Pour une nouvelle littoralité urbaine

Parmi les nombreux objectifs d’aménagement présentés lundi dernier à Montréal figure la volonté de se rapprocher du fleuve Saint-Laurent.
Photo: Daoust Lestage Parmi les nombreux objectifs d’aménagement présentés lundi dernier à Montréal figure la volonté de se rapprocher du fleuve Saint-Laurent.

Lundi dernier, la Société du Vieux-Port de Montréal a dévoilé le Plan directeur préliminaire pour la revitalisation du Vieux-Port de Montréal. Déjà 25 ans se sont écoulés depuis l’adoption du dernier plan, qui, rappelons-le, s’était érigé au rang de modèle de reconversion urbaine. Il faut dire qu’à l’époque, la Société, en étroite concertation avec les Montréalais, avait posé un geste fort en refusant de plaquer une formule générique telle que les Festival Market Places et en évitant de privatiser les berges par l’entremise d’opérations immobilières pour plutôt miser sur le renforcement de la vocation publique du site. Or, que reste-t-il aujourd’hui de l’audace dont nous avions fait preuve ? Sommes-nous timidement à la remorque de certaines expériences étrangères et sommes-nous encore capables d’innover sur certaines pratiques en matière de nouvelles littoralités urbaines ?

Parmi les nombreux objectifs d’aménagement présentés lundi dernier à Montréal figure la volonté de se rapprocher du fleuve Saint-Laurent. On propose notamment d’abaisser ponctuellement la promenade en aménageant de grands emmarchements, d’ajouter des passerelles afin de multiplier les perspectives sur le fleuve et de mettre sur pied des espaces publics au contact de l’eau. L’accès au fleuve, jusqu’ici largement limité, constitue certainement un élément phare de ce plan directeur. Montréal accuse cependant un certain retard en la matière par rapport à plusieurs grandes villes. Souvent, le contact purement visuel est dépassé et il est en effet possible de se réapproprier le front d’eau en lui-même à travers une offre d’activités nautiques et de naturalisation des berges. Les projets proposés dans ce tout dernier plan directeur, quoiqu’intéressants, sont-ils à la hauteur des tendances actuelles en matière d’aménagement des fronts d’eau urbains ?

Tenir compte des changements climatiques

Depuis les dernières années, on voit apparaître un changement de paradigme dans la manière d’aménager les littoraux à l’international. La cause de cette réorientation ? Le contexte actuel de changement climatique et les risques d’inondation qui y sont associés, de même qu’une volonté de naturaliser les berges et d’encourager le design actif (espaces publics, équipements ludiques, festifs et sportifs, lieux de détente, etc.). Les fronts d’eau urbains ont trop longtemps été aménagés par l’imposition d’opérations de défrichage, de remblayage et de bétonnage de portions entières de bandes riveraines.

[…] San Francisco, New York, Vancouver, Rotterdam ou encore Hambourg sont parmi ces villes ayant effectué un virage important en s’employant à mieux articuler le littoral urbain et à réconcilier la ville avec l’eau, à mieux aménager l’interface « eau-ville ». Des aménagements plus adaptés à la montée actuelle des eaux et au risque inhérent de débordement des eaux de tempête sont graduellement implantés dans différentes configurations littorales et trames urbaines. Concrètement, ce changement d’orientation se traduit notamment par une morphologie plus organique, en symbiose avec le milieu naturel, des espaces multifonctionnels et modulables afin de s’adapter à l’imprévisible ou à l’exceptionnel.

La différence entre ces projets et le plan directeur proposé pour le Vieux-Port de Montréal se situe essentiellement dans l’entrée d’une nouvelle logique d’interface ville-eau au sein des aménagements. En réalité, le littoral n’est pas une ligne rigide et fixe, mais davantage une bande à contours variables. Cessons donc de prendre les littoraux pour ce qu’ils ne sont pas et aménageons des espaces où la ville et la nature convergent et se confondent, pour ainsi en faire des milieux à haute valeur ajoutée pour les citadins. À Montréal, l’eau est certes valorisée, mais uniquement à titre de décor à défaut d’être un élément constitutif du projet d’aménagement.

Dans le contexte où le Vieux-Port désire créer un nouvel ensemble urbain novateur sur le plan de l’architecture, du paysage et du développement durable pour les Montréalais, l’intégration des risques climatiques et du design actif ne serait-elle pas une avenue essentielle à considérer ? Ne serait-il pas nécessaire de poser les jalons d’un développement qui aurait encore un sens pour les 25 prochaines années, voire davantage?

Dans le nouveau Plan directeur préliminaire, l’aménagement de stationnements étagés sur certains quais n’est d’ailleurs pas une avenue dont il faut se réjouir. Depuis longtemps déjà, les villes innovantes libèrent l’espace public littoral de ces structures imposantes et prennent le virage des mobilités durables et de la réappropriation active des berges. Encore une fois, posons un geste fort pour l’avenir du Vieux-Port montréalais et abolissons ces structures au profit d’un tramway urbain ou d’autres formes de transport collectif et d’aménagements qui vont dans le sens d’encourager les mobilités actives. En ce 375e anniversaire se présente une belle occasion de façonner avec audace et courage notre littoral historique et identitaire.

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 16 juin 2017 17 h 22

    Vous a-t-on lus?

    Ce serait bien dommage mesdames s'il fallait porter jugement du nombre de commentaires à ce sujet. Je vous encourage à récidiver et le plus souvent possible. On n'a qu'à voyager et visiter d'autre cités pour comprendre l'essence de vos propos. Montréal, une île dont l'eau n'a pas l'importance qu'elle mérite. Et me reviennent à l'esprit tous ces déversements sauvages qui y sont eu lieu.