Urbanisme: confusion autour d’une consultation à Montréal

Le projet immobilier Cap Nature compte 5500 logements et prévoit la protection de 180 hectares de milieux naturels.
Photo: Ville de Montréal Le projet immobilier Cap Nature compte 5500 logements et prévoit la protection de 180 hectares de milieux naturels.

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dévoilera ce lundi l’horaire de la consultation publique concernant un vaste projet immobilier de Pierrefonds-Ouest, un exercice citoyen qui doit officiellement servir à écrire un programme particulier d’urbanisme (PPU)… qui serait pourtant déjà écrit.

Depuis plus de dix ans, la Ville de Montréal, les promoteurs du projet immobilier Cap Nature et divers groupes citoyens et écologistes y vont d’études et de déclarations attestant le bien-fondé, ou encore le danger, d’aller de l’avant avec ce projet de 5500 logements, qui prévoit aussi la protection de 180 hectares de milieux naturels et l’agrandissement du parc-nature de l’Anse-à-l’Orme.

Le 26 mars, l’OCPM tiendra une journée portes ouvertes et une séance d’information officielle, qui jetteront les bases des séances d’auditions, qui commenceront dans la semaine du 2 mai. Selon le site de l’Office, « la consultation publique a pour but de valider et de bonifier une vision d’avenir pour le secteur qui soit partagée par la communauté. Cette vision servira de base à l’écriture d’un projet de programme particulier d’urbanisme qui fera l’objet d’une nouvelle consultation publique ».

Or, le lobbyiste David Cliche, qui représente les promoteurs de ce projet, prétend qu’il tient entre ses mains la 22e version de ce PPU, qui composera en partie le plan d’urbanisme. Ce document n’apparaît nulle part dans la documentation fournie au public par l’OCPM, à la veille de la consultation publique.

« Je trouve ça incongru, inacceptable de ne pas rendre [le 22e PPU] public. Les gens vont parler dans le beurre, dire n’importe quoi », s’inquiète déjà David Cliche.

La présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, admet avoir demandé des « éclaircissements » à la Ville, afin de savoir si cette 22e version existe vraiment et de comprendre pourquoi l’administration montréalaise ne l’a pas partagée avec le public. « On a revérifié, parce que pour nous, c’est important que l’opinion citoyenne soit prise en compte. On nous a dit qu’on fait table rase de tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant et qu’on repart à neuf à partir des douze principes qui sont dans le document que nous soumettons à la consultation publique », a-t-elle rapporté.

Il arrive qu’un PPU soit écrit avant le début d’une consultation publique, a-t-elle ajouté. La consultation sert alors à valider, ou pas, ce que ce programme contient. Mais encore faut-il que la population ait pu en prendre connaissance, explique David Cliche. « Sinon, ça va déraper, prévient-il. Les gens vont dire n’importe quoi. Ils vont parler d’un projet qu’ils ne connaissent pas. »

À la Ville de Montréal, le relationniste François Goneau a indiqué au Devoir que le secteur de Pierrefonds-Ouest a fait l’objet d’une démarche de planification en 2005. La Ville de Montréal s’est basée sur les données qu’elle a alors obtenues pour effectuer l’analyse financière du projet et conclure « à la rentabilité financière fiscale pour la Ville de ce projet sur un horizon de 10 ans », a écrit le relationniste.

C’est aussi sur ces données que se base Montréal pour estimer les « charges de la Ville », évaluées à 40,2 millions de dollars « pour assumer les coûts associés au surdimensionnement des infrastructures d’égout et d’aqueduc », a-t-il ajouté.

Ce chiffre de 40,2 millions, Dominique Ollivier n’en a pas entendu parler. « Je n’ai pas ce rapport technique là », a-t-elle reconnu. L’OCPM a cependant le pouvoir de demander à la Ville de fournir certains documents réclamés par les citoyens, a-t-elle fait valoir.