Le Phare minerait la confiance des citoyens dans les consultations publiques

Le projet du Phare fait 65 étages, soit beaucoup plus que ce que le Plan particulier d’urbanisme prévoyait.
Photo: Groupe Dallaire Le projet du Phare fait 65 étages, soit beaucoup plus que ce que le Plan particulier d’urbanisme prévoyait.

Le projet du Phare à Sainte-Foy et la réouverture du Plan particulier d’urbanisme (PPU) qu’il nécessite ont miné la confiance des citoyens envers le processus de consultation publique de la Ville de Québec, selon un rapport.

Les plans particuliers d’urbanisme sont en proie à « la perte de confiance », peut-on lire dans un rapport de l’Institut du Nouveau Monde (INM) commandé par la Ville de Québec.

Or il aurait été « imbécile » de procéder autrement, dit le maire Régis Labeaume. « Dans la vie d’une communauté, un projet immobilier de 650 millions de fonds privés, c’est très rare. On aurait été tout à fait imbéciles de ne pas le considérer parce que le PPU existait. Voilà. C’est exceptionnel, c’est un projet exceptionnel. »

Entre 2011 et 2016, la Ville de Québec avait consulté la population sur le zonage dans le secteur du futur Phare, et un nouveau Plan particulier d’urbanisme avait été adopté. Or le projet du Phare qu’elle souhaite voir se réaliser fait 65 étages, soit beaucoup plus que ce que le Plan prévoyait.

« De nombreuses parties prenantes rencontrées se questionnent légitimement sur l’impact réel que les citoyens ont eu dans le processus décisionnel et sur la solidité ses orientations du PPU, peut-on lire. Car bien qu’il ait fait l’objet de deux séries de participation publique, il doit déjà être modifié, moins de deux ans après son adoption. »

Cette perte de confiance est accrue par le fait que la formule même des PPU a permis à la Ville de soustraire des projets immobiliers à la menace des référendums, poursuit l’INM dans son rapport.

Abolir les référendums ?

Rappelons que l’Assemblée nationale étudie présentement un projet de loi qui vise à abolir les référendums, le projet de loi 122.

Lors de son passage en commission parlementaire, le maire de Québec, Régis Labeaume, a fait valoir que les référendums étaient « antidémocratiques » parce qu’ils permettent à de petits groupes de citoyens de prendre en otage la Ville et les promoteurs.

M. Labeaume s’appuie beaucoup sur la position défendue par l’ancien maire de Québec Jean-Paul L’Allier dans un rapport de 2010. Lundi, il l’a d’ailleurs cité à plusieurs reprises, notamment cet extrait : « L’urbanisme est un geste politique qui doit être fait par des élus après consultation, mais l’arbitrage final revient automatiquement à ceux qui sont élus », a-t-il dit en rappelant qu’il n’y avait pas de référendums à la ville de Québec avant les fusions.

« Les gens, s’ils sont pas d’accord avec notre façon de faire de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, qu’ils se présentent aux élections et tentent de nous battre », a ajouté le maire.

Dans son rapport, l’INM ne prend pas position sur la volonté de la Ville de faire abolir les référendums. Il suggère toutefois de ne pas prendre la question « à la légère » et de prévoir ce qui les remplacera avant de les abolir. « Son éventuel retrait nécessiterait au préalable une redéfinition de l’espace dédié aux citoyens dans la prise de décision. »

Au-delà des référendums, la Ville avait demandé à l’INM d’évaluer l’ensemble de sa Politique de consultation publique en incluant les activités des conseils de quartiers, mais aussi de nouveaux types de consultation créés ces dernières années à l’extérieur de la politique, comme le Comité de vigilance des activités portuaires.

La Politique date de 1996 et la Ville souhaite la moderniser pour s’inspirer « de ce qui se fait le mieux dans le monde », a dit le maire lundi. « Ce rapport va nous permettre de préparer les prochaines étapes », a dit la vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux, qui s’est dite très satisfaite du rapport.

Du côté de l’opposition à la Ville de Québec, on est d’accord pour rénover la Politique de consultation publique, mais sans pour autant « larguer » les référendums, a fait savoir la chef de Démocratie Québec (DQ), Anne Guérette. Selon elle, c’est notamment justifié parce que les 25 conseils de quartier de la ville l’ont demandé en commission parlementaire.

 


Dans la vie d’une communauté, un projet immobilier de 650 millions de fonds privés, c’est très rare. On aurait été tout à fait imbéciles de ne pas le considérer parce que le PPU existait.

7 commentaires
  • Éric Alvarez - Inscrit 20 février 2017 14 h 22

    CQFD

    ... la démocratie est vraiment soluble dans l'argent!

  • Gilles Théberge - Abonné 20 février 2017 16 h 24

    Antidémocratique...?

    Chaque fois qu'une pluralité de citoyens se prononcent, c'est antidémocratique?

    Faudrait que le maire Labeaume nous explique qu'est ce que la démocratie.

    A moins que dans son esprit ce soit quand tout le monde est d'accord.... avec lui.

  • Francois Cossette - Inscrit 20 février 2017 18 h 32

    Démocratie malade

    On a compris que le citoyen est devenu une nuisance publique dans notre société sauf quand il s`agit de lui faire les poches comme le fond tous les paliers de gouvernement.

    Elle est devenu bien triste notre démocratie mais peut-on en être surpris quand on voit la piètre qualité des gens élus pour la diriger. Quand on se doit de constater que la seule chose qui leur importe c'est de se faire réélire a tous les 4 ans. Le citoyen est TRES LOIN dans la priorité de nos dirigeants même s'ils se targuent tous de vouloir notre bien.

  • Robert Beauchamp - Abonné 20 février 2017 19 h 04

    Le citoyen

    Un petit groupe de citoyens qui prennent la ville en otage dit-il? Je réponds: Des conseillers élus par un petit pourcentage de citoyens qui prennent la ville en otage.

    • Gilles Delisle - Abonné 22 février 2017 08 h 19

      Vous avez raison, monsieur Beauchamp. Des conseillers et même des députés qui sont élus avec très peu de votes, il y en a beaucoup. Par exemple, un cas parmi tant d'autres: Mme Anglade du PLQ, élue avec 38% des voix dans St-Henri avec un taux de participation d'à peine 24%! Aujourd'hui, cette députée-transfuge siège comme Ministre dans le gouvernement actuel. Cà s'appelle de la démocratie à géométrie variable.