Le nouveau DESS en design d’intérieur

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Ce nouveau programme permettra aux diplômés d’exercer davantage d’influence au sein d’équipes multidisciplinaires.
Photo: iStock Ce nouveau programme permettra aux diplômés d’exercer davantage d’influence au sein d’équipes multidisciplinaires.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’École de design de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal offrira dès l’automne 2017 un tout nouveau diplôme d’études supérieures spécialisées, un DESS en design d’intérieur, le seul programme francophone de 2e cycle en design d’intérieur en Amérique du Nord.

Étudier à un niveau universitaire le design d’intérieur au Québec ne peut se faire qu’à la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal. En effet, depuis 20 ans, l’École de design héberge le seul programme universitaire québécois de cette discipline. L’an dernier, le magazine de design et d’architecture Azure le classait parmi les huit meilleurs au monde. Aujourd’hui, la Faculté de design ajoute une nouvelle corde à son arc avec la mise sur pied d’un DESS. Le design d’intérieur, qu’on qualifie parfois et sans le connaître vraiment de superficiel, pourra dorénavant occuper tout l’espace qui lui revient dans le monde de l’architecture.

Les étudiants qui fréquentent les bancs de l’École de design au niveau du bac ont parfois fait des techniques d’architecture et de design d’intérieur de niveau collégial. D’autres ont un parcours qui, d’emblée, ne les destinait pas nécessairement à une carrière dans le domaine. « De plus en plus, il faut comparer notre formation en design d’intérieur universitaire au parcours des architectes qui n’ont pas nécessairement une technique collégiale pour entrer en architecture », explique Virginie LaSalle, responsable du nouveau programme de DESS. Elle enseigne à l’École de design depuis 2007, d’abord comme chargée de cours puis en intégrant le corps professoral en 2016. Celle qui fait actuellement des études doctorales est elle-même passée par les sciences humaines et l’histoire de l’art avant de se diriger vers le design d’intérieur. Ici, les profils et les parcours peuvent être multiples.

Si les études en design d’intérieur au niveau du bac préparent la voie à la pratique professionnelle, ce sont les études de deuxième cycle qui permettent un approfondissement des compétences. Ce type d’études se compare aux maîtrises professionnelles de nombreux autres domaines. « En réalité, on empruntera des approches déjà explorées au bac, puis on va permettre aux étudiants de se les approprier et d’élaborer une réflexion critique sur leur pratique. On va les conscientiser aux enjeux contemporains de la discipline pour faire en sorte qu’ils acquièrent un regard qui leur est propre », affirme la responsable.

D’ailleurs, dans la grille de cours, on retrouve cet intitulé : Enjeux contemporains en design. Virginie LaSalle raconte que ce cours se veut « comme une activité qui va dresser un panorama des enjeux et défis de la discipline dans une perspective à la fois très actuelle, mais aussi prospective ». On y traitera de problématiques diverses qui seront renouvelées d’une année à l’autre, à l’aide de lectures théoriques suivies d’échanges avec des professionnels et des gens du milieu universitaire. « Par exemple, on pourra débattre de la place du développement durable dans le design d’intérieur, de la considération du patrimoine, du rapport avec les autres disciplines, des nouveaux modes de consommation, des nouvelles économies… Toutes des perspectives auxquelles les étudiants seront invités à participer dans le but de bien comprendre où on en est et où on s’en va », ajoute-t-elle.

Prendre la parole, se positionner sur la scène publique en compagnie des autres professionnels comme praticien responsable des gestes qu’il pose, voilà qui est assez innovant pour la discipline : « Le design d’intérieur au Québec en est rendu à un niveau de maturité qui appelle ça. Les choses se sont mises en place graduellement et maintenant, depuis les 20 ans d’existence du bac, on arrive à un moment où l’on est beaucoup plus en contrôle de nos moyens. La réflexion s’est approfondie et on a même aujourd’hui des docteurs en design d’intérieur », affirme la responsable.

Cette volonté de devenir un joueur incontournable viendra changer la pratique de la profession. Selon Virginie LaSalle, les nouveaux diplômés pourront « influencer le niveau de responsabilité qui est confié au designer d’intérieur et son rôle au sein d’équipes multidisciplinaires. On parle de plus en plus de grands projets locaux ou internationaux qui impliquent des consortiums d’intervenants, et ces derniers sont toujours formés de diplômés de niveau supérieur et je vois que notre place s’imposera dans ces équipes qui doivent traiter de problématiques extrêmement complexes ». Leur nouveau regard se penchera aussi sur les enjeux de la médicalisation et des habitations des personnes âgées, « au-delà de l’approche physiologique et ergonomique du bien-être et de la santé, le designer tiendra compte des liens culturels, des rapports sociaux et de la signification même de l’espace ».

Des standards internationaux

Du côté de l’Association professionnelle des designers d’intérieur du Québec, l’APDIQ, la directrice générale Marie-Claude Parenteau-Lebeuf rappelle le contexte : depuis près de 30 ans, le design d’intérieur est enseigné dans le cadre d’une des techniques au collégial et depuis maintenant 20 ans, existe le bac à l’École de design. Par contre, ailleurs en Amérique du Nord, et parce que le système scolaire n’est pas le même, le bac dure quatre ans et est maintenant exigé pour devenir membre d’une association professionnelle. « Ce qui signifie qu’ici, au Québec, avec un bac de trois ans, on ne se qualifiait pas selon les standards nord-américains », lance la directrice avec de gros guillemets. Dans les faits, quand on additionne les années du DEC à celles du bac, nos étudiants se retrouvent souvent avec plus d’études que les quatre années standards. De plus, on met à l’étude cette année un programme qui permet aux étudiants ayant un DEC en design d’intérieur d’entrer directement en deuxième année de bac, ce qui leur permet de terminer un bac en deux ans, globalisant ainsi cinq années d’études en design intérieur. Et maintenant, avec le nouveau DESS, on peut avoir trois ans de bac, auxquels s’additionne cette année supplémentaire pour faire un total de quatre ans d’études.

D’une manière ou d’une autre, la quête est la même en Amérique du Nord ; la profession de designer intérieur n’est pas reconnue officiellement : « Pour être en mesure de parler d’égal à égal avec des architectes, il faut que nos standards d’éducation évoluent. Il faut que nos professionnels puissent avoir accès à un niveau d’enseignement qui rejoint les standards internationaux. Le DESS est un pas de plus dans cette évolution », conclut Marie-Claude Parenteau-Lebeuf.

L’exposition des finissants de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal se tiendra du 4 au 6 mai.

« Pour être en mesure de parler d’égal à égal avec des architectes, il faut que nos standards d’éducation évoluent. Il faut que nos professionnels puissent avoir accès à un niveau d’enseignement qui rejoint les standards internationaux. Le DESS est un pas de plus dans cette évolution », commente Marie-Claude Parenteau-Lebeuf, directrice générale de l’Association professionnelle des designers d’intérieur du Québec.