprise, Marco Viviani, la voiture autonome en utilisation partagée, permettra une complémentarité aux transports publics « d’autant plus efficace ». « Le dernier kilomètre, à la sortie du métro, du train ou du bus, ne sera plus du tout un problème comme en ce moment. »

 

 

 

Pour Marco Viviani, les difficultés de rechargement que connaissent les véhicules électriques — dont s’est dotée Communauto depuis 2016 — pourraient aussi disparaître. Leurs batteries n’étant pas illimitées, la présence de stations toujours à proximité est nécessaire pour rendre leur utilisation maximale. C’est actuellement une des limites à leur expansion dans les grandes villes, reconnaît-il.

« En ce moment, on se demande quand recharger la voiture électrique : la nuit quand on dort chez soi ou la journée à côté du travail ? On s’interroge aussi sur la quantité de kilomètres qu’on peut parcourir sans passer par une borne de rechargement, explique Marco Viviani. Mais la voiture autonome pourra déposer la personne où elle veut et aller se recharger d’elle-même avant d’honorer la commande d’une autre personne. »

En plus de faciliter la vie des clients au quotidien, les véhicules sans conducteur contribueront à renforcer la mission des entreprises d’autopartage, c’est-à-dire réduire le nombre de voitures sur les routes — et diminuer par la même occasion les problèmes de congestion — tout en limitant l’impact humain sur l’environnement en matière de pollution.

La voiture sera perçue davantage comme un service de mobilité qu’un bien possédé individuellement

Selon une étude du Transportation Sustainability Research Center de l’Université Berkeley en Californie mesurant l’impact de Car2go dans cinq villes, chaque voiture partagée permet d’enlever de 7 à 11 voitures sur les routes. En tout, 28 000 voitures ont été retirées des routes des villes étudiées — Vancouver, Calgary, San Diego, Washington D.C. et Seattle — en 2015, les conducteurs préférant vendre leur automobile ou s’abstenir d’en acheter une.

Les émissions de gaz à effet de serre ont, elles, été réduites de 2200 à 10 000 tonnes par an d’après l’étude, soit une diminution de 4 % à 18 % par ménage utilisant Car2go.

Nouveau modèle

De leur côté, les experts envisagent même une « révolution du paysage automobile » avec l’arrivée des véhicules autonomes sur le marché mondial. « La voiture sera perçue davantage comme un service de mobilité qu’un bien possédé individuellement », croit Nicolas Saunier, professeur à Polytechnique Montréal.


Cette évolution technologique répond finalement aux changements de mentalité qui s’opèrent déjà dans la société, d’après lui. « Les jeunes ont de moins en moins leur permis de conduire, puisqu’ils utilisent les transports en commun. Et avec la voiture autonome, ils ressentiront encore moins le besoin de l’avoir », constate-t-il.

Cette transformation des habitudes de mobilité n’est pas quelque chose de nouveau, note quant à lui Denis Gingras, professeur à l’Université de Sherbrooke et directeur du Laboratoire d’intelligence véhiculaire. Il rappelle que, dans les années 1890, la majorité des déplacements en milieu urbain se faisaient à cheval et en calèche. À peine 30 ans plus tard, le cheval a disparu de la circulation et l’automobile a pris sa place.

« Cela n’empêche pas les gens d’aimer l’équitation, mais c’est devenu un loisir et non un moyen de transport au quotidien »,ajoute-t-il. D’après lui, l’automobile telle qu’on la connaît à l’heure actuelle — celle qui nécessite un conducteur pour fonctionner — pourrait vivre le même sort. Remplacée par la voiture autonome, elle risque de disparaître. « J’imagine que les gens qui voudront conduire des voitures devront aller dans des circuits fermés et contrôlés, comme des parcs d’attractions, car ils n’auront plus l’expérience de conduite que les gens ont aujourd’hui. Ça deviendra une activité sportive ou un loisir. »

Nicolas Saunier pense, lui, qu’un modèle mixte va se mettre en place, constitué de véhicules autonomes et de véhicules nécessitant un conducteur. Cela obligera les autorités à revoir la réglementation concernant la circulation automobile pour envisager un partage adéquat et sécuritaire de la route.

Dans l’attente

Le changement de réglementation se fait justement attendre au Québec. Si l’on se réfère à la loi en vigueur dans la province, la voiture autonome n’est pas autorisée pour le moment. La présence d’un conducteur ayant un permis et étant capable de reprendre les commandes à tout moment reste obligatoire sur les routes provinciales et municipales. Un premier projet pilote de minibus autonome, qui fonctionnerait dans un circuit fermé et sur une courte distance, pourrait toutefois voir le jour à Terrebonne durant l’été.

Le ministère des Transports se dit ouvert à l’idée de changer la réglementation à ce sujet dans la prochaine refonte du Code de la sécurité routière — attendue depuis 2014 —, qui devrait voir le jour cet automne.

Plusieurs villes nord-américaines accueillent déjà ces véhicules sans conducteur sur leurs routes. Les premières tentatives remontent même à 2012, dans l’ouest des États-Unis, lancées par Google. Depuis, plusieurs constructeurs y ont trouvé un intérêt, et chacun travaille à développer sa propre voiture autonome. À ce rythme, plus rapide que les experts le pensaient au départ, cette nouvelle technologie pourrait s’emparer du marché de l’automobile de façon massive d’ici 5 à 10 ans.

 

4 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 27 juin 2017 11 h 40

    Professeur de mathématiques demandé

    Il faudra qu'on nous explique car il est difficile de comprendre l'équation : la voiture en libre service (VLS) rend plus accessible les déplacements en voiture tout en prétendant diminuer la circulation automobile. Grâce à la voiture en libre-service, ceux qui n'ont pas de voiture – 50 % des Montréalais – qui se seraient déplacés à pieds, à bicyclette, en autobus ou en métro vont désormais le faire en voiture car elle devient accessible et pire, elle est la voie de la facilité quand il y en a une garée à trois pas de sa porte d'entrée.

    La VLS enlève de 7 à 11 voitures (disons 9) des routes ? Pour que ça soit vrai, il faudrait peut-être qu'elle ne circule jamais. Mais si au cours d'un laps de temps donné, elle est utilisée par une dizaine de clients différents là où la voiture individuelle serait restée immobile, elle donne le même résultat : elle met l'équivalent de 10 voitures sur la route (dans les rues il faudrait dire).

    Combien de gens ont réellement vendu leur voiture pour passer aux transports collectifs et à l'occasion, à la VLS ? Bien peu. L'arrivée des deux compagnies offrant de telles voitures pourrait n'avoir eu qu'une faible incidence sur le nombre de voitures privées sur l'île.

    La VLS pourrait enlever quelques voitures des stationnements. Soit ! Mais la voiture a horreur du vide. Libérez une case de stationnement et elle sera rapidement comblée par une nouvelle voiture. La pression de la voiture privée est encore très forte et la VLS telle qu'on la voit actuellement n'y changera pas grand chose sauf si...

    • Jean Richard - Abonné 27 juin 2017 11 h 49

      (suite)


      Sauf si l'espace libéré est récupéré immédiatement par la collectivité pour en arriver à une répartition plus équitable de l'espace publique entre les citadins. Après trois quarts de siècle d'un urbanisme orienté vers le tout-à-l'auto, on en est arrivé à donner une place démesurée à la voiture privée. Alors, si une VLS remplace 10 voitures, enlevons 9 cases de stationnement sur la voie publique pour chaque permis de VLS émis et redistribuons cet espace (voies cyclables, voies réservées aux transports collectifs, micro-parcs urbains...).


      La VLS telle qu'utilisée actuellement n'est pas, contrairement aux prétentions de l'industrie, une solution durable à la mobilité urbaine. Elle pourrait toutefois contribuer si sa raison d'être n'était pas de rapporter des sous à l'industrie, mais de contribuer à changer la donne dans les villes. Le cul-de-sac du tout-à-l'auto ne pourra pas être évité en remplaçant une voiture par une autre, mais en revoyant la place de la voiture, devenue trop encombrante dans un environnement urbain qu'il faudra impérativement densifier si on se soucie de l'environnement.

      Quant à la VLS autonome, si le mode de fonctionnement actuel de la VLS n'est pas revu, cette VLS autonome pourrait contribuer à empirer les choses en ajoutant à ses utilisateurs potentiels ceux qui n'ont pas de permis de conduire. Rendre la voiture plus accessible n'est probablement pas une bonne idée.

  • Sonia Lefeu - Abonnée 27 juin 2017 18 h 11

    La solution pour les fins de soirée !

    Admettez quand même que la voiture autonome permet de résoudre le difficile problème "boire ou conduire ?..." On pourra rentrer en sécurité à la maison sans s'être privé de trinquer pendant la soirée !
    Sinon, mon avis de consommatrice de l'autopartage qui n'a plus de voiture sur votre discussion, c'est qu'on prend quand même moins la voiture que si on avait la nôtre garée devant chez nous, car on paye à l'utilisation, d'une part, et que, d'autre part, on se souvient qu'on a fait ce choix parce qu'on trouvait débile de se déplacer tout seul dans un véhicule polluant et énergivore pesant une tonne quand on peut faire autrement (transport actif, transports publics)...

    • Jean Richard - Abonné 28 juin 2017 09 h 43

      Payer à l'utilisation ? Si c'était le cas, ce serait un pas dans la bonne direction. Mais hélas, allez faire un tour sur le site web de Communauto et vous y découvrirez Auto-mobile illimité, le forfait mensuel à taux fixe.

      Ces forfaits à taux fixe sans frais supplémentaires tenant compte de l'utilisation réelle sont une incitation à consommer davantage. Pire, à 50 $ par mois, c'est moins cher que les transports collectifs.

      C'est le syndrome du buffet chinois : un prix fixe et vous remplissez votre assiette autant de fois que vous le désirez...

      Voyons un peu : vous versez 50 $ par mois et en retour, vous pouvez retenir une voiture pendant 30 minutes, l'utiliser pendant 30 autres minutes et la garer à peu près n'importe où. Puisque une fois les 50 $ déboursés, vous avez un mois de gratuité, allez-vous acheter des tickets de métro pour vous déplacer ? Non dans la majorité des cas.

      Alors, la voiture en libre service qui réduit la circulation automobile en ville, c'est probablement plus un mythe que la réalité. Les deux sociétés commerciales qui offrent actuellement ce service sont là non pas pour être des acteurs de l'urbanisme mais pour faire du fric. L'étiquette verte qui rend les gens aveugles les aide encore mais peut-être pas pour longtemps.

      Et quand ces voitures en libre service deviendront autonomes, on pourra s'attendre à pire si elles ne sont pas mieux encadrées. Sinon, l'anarchie à la sauce Uber pourrait rapidement faire la loi dans nos villes.