Les voitures autonomes, une révolution qui pourrait sauver des vies

Tesla a commercialisé au Canada des modèles de voiture dotés de programmes pouvant permettre une conduite quasi autonome.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Tesla a commercialisé au Canada des modèles de voiture dotés de programmes pouvant permettre une conduite quasi autonome.

D’un point de vue strictement technologique, les voitures autonomes sont pratiquement prêtes à prendre d’assaut les routes du monde. Cette énième révolution motrice pourrait avoir un important impact sur le nombre de blessés et de morts qui est dû, chaque année, aux inadvertances humaines. Mais alors que certains États et villes les accueillent déjà à bras ouverts, d’autres, comme le Québec, tardent à prendre les dispositions nécessaires pour permettre l’implantation de ces avancées. Tour d’horizon.

L’arrivée des véhicules autonomes pourrait avoir une large incidence sur la quantité d’accidents qui surviennent, chaque année, sur nos routes. De fait, de nombreuses études ont déjà démontré que, dans près de 90 % des cas des collisions routières, ce sont des facteurs humains — et donc évitables — qui sont en cause. Réflexes trop lents, moments d’inattention ou facultés affaiblies sont notamment cités dans ces rapports comme facteurs accidentogènes. Dans cette logique, retirer l’être humain de derrière le volant pour le remplacer par une technologie de pointe pourrait faire chuter drastiquement le nombre d’accidents répertoriés.

Dans une nouvelle étude rendue publique en début d’année, le Global Positioning Specialists (GPS), un groupe de recherche australien qui s’intéresse notamment à l’optimisation des gestions de flotte, indique qu’une commercialisation massive des véhicules autonomes pourrait, à terme, faire économiser très gros aux gouvernements du monde entier. « Chaque année, les États encaissent des pertes incroyables en raison des accidents de la route, explique le porte-parole de l’organisation Joshua Frisby. Au Canada, on parle de près 30 milliards de dollars. »

29 milliards
Ce sont les pertes en dollars enregistrées chaque année par le Canada en raison des accidents routiers.

Source: Global Positioning Specialists

Selon les calculs de GPS, effectués à partir des données de l’Organisation mondiale de la santé, de la Banque mondiale et de la firme de consultation McKinsey & Company, le retrait du facteur humain permettrait au Canada d’augmenter son produit intérieur brut de plus de 26 milliards.

Avancées massives

Malgré quelques ratés, ces voitures ont bel et bien fait leur apparition sur les routes nord-américaines en 2016. D’abord, dans l’ouest des États-Unis, sous les traits de Google, dont les premières tentatives remontent à 2012, puis, tranquillement, dans de nombreuses villes américaines à mesure où les constructeurs automobiles sont entrés, tour à tour, dans la course. Une course qui, selon certains observateurs, pourrait bien mener à une commercialisation massive d’ici 2020.

Déjà, de plus en plus de véhicules accessibles au grand public disposent de fonctionnalités dites « autonomes ». On n’a qu’à penser au régulateur de vitesse, par exemple, ou, encore, à l’aide au stationnement. Loin d’être réservés aux voitures de luxe, ces systèmes d’assistance se sont largement démocratisés au courant des dernières années, laissant lentement entrevoir les innovations de demain.

Au Canada, de plus en plus d’automobiles disposent de ces commodités. Certains modèles, comme ceux commercialisés par Tesla depuis 2012, sont même dotés de programmes plus complexes qui peuvent permettre une conduite quasi autonome, le véhicule assurant presque toutes les manoeuvres, des accélérations au freinage, en passant par les dépassements. Au Québec, on en compterait un peu plus de 1100, selon l’Association des véhicules électriques du Québec.

2114
C’est le nombre estimé de décès sur les routes du Canada en 2015.

Source: Global Status Report on Road Safety 2015, Organisation mondiale de la santé

Munies de multiples caméras périphériques et de capteurs ultra-sensibles, ces voitures, bien qu’elles ne soient pas complètement autonomes, permettent déjà à leur propriétaire de goûter à ce genre de conduite. De fait, une fois enclenché, l’Autopilot de Tesla assure, de lui-même, une partie des déplacements du véhicule. « Ça ne fait pas tout, précise toutefois Gad Elmoznino. Il faut demeurer vigilant. »

Propriétaire d’une Tesla depuis mai 2011, cet ingénieur de formation, qui en est aujourd’hui à son troisième modèle, estime tout de même que cette fonctionnalité a grandement amélioré son rapport à la route. « Je me déplace beaucoup en voiture dans le cadre de mon travail et de ma vie personnelle, avance celui qui fait, entre autres, de la consultation pour les entreprises de technologies. Quand j’ai à faire de longues distances sur l’autoroute, par exemple, l’Autopilot me permet d’être plus détendu, d’arriver à destination avec un stress en moins. »

Gad Elmoznino apprécie également beaucoup le système lorsqu’il est coincé dans un bouchon de circulation. « La voiture prend le relais, précise-t-il. C’est plus agréable et, surtout, c’est plus sécuritaire. C’est comme avoir un copilote en permanence. C’est rassurant de savoir que si mes réflexes ne sont pas là à 100 %, la voiture pourra assurer mes arrières. » Et ces dispositions devraient être grandement améliorées avec l’arrivée très attendue, cette année, du Model 3.

Surtout, note-t-il, le programme se perfectionne à mesure qu’on l’utilise. Plus encore, parce qu’il est connecté par Internet aux autres Tesla qui circulent dans le monde, il bénéficie des expériences de conduite des autres. « Ce n’est pas juste une voiture autonome, c’est un réseau intelligent. »

Cadre légal

À l’heure actuelle, ces programmes d’autoconduite sont considérés, au sens de la loi, comme des systèmes d’assistance. Il ne remplace donc pas le conducteur de la voiture. En ce sens, l’entière responsabilité dans le cas d’un accident incombe toujours aux humains qui se trouvent au volant des véhicules. « Les propriétaires qui utilisent ces fonctionnalités sont considérés au même titre que tous les autres, précise Anne Morin, responsable des affaires publiques au Bureau de l’assurance du Canada. Nous en sommes encore à observer et à analyser ce qui arrivera à terme sur le marché. Ce n’est pas pour demain, on s’entend ! »

L’Ontario est présentement la seule province canadienne à avoir apporté des changements à son cadre législatif pour permettre la circulation de voitures autonomes sur son territoire. Ces transformations, réalisées au courant de l’année 2015, ont permis de premiers essais routiers au tout début de l’année 2016, faisant de nos voisins des pionniers en la matière au pays.

À la différence des tentatives américaines très médiatisées où ce sont des entreprises privées qui établissent le cadre d’essai, les premiers kilomètres parcourus au Canada ont été réalisés dans le cadre de recherches universitaires, le programme gouvernemental étant notamment encadré par l’Université de Waterloo.

Au Québec, des changements majeurs devront encore être apportés au Code de la sécurité routière et à la Loi sur l’assurance automobile avant que des véhicules autonomes puissent circuler sur nos routes. Interrogée sur la question, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) précise toutefois qu’aucun changement n’est prévu dans un avenir rapproché. « Nous sommes vigilants, assure le porte-parole de la SAAQ Mario Vaillancourt, mais rien ne nous indique, pour le moment, que des modifications, seront, ou devront, être apportées rapidement. »


 

4 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 9 janvier 2017 07 h 00

    29 milliards!!!

    Woowwww... ce sont ces mêmes automobilistes qui veulent faire payer les cyclistes pour leurs bêtises et qui questionnent les coûts que l'on crée dans le réseau de la santé si certains d'entre nous ne portent pas de casque!!!!.. Il va se passer quoi sur la conduite si des protubérances solaires importantes surviennent et perturbent internet?...Quoique les textos perturbent les conducteurs... et avec toutes ces technologies il n'y a pas encore d'oeil magique pour l'ouverture soudaine des portières....

    • Jean Richard - Abonné 9 janvier 2017 10 h 02

      29 G$ ? Que se cache-t-il derrière ce chiffre astronomique ? La réalité : dans ce monde où la considération pour les êtres vivants est de plus en plus faible, ce chiffre peut devenir une source de réjouissance. Les accidents automobiles, c'est un stimulant économique très important.

      Deux voitures se tamponnent avec le bilan suivant : une bagnole amochée mais réparable, une autre détruite, un mort et deux blessés. Qui en tire profit ? Les flics, les ambulanciers, les entreprises de remorquage, les débosseleurs, les constructeurs automobiles, les assureurs, les avocats, les médias, les médecins, les infirmiers – et le trésor publique car il y a des taxes et des impôts qui en découlent. Alors, ce sont des milliers d'emplois qui sont en cause : l'accident de la route est une véritable industrie. Il faut garder son sang froid en observant une telle réalité.

      Lentement mais sûrement, les gens commencent à se réveiller face à la dictature automobile. Ce changement, bien qu'embryonnaire, est perçu par des gens qui aimeraient avoir leur part du gâteau. En vendant à fort prix des mirages, ils réussissent à faire passer leur message et à nous persuader de détouner les G$ de l'industrie des accidents vers celle des mirages. Misant sur une approche moderne de la communication, ils réussissent à s'approprier les médias conventionnels. Ces derniers puisent maintenant leur information dans les nombreux .org corporatistes – charelectrique.org, charmagique.org, charautonome.org, roulezvertu.org et même testela.com.

      Les chars magiques ne sont pas la panacée au carnage routier, quoi qu'on essaie de nous vendre. Ils sont encore moins l'alternative à la dictature automobile. C'est que la mutation culturelle qui remettrait l'être vivant au centre de nos préoccupations tarde à se faire, tarde à rejoindre à la fois le grand public et les dirigeants élus.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 janvier 2017 12 h 54

    Ça rappelle Assimov

    Dans sa suite les robots, il avait tranché, mais je pense bien que sa loi sur la robotique souffrait de certaines fablesse, en ce sens que jamais ne se posait la question de choisir des humains à sacrifier.

    Beau dilemme.

  • Denis Paquette - Abonné 9 janvier 2017 17 h 02

    un robot ne veut pas dire tout abdiqué

    un chauffeur robot pur assister les chaffeurs humains qui sont trop vulnérables , pourquoi pas bon il pourrait etre utilisé selon la volonté du conducteur , qui n'a pas connu ces périodes somnélences et de fatigues affreuses il y a aussi les conditions météos qui pourrait etre évalués correctementenfin il y a tout un ensemble de facteurs qui pourrait etre sous le controle d'un robot efficace